‹ Les Japonais, leur pays et leurs mœursChapitre 11 sur 47 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Situation des îles. — Leurs noms et leur découverte. — Superficie et population. — Les volcans. — Les tremblements de terre. — Topographie. — Climatologie. — Moussons. — Typhons. — Grandes divisions administratives. — Les capitales.

Le Japon, situé entre les 127° et i44»de longitude à Pesl du méridien de Paris et le 3 1*» et le 47° de latitude nord, est le pays le plus reculé de Textréme Orient et le plus voisin des antipodes dans notre hémisphère. Il se. compose d'une quantité considérable d'îles de toutes dimensions, dont le nombre dépasse 3, 800. La plupart, inhabitées, sont des îlots et des rochers sans importance disséminés sur la surface de la mer. Les quatre plus grandes, Yéso, Hondo, Sikok et Kiu-Siu, méritent seules d'être signalées; on peut encore citer cependant les îles Liou-Kiou, échelonnées au sud jusqu'au tropique du Cancer, et dont la possession a failli être une cause de guerre avec la Chine en 1879, et enfin Tarchipel des Kouriles, touchant au nord à la presqu'île du Kamtchatka, et cédé depuis peu aux Japonais par les Russes, en échange de Pîle Tarakai ou Saghalicn.

Le nom indigène du Japon est Ni-Hon, ce qui veut dire « origine du soleil ))*y non contents de cette dénomination pompeuse, les Japonais la font le plus souvent précéder encore 'de l'adjectif dai, grand, et ne prononcent qu'avec componction : « Dai-Ni-Hon», le nom de leur pays. La mythologie, du reste, leur fournit encore une foule d'appellations figurées dont nous parlerons plus tard en traitant cette question.

L'empire du Soleil levant fut découvert vers la fin du treizième siècle par Marco Polo. Ce célèbre voyageur vénitien, resté dix-sept ans à la cour de Koublaï, grand khan des Mongols, pour faire du commerce, fut chargé par ce prince de missions lointaines en Tartarie, en Chine et au Japon ; à son retour, en 1295, il révéla à l'Europe l'existence de toutes les contrées de l'extrême Orient.

La superficie totale du Japon est d'environ 3,600 myriamètres carrés, égale aux deux tiers de celle de la France; mais le développement de ses côtes peut être évalué à dix fois le nôtre. La population, composée de 7,220,000 familles, est environ de 34 millions d'habitants, vivant dans 63,659 villes, villages ou hameaux.

Le pays est couvert partout de hautes montagnes et hérissé de cônes de volcans dont plusieurs sont encore en activité. La grande île dont le véritable nom est Hondo, mais que les géographes ont appelée Nippon, confondant la prononciation populaire de Ni-Hon avec son véritable nom, est de beaucoup la plus importante ; c'est sur son territoire que se trouvent les capitales et les villes principales. Elle pos-

sède aussi les deux plus grands volcans de tout TEmpire : PAssama-yama, au centre de l'île, dont le cratère, à 2,600 mètres d'altitude, est encore en activité, et le Fudji-yama,sur le bord de la mer, le plus haut sommet, qui n'a pas moins de 3, 800 mètres d'élévation. Une légende raconte qu'en l'an 200 de notre ère, le Fudji-yama jaillit de terre en une seule nuit, et, comme compensation, se formait en même temps, à cent lieues de là, une véritable mer intérieure, le lac Biwaa.

Les nombreuses sources thermales sulfureuses répandues sur toute la surface du pays, les éruptions volcaniques comme celle du Taromaidans l'île d'Yéso, en 1867 et en 1874, et les commotions souterraines, prouvent assez que les forces intérieures sont loin d'être apaisées. Les tremblements de terre sont surtout excessivement fréquents. Dès la première nuit de notre arrivée, il s'en produisit un assez violent, et nous en ressentîmes souvent pendant notre séjour. Dans le seul mois de février, en 1882, on en compta quarante-deux à Tokio, plus ou moins intenses.

