CHAPITRE VII
Guerres civiles. — Création du Shogunat. — Les deux Empereurs. — Taïko-Sama. — Expéditions de Corée et de Chine. ^Dynastie des Tokougawa. — Les Portugais au Japon. — Le massacre des chrétiens. — Les Hollandais à Désima. — Les traités avec les Européens. — Préparatifs de défense.
Comme nous venons de le voir, pendant neuf siècles, de 280 à 1186, le Japon n'a pas d'histoire à proprement parler. Cet heureux pays semble avoir atteint son plus haut degré de perfectionnement. A part les tremblements de terre, les incendies, les disputes des seigneurs et les conflits entre les princes ; en dehors enfin des perturbations dues à la nature du pays et aux passions de ses habitants, trente générations se succèdent sans que rien vienne troubler ou modifier Tétat politique et social de ce peuple.
Il va subir cependant la loi commune à toutes les sociétés. Avec ses doctrines nouvelles, le bouddhisme avait importé des germes de discorde, grandissant sans cesse avec le développement de cette religion, l'augmentation de ses prosélytes et l'accroissement de sa puissance. L'antagonisme des prêtres sintoïstes^ les premiers occupants, s'accentuait tous les jours, ceux-ci ne voulant pas céder la place aux nouveaux
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venus sans défendre les prérogatives dont ils avaient joui jusque-là. De même qu'en Allemagne, au seizième siècle, lors de la Réforme, sous le masque des questions religieuses s'agitèrent des intérêts politiques, les sectes diverses devinrent des factions qui finirent par se grouper derrière deux grandes familles, celle de Taïra et celle de Minamoto. La guerre civile éclata et prit des proportions considérables. Le pays s'y précipita tout entier; des torrents de sang furent versés, et la destruction presque complète delà famille Taïra put seule, en 1 186, rétablir la paix et la concorde.
Le vainqueur Minamoto- no -Yoritomo, profitant de l'occasion et servi par le prestige immense que lui avait donné le succès de ses armes, se constitua le général en chef des armées et prit le titre de Shogun ou Taïkoun. Il accapara tout le pouvoir et relégua le Mikado, incapable de lui résister, au fond de son palais, en lui laissant un rôle tout à fait amoindri et inférieur.
C'était une révolution, une sorte de coup d'État, un dix-huit brumaire d'un ordre particulier; la création du Shogunat ôtait aux anciens monarques toute leur puissance et toute action publique appréciable sur le gouvernement. Cette puissance militaire, qui devint héréditaire, devait durer en passant par diverses familles jusqu*en 1867,011, curieux retour des choses d'ici-bas, les Mikado devaient reprendre le pouvoir suprême.
A partir de la fondation du Shogunat, le Japon semble rajeuni, sa civilisation séculaire ne lui suffit
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plus, il s'agite dans son cadre dorénavant trop restreint et qui craque. Les guerres civiles se succèdent, occasionnées toujours par l'antagonisme religieux, soit entre les kami (sintoïstes), les disciples de Confucius et les bouddhistes, soit enire les différents Daïmio. Malgré ces divisions, ces tiraillements, ces luttes intestines, le patriotisme survivait, et, devant le danger commun, une entente passagère amena une trêve patriotique entre les partis pour défendre le sol de la patrie. L'indépendance du Japon était mise en péril par une invasion des Mongols en 1274. Heureusement, une violente tempête dispersa la flotte ennemie, et la bravoure des guerriers japonais fit le reste.
Les haines n'étaient pas éteintes, les rancunes n'étaient pas assouvies; c'était une accalmie précédant un plus violent orage. A peine le danger avait-il disparu, à peine Tennemi était-il chassé du territoire, que les discordes reprirent plus aiguës et les luttes sanglantes devinrent plus violentes et plus acharnées que jamais. Elles aboutirent à la chute du trône des Shogun des princes de la maison Ho-jo et à Pavénement au pouvoir, en i338, de la dynastie taïkounale d'Ashi-Kaga, qui sut s'y maintenir et conserver deux cent trente-cinq ans sa suprématie sans la voir sérieusement contestée, si on excepte les petites insurrections des provinces, ou les intrigues des Daïmio facilement réprimées.
Le Japon avait recouvré pour quelque temps son calme habituel. Le Mikado resté empereur spirituel, chef de la religion, semblait étranger aux agitations,
à la vie nationale de ce peuple dont il était nominativement le chef suprême; relégué, comme un fétiche, dans son palais de Kioto, dont Tombre mystérieuse n'était pénétrée par aucun rayon lumineux, il paraissait complètement oublié. Cependant il était gardé à vue, plutôt comme un prisonnier que comme un maître, par les soldats de l'Empereur séculier, véritable maire du palais de ce roi fainéant, sous prétexte d'assurer sa sécurité, mais en réalité pour l'isoler du monde des vivants et des agissants. Réduit à rimpuissance, il n'avait aucun moyen de ressaisir le pouvoir.
