L. Turpin de Crissé
Le marquis de Saisseval, Vénérable,
Bacon de la Chevalerie,
Alexandre, comte de Strogonoff,
Le baron de Ros,
Le comte de Saisseval,
Charlotte de Saint- Marsant,
Marquise Doza, inspectrice,
Adélaïde de Gouffier, comtesse de Choiseul,
Gabriel Boulainvilliers, vicomtesse de Faudoas.
Par mandement de la Loge :
Frère Tissot, secrétaire. »
Aux noms de ces signataires du procès -verbal viendront se joindre dans les dix assemblées suivantes, allant
( 1) h Piler — Il signifie figurément et populairement manger. Ainsi l'on dit d'un grand mangeur que c'est un homme qui ne fait que piler, que c'est un homme qui pile bien.» — Dictionnaire de V Académie. 5« édition, 1814.
(2) Il signe le 31 mars 1775 : Le P(rinc)e Sapieha.
jusqu'au 25 avril : Basile, prince Kawauski, R. P. de Galitzin, le vicomte Le Veneur, de Kallitschoff, Caumartin, Mareschal, M. comte Bvzotowski, baron de Sournia, marquis d'Arcambal, H. marquis de Lusignan, marquis du Hautoy, comte de Launoy, de Royer, G. -M., de la Loge provinciale de Lyon, Jeanne-Maurice-Pulchérie de Villeneuve, marquise de Genlis.
Le 7 avril, a eu lieu la réception de Mareschal. Le procès- verbal, où on a rayé plus tard tout le détail de l'initiation, abonde en curieux renseignements :
c Le 7e jour du second mois de l'an de V.-. L.'. 5775, la Loge de Saint- Jean de la Candeur à l'0.\ de Paris, régulièrement convoquée et fraternellement réunie sous le point géométrique connu des seuls vrais Frères dans un lieu éclairé où régnent l'union, le silence et la charité,
« Les travaux ont été ouverts parle V.\ F. '.Bacon de la Chevalerie éclairant l'Orient et lesT.\ R.-.FF.*. marquis de Turpin et baron de Ros éclairant l'Occident.
« Le R.'. F.*, baron de Ros ayant proposé le Profane Mareschal à la R.\ L.\ il fut ordonné par le V.*. F.\ Bacon de la Chevalerie que le P.*. fût conduit à la chambre de réflexion. Puis, s'étant informé de ses dispositions, il commanda qu'on lui fit faire ses voyages extérieurs. Le V.\ F.-. Bacon de la Chevalerie a fait part à l'assemblée des regrets qu'avaient les FF.-, comte de Launoy et marquis de Saint-Simon de n'avoir pu assister àla R.\ L.\
< Ayant frappé à la porte du temple en Profane, le Maître des cérémonies intérieures s'étant assuré qui frappait, a dit que c'était Claude-Joseph Mareschal, maître d'hôtel d'Amancey, en Branche-Comté, âgé de 40 ans, qui demandait à être reçu maçon. Le V. F. Bacon de la Chevalerie^ lui ayant fait demander son testament conçu en ces termes : « Je fais professi07i de vivre et mourir dans td religion catholique et fais mon unique héritière la fïlte de ma sœur, » ayant ensuite fail introduire le P.\ dans le temple et lui ayant demandé ce qu'il voulait*, a dit désire)"
être Maçon. On Va fait sortir ensuite du temple parce qu'il n'était pas en état décent ; V ayant fait alors rentrer en état décent, on lui a demandé s'il connaissait quelqu'un de V assemblée. Le P.-. s étant réclamé du F.\ comte de Saisnout absent, le V.\ a ordonné qu'on le fasse voyager de l'Occident à VOrient par la voie du Septentrion. Lui ayant fait subir les épreuves accoutumées et fait faire son second voyage, on a donné à boire au P.\ le calice d'amertume. On lui a fait foi') e son troisième voyage. Ensuite il a subi l'épreuve du feu (]). Alors (2e main) le V.-. satisfait du Pro. l'a fait mettre à genoux au pied du trône, lui a fait faire les serments de Maçon {porter l'obligation, 2e main) et par le pouvoir qui lui est donné l'a fait Maçon. Le V.-. ayant ensuite donné la lumière au P.\ on lui a fait renouveler son obligation et on on a couvert la Loge.
