‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 80 sur 217 · Mdmoires de I'abbo Arnauld p · texte numérisé non relu

Mdmoires de I'abbo Arnauld p

liberal et m6me prodigue. Mais par malheur pour ses enfants il ne I'etait que pour lui-meme et pour ses nouvelles amities, qu'en un autre homme que lui on aurait pu nommer amours, avec assez de raison.... Son humeur plus que liberate ne le quitta pas dans le Desert ; il eut besoin de tout ce qu'il avait quitte pour la satisfaire, et ce fut a moi & me r6duire. Le sejour prolong^ de M. d'Andilly dans la celebre ecole de la penitence ne le ramena pas a des sentiments plus 6quitables envers son fils ain6. Nous avons deux monuments de son aversion perse>erante. Le premier est une lettre que le marquis de Pomponne, le fils pref6re d'Arnauld, 6crit a. son pere pour le prier en son nom et an nom de I'e've'que d'Angers de revenir dans ses Memoires sur le silence qu'il y gardait au sujet de leur frere Antoine :

..... Je ne suis pas seulement de son avis (de M. d'Angers) touchant mon frere, moi je vous en prie. Et tout ce qu' Antoine a fait lorsqu'il portait 1'epee, et son changement de profession doit y etre marque. Comme il est 1'aine de votre famille, il semble que ce soit aussi celui dont vous devez parler davantage. Si vous descendez jusqu'a nous en particulier dans ces Memoires, il aurait sujet de" sentir vivement que vous 1'eussiez oublie. Ainsi non-seulement je crois absolument necessaire, mais je vous supplie encore tres-humblement de parler de lui en une maniere qui marque votre amitie, et qui fasse voir un jcfur a vos petits-fils qu'une des plus grandes benedictions d'une famille, c'est lorsqu'uu pere se loue de tous ses enfants. Avouez seulement qu'il y a en cela quelque ressentiment, car je sais bien que vous conviendrez assez qu'il n'en faut pas avoir (1).

Le second monument est un article du testament de M. d'Andilly. Apres avoir dispos6 de tous ses biens en faveur de ses enfants pre'fe're's et de ses amis, le saint vieillard 6crit :

Comme il ne me reste, grdce a Dieu, rien de considerable dont je puisse disposer, outre les legs que j'ai faits et ne pouvais ne point faire, ct a quoi tout ce que j'ai de vaisselle d'argent sera employe, avec ce que je laisserai en argent, que je ne garde^que pour cela, il ne me reste qu'a dire que je donne a mon fils aine mon crucifix de bronze.

L Laverilesur les Arnavd, t. II p. 13.

Voila jusqu'ou s'eiendait la ge'ne'rosite hero'ique de M. Arnauld a l'.6gard de son fils qu'il avait depoui!16. Sans doute il voulut que ce pauvre Antoine se rappelat toujours que son pere n'avait eu pour lui qu'un coeur de bronze.

C'est aux pieds de ce crucifix, dans la solitude de Port-Royal, que M. d'Andilly se reposait de ses travaux de jardinage par des travaux litteraires qui sont demeures aussi celebres que les fruits monstres qu'il obtenait de ses espaliers. II traduisit saint Eucher (du Mepris du monde), saint Augustin (les Confessions), les Vies des saints Peres du desert, I'Ecnelle de saint Jean Climaque, les OEuvres de sainte Theiese, de B. Jean d'Avila, 1'Histoire de Josephe. Ge genre d'existence, remarque M. Sainte-Beuve, mi-partie d 'etude et mi-partie de jardinage, n'etait certainement pas trop mortiflant, les sens reposes y trouvaient leur charme-. Qu'est-ce la autre chose que le vieillard de Virgile, celui du Galese, dans un cadre Chretien ? G'est un Melibee d'eglogue, a Port-Royal, et qui se peut dire a lui-meme sans ironie :

lasere nunc, Melibcee, piros; pone ordine vites (1).

M. Sainte-Beuve ne craint pas, quand les reverends Peres ne sont point en cause, de contredire les plumes veridiques et les langues sinceres de Port-Royal, qui preiendent que M. Arnauld mena au Desert une vie peu agreable aux sens et ne prit aucun divertissement. Ainsi le disciple cheri de T austere Saint- Cyran, ce souverain docteur qui damnait Yirgile, ce grand penitent, ce saint vieillard, cette colonne de 1'Eglise renouvelee, ne fut qu'un Melibee d'eglogue. On n'est jamais trahi que par les siens.

Notre Melibee n'oubliait pas la cour, ni la ville. Comme sa bonne amie, madame de Guemene, il faisait des escapades a Paris ; il recevait ses amis a Port-Royal ; il leur ecrivait de belles epitres et lenr envoyait de beaux fruits. Voici une de ses lettres a madame de Sabl< ; elle annonce un panier de poires pour Fillustre p^nitente, et un panier de pavies pour mademoiselle de Montpensier.

Je vous envoie un paaier de fruits pour Mademoiselle, efc je serai bien aise qu'il vous plut de prendre la peine de le faire decacheter et

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