Clelie, t. VI
Mademoiselle de Scudery donne dans cette partie de ce volume, une description allegorique du vallon de P ort-Royal. Un capucin, le P. Zacharie de Lisieux, publia en 1658 une Relation du pays de Jansnie. G'est encore une description allegorique, mais 1'allegorie est plus vraie que celle du celebre roman et par tant inoins flatteuse pour nos Messieurs. Peut-etre, dit le P. Rapin, quine manque pas de citer le Pere Zacharie, que ce capucin voulut se rnoquer par la du plaisir que les solitaires de Port-Royal prirent de voirleur solitude si bien decritedans le roman de Clelie.... L'auteur place la contree de la Jansenie dans le voisinage de la Libertinie, de la Desesperie et de la Calvinie.... Le litre d'beroi'ne est donne en ce pays a toutes les femmes pecunieuses qui contribuent par leur bien a 1'avantage de cet etat, et 1'honneur qu'on leur fait de leurdonner rang parmi les docteurs est un grand ragout ; mais il faut auparavant qu'elles lisent certaines traduclions qui sont les chefs-d'oeuvre du pays. On y voit des animaux inconnus ailleurs, des loups couverts de laine, des renards apprivoises avec des poules, sans leur faire de mal ; des pies qui se signalent par leur caquet, en ne disant que des injures.... Parmi les eaux dont leur pays est arrose il y a un lac semblable a celui de Geneve ; la figure en est un peu differente. De tous les fruits, il n'y a que le bon Chretien qui ne reussit pas en ce pays, quelque soin qu'on y apporte. Rapin, M&moires t. Ill, p. 41.
re'cre'er la solitude de certains anachoretes de nos amis (1). Chose plus piquanle, nos Messieurs ne se contenterent pas de lire les romans a la mode ; ils en composerent eux-memes. Gomberville. z61e janseniste, avait publi6, avant sa conversion, son roman de Polexandre. Touche par la grace, il ne trouva rien de mieux que d'employer sa plume a ecrire 1'liistoire de la jeune Alcidiane. Seulement, instruit par ses saints directeurs, il rectifia cette fois le mal de Faction par la purete d'intention. Ses heros ont lu I'Augustinuset la Tlieologie familiere.
Dans vine certai'ne ile du soleil, un grand-pretre, eleven u solitaire, lient des discourssur le pen de liberte de 1'liomme dechu, dans le sens de Janscnius, et il ajourne ses penitents et consultants. II les renvoie jusqu'a I'hcure marquee par la Grace, selon la mcthocle de Saint- Cyran.... Dans une autre ile, un ermite, Pacome, dans ses discours propheiiques, est comme un vague et solenncl echo, mais un echo qui sonne bien ereux, de quelqu'un de nos solitaires des Champs (2).
Les solitaires des champs se laisserent done 'entrainer un peu par celie concupiscence litte"raire que Jansenius avait analhematisee et que Saint-Gyran avait signalee comme un plaisir criminel. Cependant, pour rassurer leur conscience, ils se rappelaient sans doute que le saint abbe leur avait dit : II y a trois sortes de livres qui 6difient TEglise et les fideles : les premiers sont ceux des Ecritures saintes; les seconds sont ceux des conciles et des Peres ; les troisiemes, ceux dcs homines de Dicu qui ont re'pandu leur cceur devant lid en faisant lews outrages. Tous les autres, quelque saints que soient leur sujet et leur matiere, sont des livres qui, par la matiere et par.le corps, tiennent du judai'sme, etparl'esprit, du paganisme (3). Saint-Cyran avait encore indique a ses disciples une marque & laquelle ils reconnaitraient les livres ecrits par des hommes de Dieu, de ceux qui tiennent du judaiisme et du paganisme. G'est qu'ils produisent des effets de grace dans les times de ceux qui les lisent. Et quels effets de grace ne devait pas produire la lecture dela jeune Alcidiane avec ses sermons du grand-pretre