Fontaine, Memoires, t. II
presque dire qu'il allait et venait sans changer pourtant de place, tant il portait de soin a faire que tous ceux qui 1'environnaient fussent contents de lui. Voila a peu pres quel est Timante, qui a pour amis dans sa retraite un. petit nombre d'hommes aussi vertueux et aussi eclaires que lui (I).
Ces Messieurs condamnerent un jour les romans et les com6dies et appelerent les auteurs de ces ouvrages, empoisonneurs publics. Us firent une exception pour la Clelie. Racine (la grace 1'avait alors abandonn6) signala cette contradiction entre la conduite et les principes de ses maitres : J'avais ou'i dire que vous aviez souffert patiemment qu'on vous etit loues dans ee livre horrible. L'on fit venir au D6sert le volume qui parlait de vous : il y courul de main en main, et tous les solitaires voulurent voir Fendroit ou ils etaient trait6s d'illustres. Les solitaires protesterent et r6pondirent que le roman n'avait 6t6 lu que par M. d'Andilly. Lire des romans a Port-Royal, quelle affreuse calomnie ! Dependant madame de Sabl6, une amie de Timante et de ses vertueux compagnons, 6crit a la comtesse de Maur qui lui avait pret6 la Relation de VIsle imaginaire : Je vous renvoie le livre avec un grand regret ; j'en voudrais bien avoir un qui fat tout a moi, et qu'il me fut permis d'en