« Le nouveau F.', étant ensuite rentré dans laL.'., le V.-. l'a comblé de la faveur de l'habit de Maçon et lui a donné les instructions yiécessaires. »
La chronologie des Juifs ; l'année commençant en mars, mois de leur Pàque; c le calice d'amertume » rappelant les eaux très amères données, comme épreuve, à la femme soupçonnée d'adultère (2) ; « l'épreuve du feu », par où Jérémie reproche si hautement aux Juifs de faire passerleurs fils et leurs filles pour les consacrer à Moloch, dans la vallée des fils d'ennon, au midi de Jérusalem (3) ; la « véritable lumière » associée au nom de « saint Jean » à rencontre de celui du Christ, dont le berceau ne sert plus de date au comput des années, tout trahit ici l'origine judaïque de la franc-maçonnerie. L'année précédente,
(1) Ce qui est en italique est rayé et remplacé à la fin par ces mots d'une seconde main, ancienne encore : « On lui a fait subir les épreuves d'usage. » La fin, en italique ici, est également rayée.
(2) Num, V. 26.
(3) Jér. VII, 31 ; IV Reg. XXilI, 10. Cette vallée Gé-Ennon est la Gétenne.
avait paru la seconde édition du livre, Les plus secrets mystères des hauts grades de la Maçonnerie, etc., nouvelle édition augmentée. A Jérusalem MDCCLXXIV, in-12 de 164 pages. Les gravures, représentant les symboles, de nombreux détails des cérémonies et les mots de passe y révèlent, malgré un vernis chrétien affecté, le même fond (1). Il va sans dire que Jérusalem, c'est Paris. Les Juifs, dont on trouve la main dans toutes les sectes chrétiennes, ne cessent de nous apparaître comme les premiers et les plus indomptables meneurs de la francmaçonnerie.
Notons bien cette « profession » de « religion catholique » requise pour l'admission dans la Loge. C'était la religion du Roi, de l'Etat. On n'avait garde de se rendre suspect, ou de ne pas paraître faire du zèle, en omettant cette haute hypocrisie. Ainsi les Juifs se faisaient baptiser, ordonner prêtres, évêques au besoin, pour s'emparer, avec les Maures, de l'Espagne de Ferdinand et d'Isabelle : ce qui faillit avoir lieu au moment même où Christophe Colomb donnait à l'Espagne le Nouveau-Monde. L'obligation de se déclarer catholique pour être reçu Franc -Maçon sera maintenue en France jusqu'au moment où Bonaparte, Maçon, prendra, avec le Consulat, le pouvoir. « Avant les « statuts généraux de 1800 et 1806, dit Gyr, on ne pouvait « légalement admettre aux Loges françaises que ceux qui « professaient la religion catholique et romaine ; le jour « de la Saint-Jean -Baptiste, tous les Maçons étaient obli- « gés d'assister à une messe ; et le lendemain ils faisaient « chanter un service funèbre pour les Frères défunts. Les « statuts de 1800 et 1806 ont fait disparaître toute trace
(1) Je lis dans un manuscrit in-18 de 1810, L'art du F.-. Thuileur, d'autre provenance que notre Registre, p. 74 : « D. Quel est le mot sacré? — R. Adonaï? — D. Quel est le mot de passe ? Rabonim, qui signifie : Je suis architecte. » C'est de l'hébreu au niveau du turc du Bourgeois-Gentilhomme. Mais les Jourdain, dont la maçonnerie abonde, sont gens à tout gober ; et il y a plaisir à mettre çà et là leur bêtise à une épreuve qui réussit toujours.
