‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 96 sur 217 · Rapin, Memoires, 1. 1, p · texte numérisé non relu

Rapin, Memoires, 1. 1, p

et la seule e"quite" seraient capables de rendre inviolable, si d'ailleurs onpensaita 1'inquieter. Ainsi rassur6, Hercule reprend sa massue, Ajax redevient thologien, et plein d'une noble ardeur, il retourne a Rome, ou il trouva des letlres de recommandation pour plusieurs cardinaux, les instructions des Peres, et une lettre des 6veques augustiniens pour le Souverain Pontife.

Voici les instructions qu'il recevait de Port-Royal :

Faites tous vos efforts possibles afm qu'on ne prononce rien sur les propositions ; mais si vous voyez qu'on voulut prononcer, il faudrait tacher de faire faire trois choses, savoir : 1 que Ton declarat expressement que Ton ne veut donner nulle atteinte ni a la doctrine, ni a 1'autorite de saint Augustin, que le Saint-Pere veut etre reveree de tous les fideles ; 2 que 1'on ne pretend blesser nullement la grace efficace par elle-meme et necessaire a toutes les bonnes actions, a tous les bons mouvements de la volonte qui regardent le salut; 3 C qu'on ne veut aussi donner aucune atteinte aux propositions selon la connexion qu'elles peuvent avoir avec la meme doctrine de la grace efficace par elle-meme, necessaire a tous les bons mouvements dela volonte. Ditesleur que sans cela Us condamnent Clement VIII, Paul V, et toute la Congregation de Auxiliis. Ce n'est pas qu'il ne fut bien plus a souhaiter. qu'on ne fit rien de tout; mais, si Ton fait quelque chose, je ne vois pas de meilleur temperament pour donner quelque satisfaction a tout le monde et pour ne pas reduire les choses a 1'extremite. Gardezvous bien de proposer ce temperament que dans la derniere extremite (1).

On voit combien nos Messieurs redoutaient ce jugement clair et decisif que les 6veques demandaient au Saint-Siege ; on voit aussi avec quel art ilss'abri tent derriere saint Augustin, avecquel desinteressement ils proposent un temperament qui satisfasse tout le monde, et on admire le soin qu'ils prennent de la m6moire de Clement VIII, de Paul V. Quelle foi dans ces grands serviteurs de Jesus-Christ, et tout ensemble quelle humilite : ils se deflent des lumieres du Saint-Esprit et lui dictent ses oracles !

Saint-Amour n'6tait pas press6 de communiquer a la cour romaine les sages conseils des solitaires. Sans doute, il 6tait depute des eveques de France ; n6anmoins, il avoue dans son

Page 1