‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 93 sur 217 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

seur du roi, les fideles docteurs de la Sorbonne, Habert, 6veque de Vabres, et quelques prelats arrives deja a Paris pour 1' Assembled du Clerg de 1651, il travailla actrvement a faire r6diger, puis a faire signer par les evSques, une lettre collective demandant au Souverain Pontife de juger les propositions extraites de YAugustinus. Le zele de ces homines de bien ne fut point sterile; quatre-vingt-cinq prelats signerent la lettre qui fut envoye a Innocent X par I'interm6diaire du Nonce. Nous traduisons ici cette lettre, non-seulement parce qu'elle fut le point de depart de toute la procedure centre les cinq Propositions, mais surtout parce qu'on y entend un echo magnifique de la croyance de noire ancien 6piscopat frangais a 1'infaillibilite' doctrinale du Pape.

Tres-Saint Pere,

G'est la coutume ordinaire de 1'Eglise de porter au Siege Apostolique les causes majeures, et la foi indefectible de Pierre exige a bon droit que cette coutume soit toujours observee. Pour obeir a cette loi tres-juste, nous avons estime qu'il etait necessaire d'ecrire a Votre Saintete au sujet d'une affaire des plus importantes touchant la religion. II y a dix ans que la France, a notre grande douleur, est violemment agitee a cause du livre posthume et de la doctrine du Reveren. dissime Cornelius Jansenius, eveque d'Ypres. Ces agitations, il est vrai, devraient etre apaisees tant par 1'autorite du Concile de Trente, que par celle de la bulle d'Urbain VIII d'heureuse memoire, qui a condamne les dogmes de Jansenius et confirme les decrets de Pie V et de Gregoire XIII centre Baius.

Votre Saintete a etabli par un nouveau decret la verite et la force de cette bulle ; mais parce que chaque proposition en particulier n'a pas ete notee d'une censure speciale, on a laisse un pretexte aux chicanes et aux feintes de plusieurs. Nous esperons qu'il n'en sera plus ainsi, si Votre Saintete, comme nous Ten supplions, definit clairement et distinctement quel sentiment il faut avoir en cette matiere. C'est pourquoi nous la conjurons d'examiner ces propositions a 1'egard desquelles la dispute est plus dangereuse et la contestation plus echauffee, et de porter sur chacune d'elles un jugement clair et certain. (Suit l'6numeration des cinq Propositions.)

Votre Saintete a depuis peu eprouve combien 1'autorite du Siege Apostolique a eu de pouvoir pour abattre 1'erreur du Double Chef de 1'Eglise. La tempete a ete aussitot apaisee : la mer et les vents ont obei a la voix et au commandemenl de Jesus-Christ. Ce qui fait que nous vous conjurons, Tres-Saint Pere, de prononcer sur le sens de ces Propositions un jugement clair et decisif, auquel le Revere ndissime Janse-

nius lui-meme pres de mourir a soumis son ouvrage, et de. dissiper ainsi toute obscurite, de rassurer les esprits chancelants, d'empecher les divisions, de redonner a 1'Eglise sa tranquillite et sou eclat. Dans cette esperance, nous ofFrons a Dieu DOS souhaits et nos voeux, afm que ce roi immortel des siecles comble Votre Saintete de longurs et heureuses annees, et qu'ii ajoute a un siecle de vie, une bienheureuse eternite.

Les demarches de Cornet, du P. Dinet, de saint Yincent de Paul, et le succes qui les couronnaient, jeterent Falarme dans le camp janseniste. On n'y eut plus qu'une double pr6occupation : savoir Feffet que la lettre des quatre-vingt-cinq produisait a Rome, le neutraliser, et faire 6crire au Pape une contre-lettre par les 6veques augustiniens, afin de 1'embarrasser par cette opposition.

Saint- Amour, un des docteurs qui s'eiait le plus violemment oppose a 1'examen des Propositions, et qui avait deja fait un voyage en Italie, partit pour Rome, des 1650, comme pour le Jubile, mais tres-probablement dans un but moins devotieux, dit M. Sainte-Beuve, qui pent etre tres-certain que son frais et gaillard Saint-Amour pensait peu a gagner les indulgences de Fanned sainte en entreprenant son voyage.