< non seulement de catholicisme, mais encore de christiac nisme (1). » Cette obligation ne regardait que les Français, et nous allons voir la Loge de la Candeur admettre des étrangers non catholiques. Remarquons aussi ce regard de la Loge sur le testament du récipiendaire. Celuici donne à sa famille : c'est bien. S'il eût donné en œuvres pies, pour le salut de son âme, les besoins de l'Eglise, ceux des pauvres, eût-ce été bien pareillement? Il y a ici une inquisition sans titre qui pourrait bien n'être pas sans raison.
Pour annihiler implicitement, mais radicalement, cette profession de foi catholique qu'il a dû faire, le médecin Tissot, secrétaire de la Loge, reçu Maître à huit jours de là, prononcera le discours suivant :
« Recevez,T.\ R.\ C.\FF.\, le tendre hommage de mon cœur en m'admettant à vos augustes et sacrés mystères : cette insigne faveur que vous avez bien voulu me faire, T.-. C.\ F.*., me donne l'idée que je suis dans un nouveau monde et que de nouveaux cieux brillent pour moi.
« Le bandeau des mauvais préjugés que je pouvais avoir sur la maçonnerie, étant profane, est tombé. Je suis bien convaincu que ce n'est que dans ce sanctuaire des vertus qu'on peut apprendre par la bouche du Vénérable et par l'exemple des R.\ FF.*, à adorer l'Etre suprême, à servir l'Etat, à aimer son prochain, à secourir l'indigent, à avoir en partage la sincérité et la sagesse, enfin à devenir honnête homme et, qui plus est, bon Frère. Transporté d'un amour maçonnique, je renouvelle à l'instant les serments fidèles que j'ai fait au pied de vos autels -, et je me soumets à être puni si jamais je devenais rèfractalre à cette obligation. Que le G.-. A.-, de l'Univers me préserve d'un tel malheur !
« Daignez, T.-. G.'. F.-., aider de vos lumières un jeune prosélyte qui n'a que sept ans et dont le zèle n'aura jamais
(1) La Franc-maçonnerie, par Ëckert, traduit par l'abbé Gyr. 2 vol. in-8, 1855. Tome II, p. 45.
d'autre bu t que celui de consacrer ses travaux pour la splendeur de l'Art Royal. »
Jusqu'ici, dans sa profession de foi catholique, Tissot n'a eu sur les yeux que le bandeau des mauvais préjugés, n'étant qu'zm profane, ne sachant pas adorer l'Etre suprême, servir l'Etat, aimer son prochain : il est resté un enfant n'ayant pas l'âge du discernement, n'ayant pas sept ans. Voilà ce qu'a fait de lui l'Eglise. Maintenant il tourne le dos à ses ténèbres : de nouveaux deux brillent pour lui ; le sanctuaire des vertus lui est enfin révélé. On ne fait donc une profession de foi catholique en entrant dans la Loge comme Apprenti que pour la fouler aux pieds et la conspuer en y recevant le grade de Maître. La Loge répond au discours du Frère Tissot « par les applaudissements en la manière accoutumée » ; et son digne secrétaire va devenir en plus le distributeur de ses aumônes.
Le 9 mai, « Joseph Thomas, vicomte d'Espinchal, colonel de dragons, âgé de vingt-six ans cinq mois, natif de Bleine en Auvergne, de la religion catholique, ■» est reçu Apprenti Maçon. La quête du jour, qui produit quatrevingt-deux livres neuf sous, est adjugée à un Frère Maçon qui a représenté par une lettre ses besoins urgents, « Lindre, ancien officier au service de France ». Puis le vicomte d'Espinchal est élevé au grade de Compagnon, et le vénérable Bacon de la Chevalerie lui adresse ce discours
mystagogique :