‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 82 sur 217 · I. Lancelot, Memoires t. 1, p · texte numérisé non relu

I. Lancelot, Memoires t. 1, p

peut-tre ce que Mazarin disait des dispositions de la r6gente a 1'egard des Messieurs: La Reine est admirable dans Faffaire des jansenistes ; quand on en parle en general , elle veut qu'on les extermine tous; mais quand on lui propose d'en perdre quelques-uns, et qu'il faut commencer par M.d'Andilly, elle s'ecrie aussit6t qu'ils sont trop gens de bien et trop bons serviteurs du Roi. Celte influence politique des pavies de M. Arnauld n'6tait pas sans doute etrangere a 1'ardeur avec laquelle illes ctiltivait, ni 5. 1'exquise attention qu'il mettait a les offrir aux personnes d'importance, ni aux louanges qu'on leur a deoernees dans les bistoires de Port-Royal.

Ainsi proteges, les premiers er miles des Champs avaient vu leur nombre s'accroitre rapidement. Le livre de la Frcquente communion, les Apologies de Jansenius, 1'exemple de M. d'Andilly avaient attir6 beaucoup de moncle & la penitence. Yoici les plus celebres de ces converlis de la deuxieme heure (1).

Arnauld DE LUZANCI, fils de M. d'Andilly. Page chez le cardinal Mazarin, enseigne au Havre, il mele la lecture de la vie des saints aux plaisirs et aux ambitions de la vie mondaine. La petite verole, dont il faillit mourir, 1'amena au Desert ou ii embrassa de tout son coeur la profonde solitude et 1'austere penitence qu'il y vit pratiquer. II faisait valoir les terres avec M. le Maitre efc concluisait le menage.

Yictor PALLU, docteur en medecine de la Faculte de Paris. Aprcs trenle annees passees dans la dissipation du siecle, il songea a se donner a Dieu. Mais il n'entra reellement dans la voie de penitence que lorsque M. Hillerin, ancien cure de Saint-Merri, lui eut donne a lire, aux eaux de Forges, la Frequent e communion. M. de Saint-Cyran mourut dans ses bras et le confirma dans la verile. Sa maniere agreable de converser aupres des malades charmait tout le monde : on avait presque de la joie de tomber malade pour jouir des entreliens du noedecin pdnitent.

Pierre MANGUELIN. C'etait un chanoine de Beauvais. II savait la philosophie, la cbronologie, 1'bistoire ecclesiastique, la tbeologie scolastique et les Peres. II donna comme docteur son approbation au livre de la Frequente communion, il en fut recompense, car la lecture des verites qui sont proposers dans cet ouvrage le penetra de componction et Dieu lui fit la grace

1. D'apres Besoigne, Hisloire dei'abbaye de Port-Royal, t. 4, p. 3, sq.

de le detacher de tout, meme de son canonical. M. Singlin 1'avait charg6 de confesser les solitaires, Men qu'il eut declar6 qu'il n'avait pas 1' experience n6cessaire pour conduire des p6ni tents de ce haut rang.

Wallon DE BEADTUIS. Le docteur Arnauld lui enseigna la philosophic, en Sorbonne, et lui fit sentir de bonne heure le d6faut d une th6ologie purement scolastique. M. Manguelin, en lui pretant la Frequente communion, lui fit trouver I'id6e d'une conversion veritable, et, malgr6 les remontrances d'un oncle capucin, il embrassa les pures maximes de la pi6t6 chreiienne. II eiait le collegue de Lancelot dans la direction des petites 6coles ; il faisait des recueils pour aider Arnauld, Nicole, Saey dans la composition de leurs ouvrages.

Litolphi MA RON i DE suzARRE, 6veque de Bazas. Encore un

convert! de la Frequente communion. Resolu de mettre en

pratique ce qu'il venait de lire, le bon 6vque demanda &

M. Singlin de le diriger dans la penitence. Apres quelques d6-

lais salutaires,le prudent directeur le jugea digne d'entrer dans

la society des illustres solitaires. On le vit done avec etonne-

ment arriver a Port-Royal, portant la croix, d&termine' a se

d^mettre de son 6veche\ demandant a vivre et a mourir en

penitent. Les saints ermites s'ecriaient : La penitence pour le

salut est done aussi ouverte aux eveques ? Apres un an de re-

traite, M. de Bazas futpri6 de retourner dans son diocese pour

y rSpandre la bonne doctrine.

Frangois JAKINS, gentilhomme anglais. Client de M. le Maitre avocat,il devint bientot disciple de M. le Maitre penitent. II 6lait jardinier de 1'abbaye. Unjour, chose grave, il fit rire M. Fontaine. Celui-ci le regardait travailler; comme on parlait d'une grand e bMe enrag^e qui faisait de grands d6gats, il lui dit : Que ieriez-vous, monsieur, si vous la voyiez maintenant entrer dans votre jardin ? II lui r6pondit d'un airr6solu : Je lui fourrerais mon b6che dans son gueule. M. Fontaine ne put s'empecher de rire et il s'est cru oblig6 d'en faire 1'aveu dans ses Memoir es.

Raphael MOREAU, chirurgien. II semble que la Providence ne voulait pas que ces bons solitaires manquassent d'aucun secours dans les choses n^cessaires : medecin , chirurgien, cordonnier, cuisinier, menuisier, etc. se trouvaient a Port- Royal.

