Journal de Saint-Amour, p
3. Cette inaison est sortie deRavenne; elln est etablie en France depuis 1385. Elle a donne a l']j!tat plusieurs homines distingues, et a 1'Eglise deux cardinaux, un eveque, un general des Feuillants qui fut confesseur du pap e Paul V et qui mourut en odeur de sainlete a Rome, La Ghenaye dil qu'il a ete beatific.
prouver, Louis de Matharel essaya de le decourager ; il lui raconta 1'aventure de Claude Hersent, un disciple de saint Auguslin un peu trop ze!6, qui venait d'6chapper, par miracle, aux prisons du Saint- Office a Rome. Claude Hersent, invit6 a donner le sermon pour la fete patronale, dansl'dglise de Saint- Louis, s'elait mis dans la tete que ce serait une belle occasion de se signaler que de precher la doctrine de 1'eveque d'Ypres au milieu de Rome. II pensait qu'a 1'abri de 1'amitie de I'ambassadeur de France, qui se servait de lui, car il 6tait fort plaisant, pour animer sa table et rejouir ceux qu'il y invitait, il pouvait tout oser. Suivant la maniere de nos Messieurs, on prdna a 1'avance le sermon et le pr6dicateur. Le concours fut grand. Les cardinaux Barberin, d'Este et des Ursins s'y trouverent avec 1'ambassadeur et une foule considerable de Franc.ais et d'ltaliens. Hersent, avec une hardiesse de declamateur acheve", d6bite devant cette illustreetnombreuseassemblee, que I'homme en perdant I'innocence a perdu la liberte ; qu'on ne pent resister a la grace, dont le pouvoir est toujours victorieux.
G'6tait la pure doctrine jans6niste, le sermon fut prononce avec tant de brusquerie et si peu de gravite, qu'on n'y prit pas garde. Mais le pr6dicateur, encourag6 sans doute par ce beau succes, eut 1'effronterie de faire imprimer son discours et dele dedier au Pape avec une epitre peu respectueuse pour Sa Saintet6 et remplie des louanges de 1'eveque d'Ypres. Cette audace ne pouvait rester impunie. Ordre fut donn6 d'arreter Hersent au moment ou il rendait visite a 1'ambassadeur de Malte. Heureusement pour lui, tandis que les sbires le guettaient, un carrosse de I'ambassade frangaise passe devant la porte, il s'y jette, et echappe a 1'Inquisition.
A ce r6cit, M. de Matharel ajouta quelques considerations pour dissuader Saint-Amour de poursuivre son voyage. II lui representa combien cette facheuse rencontre mettrait encore en plus mauvaise odeur a Rome tous ceux qui y passeraient pour jansenistes ; il lui dit que le soin ge"ne"ral qu'il devait prendre autant qu'il pouvait qu'aucun Frangaisne se trouvat embarrass^ dans des affaires difficiles et odieuses en ce pays-la, parce que cela retournerait toujours au dshonneur de la nation, Fobligeait de lui tmoigner les craintes qu'il avait, s'il allait a Rome sit6t apres ce dernier m^contentement qu'Hersent venait d'y donner de lui, qu'on entrat en jalousie de lui des
qu'on le verrait; qu'on ne le considerat comme un homme substitue en sa place pour les inte'rets delamerne cause, et qu'on n'y prit resolution de prevenir, en le mettant en lieu de surete", toutes sortes d'intrigues et d'autres choses d6sagr6ables... ; qu'il avait fait diverses choses en France contre les Mendians, centre M. Cornet et M. Hallier qui ne seraient pas fort goute"es a Rome, et qu'il ne pouvait lui dissimuler que sa pense"e 6tait qu'il ferait fortbien, s'il pouvait, de n'y point aller (1).
G'e"tait parler d'or. Saint-Amour repondit au charg6 d'affaires que le tejnoignage de sa conscience ne lui reprochait rien qu'on put lui objecter avec justice; que sans regret pour ce qu'il avait fait a Paris, il etait sans apprehension pour 1'avenir ; qu'au contraire, il 6tait r6solu de soutenir et de justifler a Rome et partout ailleurs, dans toutes les occasions qui pourraient en arriver, tout ce qu'il avait dit en France (2).
Gependant, des son entree dans Rome, les sages conseils de M. de Matharel et 1'histoire d'Hersent revinrent a sa m&noire. La peur du Saint-Office tempera les ardeurs de sonzele et doua tout a coup notre Hercule d'une prudence et d'une discretion merveilleuses. II ne veut pas voir le Pape pour ne pas se faire remarquer ; quand ses amis de Paris lui demandent des nouvelles de la lettre des quatre-vingt-cinq, il leur re"pond qu'il est surveille', qu'il a peu de connaissances a Rome, que sa sante" n'est pas retablie, qu'il a d'autres affaires quine lui permettent pas de disposer tout a fait de son temps. Au reste, il leur conseille d'envoyer une deputation a Rome pour y d6fendre la ve'rite' ; il leur donne beaucoup de raisons pour les decider a prendre ce grand parti, mais illeur donne beaucoup aussipour leur en signaler les perils et Finutilite'. La plus considerable des raisons qu'il donne contre son projet est que les Jesuites ont bien du pouvoir sur les officiers du Saint-Office. L'image d'Hersent poursuivi par les sbires ne quitte pas Saint- Amour, cet Hercule comme Fappelait Brienne, cet Ajax theologien, comme 1'appelle M. Sainte-Beuve. II dissimule sa redoutable massue, effroi des Cornet, des Pereyret ; aulieu de faire le lion, il fait le renard, role qu'Arnauld, cache" sous les ailes de Dieu, jugeait digne des seuls ennemis de Port-Royal. II s'insinua aupres de quelques cardinaux, du general des Augustins, de