Rapin, Memoires. t. n, p. 26-i, sq
que du rationalisrae) d'illumimsme et d'orgueil. Par exemple, Fontaine 6crit, apres avoir raconte F arrived aux Champs de M. d'Andilly et de quelqties autres Messieurs :
Je contemplais avec une admiration touj ours nouvelle cespersonnes choisies de Dieu de toute eternite, que le secret instinct de son esprit faisait venir au Desert. La grace etait 1'etoile qui les conduisait avec joie... Dieu faisait tout lui seul. II etait la colonne qui les conduisait dans ce Desert, la voie qui les y menait, le guide qui les y faisait arriver, la main qui les y soutenait, le bras puissant qui les retenait par la douceur d'une manne celeste. II ne leur otait pas leurs plaisirs, mais les y changeait. On les voyait se rendre comme de nouveaux disciples dans cette ecole de penitence ; y apprendre une langue qui jusque-la leur avait ete inconnue; y vivre d'une maniere dont ils avaient peu d'exemples ; renoncer aux biens de ce monde, non comme ceux qui le font en apparence, mais tres-veritablement ; faire passer le changement de leur coeur jusqu'au changement de leurs vivres et de leurs vetements qui etaient pauvres, mais d'une pauvrete qui ne ressemblait pas a celle des personnes religieuses, qui est devenue honorable, et dont le sac et le froc sont plus reveres que 1'ecarlate et la soie. Toutes ces personnes paraissaient bien persuadees que depuis que Dieu a fait cesser les occasions du martyre, et que les Chretiens ne se font plus des roues et des chevalets ou on les tourmentait, comme autant d'echelles pour monter au ciel, il ne restait plus maintenant qu'a le ravir par la penitence...
Cetle vertu n'etait presque plus en usage. Les personnes du clerge Pignoraient presque autant que les la'iques, et tout le monde se laissait endormir dans une vie molle. Mais pour reveiller les hommes de cet assoupissement, vous faites paraitre, 6 mon Dieu, des personnes de 1'un et de 1'autre sexe, qui sonnent incitement de la trompette et qui, sans faire du bruit au dehors, ne laissent pas de faire sortir de leur retraite, par leurs secrets gemissements, une voix plus puissante que celles des predicateurs... Aussi, mon Dieu, vous avez ouvert par eux a beaucoup de personnes les yeux et le coeur ; et vous avez des ce monde recompense leurs travaux, parce qu'ils ont vu le fruit, que, comme des grains de froment morts dans le sein de la terre, ils produisaient par les benedictions de votre grace...
Ce que j 'admirals moi-meme dans ces bons serviteurs de Dieu, c'est que le noinbre s'augmentait tous les jours, et qu'on ne voyait point arriver la neanmoins le mal que produit d'ordinaire la multiplication qui est le relachement, car on n'a qu'a ouvrir les yeux pour voir ce qui est arrive tous les jours et de tout temps dans 1'Eglise en general, et ce qui arrive dans les maisons particulieres. Des que le nombre y croit, la vertu y diminue... C'est le desordre ordinaire que causent
les multiplications et les agrandissements dans les maisons religieuses; et c'est ce qu'on n'a point vu a Port-Royal cles Champs... On y faisait revivre le bonheur de la primitive Eglise. On y voyait refleurir cette sainte generosite dans tons ceux qui embrassaient la penitence, qui se privaicnt plus severemcnt de 1'usage des biens, que ceux qui se sont engages solennellement a le faire. Nul membre ne clementait la beaute cle tout le corps (1).
Le verbeux M. Fontaine poursuit et recommence sans cesse son panegyrique : il ne se trouve jamais long. Cepenclant, ces saints solitaires, ces bienheureux jardiniers, qu'il nous repr6sente avec leurs petits justaucorps de toile, ou d'autre 6toffe qui ne valaient pas mieux, enfonc6s dans la retraite, fuyant tout visiteur, comrae s'ils eussent vu un serpent, epris de la pauvrele, de 1'abjection et de la penitence, n'avaient renonce ni aux contestations de 1'amour-propre, ni a celles de la science profane. Les historiens amis relevent ces imperfections avec discretion et indulgence. Comme chacun voulaittenir en bon ordre tout ce qui etait confie a ses soins, cbacun aussi desirait avec cbaleur tout ce qui lui etait necessaire pource qui 1'occupait. Ceux qui se melaient du jardinage, avaient souvent de petites altercalions pour quelques tas de fumier. L'un plaidait pour des bles et pour des avoines ; 1'autre pretendait que ses legumes et ses cboux ne devaient pas etre mep rises ; 1'autre presentait requete pour ses plants d'arbres ; celui-la disait que sa vigne devait etre preferee a tout. Apres le jardinage et 1'agriculture, la medecine j etait la division parmi les penitents. On a vu que M. Hamon, M. Duclos et M. Jacques introduisirent la discorde a Port-Royal. M. Duclos etait un ami de M. d'Andilly ; il venait le voir dans la solitude, trouvait beaucoup d'bonnetete dans ces Messieurs et leur en temoignait beaucoup ; il s'insinua doucement dans leurs esprits. On prit plaisir a voir un bomme qui etait de bonne composition, et qui avec une pilule guerissait toute sorte de maux. On ne parlait plus d'autre cbose a Port-Royal que des effets nierveilleux des pilules de M. Duclos, dont M. d'Andilly relevail le merite avec de grands eloges. Neanmoins, les ordonnances s^veres de M. Hamon et la poudre de M. Jacques recommandee par le due de Luynes garderent leurs partisans, ce qui occasionnait des disputes frequentes.