SAIKT-AKGE. II tait fils d'une bonne amie de

M. d'Andilly et un des eleves prefers de M. Saint-Gyran ; c'6tait un % double titre aux attentions des directeurs : On lui confia 1'emploi devitrier; il faisait deslanternes defer-blanc.

PEHTUIS DE LA RIVIERE, cousin-germain du due de Saint>Sim0 n. II' etait protestant; devenu catholique, il fut convert! une seconde fois par 1'eveque de Bazas. II occupait a Port- Royal la charge de garde des bois ou il passait a proprement parler touts sa vie.

M. LE SECQ et M. DE PORTES. Deux jeunes officiers que M. d'Andilly convertit pendant le siege de Montpellier. M. d'Andilly s'entretint d'abord avec M. Le Secq, dont la vertu le cbarmait ; il lui parla de M. de Saint-Cyran. M. Le Secq ensuite allant passer la nuit a la tranchee aupres du marquis de Portes ne fit que s'entretenir avec lui de choses merveilleuses qu'on lui avait racontees de ce grand serviLeur de Dieu. Us prirent des lors la resolution de se mettre sous sa conduite.

Antoine GIROUST, pretre. Converti le lendemain de son ordination par sa soeur religieuse de Port-Royal, il prit la resolution, qu'il executa, de ne jamais monter a I'autel. II mourut en 1672, et il fut enterre en laic. L'enterrement la'ique des pretres etait frequent au saint Desert.

M. DE LA PETITIERE. II etait chevalier de Saint-Michel et passait pour la meilleure ep6e de France. Apres avoir tu6 en duel un parent du cardinal, il se cacha. Le Seigneur lui ouvrit les yeux dans cette retraite forcee. II vint a Port- Royal passer quelque temps ; il en sortit ensuite pour se mettre chez un cordonnier en qualite d'apprenti. Quand son apprentissage fut fini il retourna au D6sert;exercer son metier. On ne 1'appelle dans les annales des Champs que le saint cordonnier. "

Charles DUCHEMIN, pretre. II commenc,a les exercices de la penitence par renoncer aux fonctions eccl&siastiques. II s'employait avec un courage infatigable au labour et aux ouvrages les plus rudes de la campagne. II ferrait les chevaux et lespansait dans leurs maladies, aussi bien que les autres animaux de la ferme. Nous ne savons comment les directeurs de Port-Royal conciliaient ces fonctions avec la haute id6e que Saint-Cyran avait donn6e a ses disciples en ne souffrant pas qu'on employat les pretres a faire meme les fonctions des ordres qui leur sont inf6rieurs. Personne, aux Champs, ne sut jamais son nom de famille ni sa qualit6 de pretre : la mort seule devoila ce myst6rieux penitent.

Frangois BOUILLI, chanoine d'Abbeville. II renonga tout jeune aii siecle et a sa stalle; il vint s'ensevelir dans la solitude ou il vecut vingt et un ans. D'abord il s'occupa a toutes les differentes sortes de services qui se presentaient & faire dans la maison. Mais dans la suite il se fixa au jardinage, et se chargea entierement du jardin des Granges, dans la culture duquel il eut Fhonneur de voir sous lui I'illustre abbe de Pontchateau en qualite d'apprenti jardinier. 11 etait aussi vigneron et il plan la lui-meme la vigne de la ferme.

MM. DE CUE DK BAGNOLS et DE BERNIERES. Ni 1'un ni 1'autre n'6laient proprement du nombre des penitents domicilies h Port-Royal, mais ils meritent d'etre comptes parmi eux, puisqu'ils elaient 1 les anges de Port-Royal tanfc pour les religieuses que pour les solitaires et les tbeologiens amis de la maison; 2 les procureurs generaux de toutes les ceuvres de charite. M. de Bagnols persuada sou pere de se depouiller d'une sonmie de quatre cent mille livres corame mal acquise : toute celle fortune fat deposee aux pieds de M. Singiin.

M. HAMON un autre medecin ; il jouera plus tard un grand role. II etait inoins aimable que M. Pallu. Gelui-ci etait fort accomraodant, laissait la liborte aux malades de parler, de reilechir, de contredire ; accordait des saignees et des purgations suivant le gout des particuliers. On ne trouva plus cette complaisance dans M. Hamon. Quand il avait fait son ordonnance, il fallait obeir ; on portait le joug un peu impatiemmeni;. Un medecin, nomme Duclos, ayant eu quelque entr6e a Port- Royal, plut beaucoup aux solitaires : toute sa medecine gisait clans les pilules ; ces Messieurs commencerent a se servir de lui dans leurs maladies. Ensuite le due de Luynes donna entree a un empyrique, nomme Jacques, qui guerissaifc avec une poudre. Le bon M. Hamon fut abandonn.6 ; il genii t beaucoup moins de sa disgrace que des disputes fre"quentes qui arrivaient au Desert entre les partisans de M. Duclos et ceux de M. Jacques.

Gette multiplication des penitents rendit necessaire 1'agrandissement de Port-Royal. II y fut pourvu par M. de Bagnols et surtout par le due de Luynes, une de ces ames cacbees que Dieu tenait en reserve dans le secret impenetrable de sa prescience et qui venaient se donner a lui dans le moment qu'il avait marque par ses decrets eternels (1). Le due, nous de-

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