Ces tremblements de terre causent souvent de grands désastres, et les chroniques du Japon en sont remplies. En voici un exemple rapporté par un Jésuite portugais, le Père Louis de Froës * :

« En l'an i586, il y eut un terrible tremblement de terre au Japon; les secousses durèrent pendant quarante jours et s'étendirent de la province de Sacaja jusqu'à Kioto. Soixante maisons furent renversées

' Rftcuail du Père Hay : De rcbus japonkis, etc.

dans la ville de Sacaja, et Magasama, petite ville d'environ mille maisons dans le royaume d'Omi, fut complètement détruite par un feu souterrain. A Kioto, plusieurs maisons furent démolies, ainsi que le temple des Idoles. Une petite ville florissante par son commerce, dans la province de Facata, ressentit d'horribles secousses et s'enfonça dans la mer; toutes ses maisons et tous ses habitants furent engloutis, et Ton n'en retrouva pas la moindre trace.

« Dans le royaume de Mino, une forteresse s'abîma dans la terre entr'ou verte, ainsi que la haute colline sur laquelle elle était située, et un lac apparut à leur place. Un fait identique se produisit dans la province d'Ikeja. Dans beaucoup d'endroits, il se forma des crevasses tellement considérables qu'un mousquet ne portait pas d'un bord à l'autre de ces gouffres insondables, et les vapeurs qui s'en dégageaient étaient si nauséabondes que les voyageurs n'osaient pas s'en approcher. »

Même en supposant de l'exagération de la part de cet ancien chroniqueur, on peut se rendre compte cependant par ce récit des calamités occasionnées par ce fléau.

Une arête de montagnes, se ramifiant des deux côtés et envoyant jusqu'à la mer des chaînes secondaires dont ' les collines s'abaissent peu à peu en s'approchant des côtes, parcourt du nord au sud l'île Hondo dans toute sa longueur et la divise en une suite de petites vallées. De nombreux cours d'eau, impétueux torrents à la fonte des. neiges et aux lits desséchés en été, arrosent ces vallées et ne

sont guère navigables qu'à leur embouchure, où ils peuvent porter les petites jonques et les radeaux, et sont alors une grande ressource pour le commerce en remplaçant les routes. Le sol de ces vallées formé de dépôts volcaniques décomposés est très-fertile et, surtout à une certaine distance de la mer, forme des champs excellents. Les plaines, bien cultivées, sont couvertes de rizières. Les montagnes, autrefois surchargées de forêts, commencent à se déboiser, surtout dans le sud. Dès 1821, une ordonnance taïkounale était formulée pour enrayer le mal, mais sans résultat, et actuellement, malgré les mesures prises par le gouvernement, les forêts disparaissent déplus en plus.

Le Japon, dont le nord touche aux contrées glaciales et où se rencontrent en abondance les animaux à fourrures et les bois de la Norwége, et dont le sud, voisin des tropiques, fournit des oranges, des bananes et des ananas, diffère nécessairement beaucoup de climat sur ces divers points; mais cependant, il est loin d'être tel que sa position géographique semblerait tout d'abord l'indiquer. Ainsi, dans l'île d'Yéso, à Hakodaté par exemple, sous la même latitude que Rome et Ajaccio, le thermomètre descend fréquemment, en hiver, à 20® au-dessous de zéro, et la neige recouvre la terre pendant quatre mois de l'année. A Yokohama, sur le même parallèle que Biskra et Tlemcen au sud de l'Algérie, cette saison est assez froide, et il y gèle presque toutes les nuits.

Le climat du bassin occidental, exposé aux vents glacés venant directement des steppes de Sibérie et de Mandchourie, est très-rigoureux; celui des côtes

baignées par Pocéan Pacifique, au contraire, est beaucoup plus tempéré, grâce au Kuro-Sivo, le « courant noir», ainsi nommé à cause de la couleur foncée de ses eaux qui viennent des pays chauds, dont elles charrient les herbes marines, et notamment les raisins des tropiques, et possèdent toujours une température supérieure de plusieurs degrés à celle de Pair ambiant. Le versant sud-est est du reste abrité des vents froids par les hautes montagnes du centre de l'île.