Voici le portrait de cet emissaire de Port- Royal sign 6 par Briennes :

Louis Gorin de Saint-Amour, fils du cocher de Louis XIII, que Sa Majeste aimait fort a cause de son adresse a bien mener son c;irrosse, et pour quelques autres bonnes qualites qui etaient dans ce cocher du corps (1) ; ce Louis, dis-je, de Saint-Amour, de fils de cocher, devint par son savoir-faire Recteur de PUniversite de Paris, la plus celebre de Fimivers, et enstiite tie la Maison et Societe de Sorbonne. II avait un corps et une mine plus propre encore a conduire le carrosse du Roi qu'a porter le bonnet et le chapeau sur les banes de la Sorbonne, qui plial'nt sous les pieds de cet autre Hercule ; plus grand et plus fort n'etait point celui de la Fable ; je doute qu'il flit plus eloquent, et plus courageux. Tel done, et plus terrible encore, parut, durant sa licence, le gigantesque Saint-Amour. Les Cornet, les Pereyret et les Moine, ce trio de docteurs moliniste?, craignaient plus Saint-Amour tout seul que tout le parti janseniste tout ensemble. En effet, c'etait pour eux un redoutable adversaire. Quel homme, bon Dieu ! aujourd'hui a Paris, demain a Rome ; et de la, comme un fantome, porte en Pair, ou sur un cheval de Pacolet, on le voit au prima mensis, ou la seconde lettre de M. Arnauld allait etre censuree tout d'une voix...

l.Les cockers du corps conduisaient les carrosses du roi et de la reine.

Ce fut M. Hallier, alors qu'il defendait Vhonneur et les droits du Clerge de France, qui facilita la promotion de Saint- Amour an doctorat. II le cherissait. Cette amitie, dit le P. Rapin, s'6tait fomented par de petits regals que Saint- Amour faisait a Hallier, qui aimait le bon vin, dont Saint- Amour, qui ne le ha'issait pas, 6tait toujours bien pourvu. II y ajoutait des omelettes h la janseniste : car on donnait ce nom a tout ce qu'il y avait d'exquis pour le manger dont on 6tait assez curieux parmi les importants de la cabale, qui n'6taient nullement severes ni a eux-memes, ni h leurs amis. Us se traitaient bien, s'eiant laisse persuader que ce qui est bon ne doit etre que pour des 61us comme eux (1). Tandis que les importants se traitaient bien, les autres, c'est 1'abbe d'Aubiny qui nous 1'a appris, mangeaient des herbes au Desert, pour Fedification publique.

Saint-Amour, que nous connaissons maintenant, pour se rendre en Italie, prit la route de Geneve oil il comptait de bons amis parmi les ministres calvinistes. Arriv6 a Yenise, il y fit un assez long s6jour. Louis de Matharel, estoit pour lors resident pour le roy pres cette r6publique, et y soutenoit cette charge, depuis deux ou trois annees qu'il n'y avoit pas d'ambassadeur, avee beaucoup de reputation (2). M. de Matharel, d'origine italienne (3), sut si bien se faire estimer, que le Senat voulut lui accorder le titre de noble Ve'nitien^ mais il refusa genereusement celle faveur en disant qu'il ne recevait de grace que du roi son maitre. Les graces du roi ne lui manquerent pas : il devint secretaire general de la marine, et bientot apres intendant-general de justice, police et finances de la marine du Levant. Sa mere etait fille de Claude Le Cirier, 1'un des cent gentilshommes de Louis XIII ; un de ses cousins, Nicolas de Matharel, avait 6t6 aumonier du roi. Le nom de Matharel n'etait done pas inconnu a Saint-Amour qui dtit se hMer de se presenter chez le resident. II 6taittrop bavard pour dissimuler le vrai motif qui 1'amenait en Italie. Loin de 1'ap-

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