Lettre de 1'abbe de Val-Croissant, M. Lalane
Journal qu'il s'imaginait de temps en temps entendre le pape dire a Albissy, 1'assesseur du Saint-Office : Faites-le prendre (1). Tout son courage se r6duisit a demander une audience au Souverain Pontife, qu'il obtint apres s'etre presents bien des fois a 1'antich.ambre pour y d6biter les raisons de son ambassade (2). En presence dlnnocent X, Saint- Amour se retrouva bon jansSniste: il fit un long et fastueux discours dans lequel il denatura 1'bistoire des cinq propositions. LePape lui r6pondit que si c'etait 1'affaire de la bulle d'Urbain VIII, qui avait condamn6 la doctrine de Jansenius, la cause etait d6finitivement jugee ; que si c'e'tait unenouvelle affaire, il vit Albissy. Ge nom calma 1'eloquence d6bordante de Saint-Amour ; il presenta la lettre des prelats qui le ddputaient, et se relira.
Bien qu'un peu longue (les Jansenistes ne savent ni paiier, ni ecrire avec concision) il nous faut lire cette lettre :
Tres-Saint Pere,
Nous avons appris que quelques-uns de Messieurs nos confreres ont ecrit a Votre Saintete touchant uac affaire irnportante et difficile et qu'ils la supplient de vouloir bien decider nettement quelques propositions qui exciterent Fannee derniere un grand trouble dans la faculte de Paris, sans aucun fruit. Ce qui ne pouvaitreussir autrement, puisque ayant ete faites a plaisir et composees en des termes ambigus, elles ne pouvaient produire d'elles-memes que des disputes pleines de chaleur dans la diversite des interpretations qu'on y peut donner, comrne il arrive toujours dans les propositions equivoques. Ainsi Messieurs nos confreres nous permettront, s'il leur plait, de dire que nous ne saurions approuver leur dessein. Car, outre que les questions de la Grace et de la predestination divine sont pleines de difficultes et qu'elles ne s'agitent d'ordinaire qu'avec de violentes contestations, il y a encore d'autres raisons tres-considerables, qui nous donnent sujet de croire que le temps ou nous sommes n'est pas propre pour terminer un difierend de cette importance : si ce n'est que Votre Saintete veuille, pour porter un jugement solennel, ce qui ne semble pas etre leur intention, y proceder selon les formes pratiquees par nos peres, reprendre 1'affaire des son origine et 1'examiner toute entiere et de nouveau en entendant les parties, comme firent Clement VIII et Paul V, de sainte memoire. Car, si Votre Saintete n'en usait pas de la sorte, ceux qui seraienl condamnes se plaindraient avec justice de 1'avoir ete par les calomnies et par les artifices de leurs adversaries, sans avoir ete entendus. A quoi ils pourraient peut-etre ajouter que cette cause avait