En somme, la température moyenne de Tannée dans l'île Hondo est à peu près la même que celle du centre de la France, malgré leurs latitudes inégales; mais cependant les saisons sont tout à fait différentes des nôtres.

Dans l'océan Indien et les contrées de Textréme Orient, régnent des vents périodiques appelés moussons. La mousson nord-est se fait sentir du mois de septembre au mois de février, elle est surtout violentedans Thémisphère austral; la mousson sud-ouest souffle de mai en août, principalement dans l'hémisphère boréal. Entre les deux moussons surviennent ces déluges de pluie, et sévissent ces épouvantables tempêtes, tourbillons gigantesques d'un diamètre immense qui se déplacent rapidement à la surface de la mer en décrivant des cercles excentriques. Dans Tocéan Indien on les nomme cyclones, et dans les mers de Chine et du Japon, où elles sont le plus fréquentes et le plus terribles, elles prennent le nom de typhons, venant probablement du dieu égyptien ainsi nommé, principe des ténèbres et du mal. Rien ne peut résister à cette force surhumaine, dévastant

tout sur son passage, rasant les maisons et les forêts des îles ou des continents dont elle s^approche. Un miracle seul peut sauver le navire saisi par la tourmente.

Autrefois, la perte du bâtiment à voiles englobé dans un typhon était certaine; maintenant, grâce à la vapeur, et à la connaissance beaucoup plus approfondie de la marche de ces météores, on réussit souvent à se soustraire en partie au danger, et les steamers fuyant rapidement en sont quittes pour des avaries considérables.

Les moussons se font sentir jusqu'au Japon. La mousson froide ou du nord-est a lieu en hiver. C'est la belle saison oîi pendant quatre ou cinq mois l'atmosphère très-sèche n'est obscurcie d'aucun nuage; c'est en même temps Tépoque des violents coups de vent. Pendant la mousson sud-ouest, en été, la quantité pluviale n'est guère inférieure à celle des tropiques. La température est chaude, mais excessivement humide et malsaine, et favorise les épidémies. Les objets exposés à l'air se moisissent rapidement.

Ce fait, qui se produitdans tout l'Orient, est encore bien plus sensible dans l'Inde. A Calcutta, par exemple, on est forcé de faire bassiner les draps de lit trempés par cette humidité excessive, et obligé en même temps d'avoir un nègre occupé toute la nuit à déplacer l'air de la chambre, au moyen d'un panca^ — paillasson suspendu au plafond, — sans lequel on ne peut ni respirer ni dormir.

Le climat du Japon est plus salubre que celui de

la Chine, car l'on n'a pas à y craindre ces chaleurs accablantes suivies de brusques abaissements de température.

L'empire du Japon est divisé en huit grandes contrées tenant leurs noms des routes qui les traversent. Ce sont : le Tokaïdo, le Tozando, le Hokurokudo, le Nakasendo, le Sangodo, le Nankaïdo, le Saikaïdo et enfin le Hokkaido. Nous parlerons plus loin de leur administration.

Avant la révolution de 1 867, Tempire du Japon possédait deux capitales: Kioto, la résidence du Mikado, empereur spirituel, et Yédo, où habitait le Shogun, empereur temporel et tout-puissant.

Depuis que le Mikado a renversé ce dernier et est devenu chef unique de l'empire, il a transporté ses lares à Yédo, dans l'ancien palais de son rival détrôné, et cette ville a pris alors le nom de Tokio, ce qui veut dire la « Capitale de l'est ». Les géographes français appellent encore improprement Yédo la capitale de l'empire du Japon; Yédo, en somme, n*a jamais été qu'une capitale nominale et n'existe plus aujourd'hui.

Page 1