Le Shogun touchait tous les revenus de l'État et n'en donnait qu'une bien faible partie au Mikado, vivant malgré cette apparente pauvreté dans une assez heureuse somnolence, grâce aux places et aux titres honorifiques dont il pouvait disposer en faveur des seigneurs de sa cour personnelle, qui, en échange de ces hochets de la vanité, lui payaient de fortes sommes d'argent. Ces seigneurs eux-mêmes avaient vu diminuer beaucoup leurs revenus. Amoureux du luxe et des fêtes, ils voulaient briller comme autrefois, et pour se procurer de maigres ressources, ils en étaient réduits à tous les expédients; quelques-uns se livraient au commerce, d'autres tombés plus bas encore fabriquaient et vendaient les objets les plus grossiers.
Telle était la situation de cette cour naguère si brillante : l'aristocratie sacerdotale enchaînée, humiliée, effacée dans son chef le Mikado; la noblesse ruinée, avilie, et, planant au-dessus de tous, le
Shogun, l'Empereur, chef du peuple et des soldats.
Mais nous allons voir le pays sortir de cette période de paix, et de nouveau être livré aux fureurs de la guerre civile.
En i568, un général intrigant et ambitieux, Nabunaga, jfils du prince d'Owau, ne craint pas de lever l'étendard de la révolte contre le Shogun toutpuissant. Victorieux dans plusieurs provinces, il arrive jusqu'à Kioto la capitale, s'établit dans le célèbre temple Kigo-Midzu, renverse son ennemi et, n'osant pas encore prendre lui-même le pouvoir, élève le prince Minamoto-no-Yoshiakî à la dignité de Shogun, tout en plaçant auprès de lui un de ses généraux, Tayotomi-Hideyoshi, pour le protéger et surtout surveiller ses faits et gestes.
Le nouvel empereur ne supporta pas longtemps ce hautain et lourd patronage, et, décidé à sortir de cette déshonorante tutelle, Yoshiaki prit bientôt les armes contre Nabunaga. Défait à la première bataille, en iSyS, il fut chassé du trône qu'il avait à peine occupé cinq ans.
Nabunaga était arrivé à son but. Il se fit proclamer Shogun et continua sa carrière belliqueuse et tourmentée, aidé dans ses entreprises, souvent criminelles et odieuses, par ses généraux Hideyoshi et Igéyasu, qui, à l'exemple de leur chef, devinrent fameux par leur intrépidité et leur génie militaire.
Cette partie de l'histoire du Japon a laissé des traces et des souvenirs inoubliables : ce ne fut en réalité qu'un tissu d'intrigues et de cruautés. Les usurpateurs étaient condamnés par leur origine
même à gouverner par la terreur; aussi à une politique habile joignaient-ils la plus grande férocité. Les chroniques japonaises racontent qu'ils infligeaient toutes sortes de supplices affreusement cruels aux défenseurs, aux partisans même inactifs de Pancienne dynastie, arbitrairement qualifiés de rebelles.
Mais Nabunaga succomba à son tour, frappé par son complice Hideyoshi, qui usurpa le trône et est connu depuis sous le nom de Taïko-Sama. Pressentant que ces dissensions, si elles se prolongeaient, ruineraient le pays, et craignant aussi pour sa sûreté personnelle, Taïko conçut Tidée grandiose d'entreprendre la conquête de la Chine et de la Corée, seul moyen, pensait-il, de se débarrasser des seigneurs dont Pambiiion, Penvie et la jalousie mettaient l'empire dans une si déplorable situation.
Ayant réorganisé son armée, il attaqua d'abord la Corée en 1592, et mit à la tête des troupes les princes dont la présence était la plus dangereuse et les projets les plus à craindre. Cette expédition réussit, et il livra plusieurs batailles heureuses. Encouragé par ces premiers succès, Taïko prépara, cinq ans après, une nouvelle campagne contre la Chine : il s'était bien trouvé de l'éloignement des intrigants Daïmio, et la gloire des victoires gagnées, qui rejaillissait sur son règne, l'engageait à persévérer dans ses projets. L'entreprise fut tout d'abord aussi heureuse contre le Céleste Empire, chaque combat livré marquait un succès; mais le Shogun fut inopinément frappé par la maladie, la mort le
surprit et l'emporta brusquement en plein triomphe. Avec lui, les hostilités cessèrent.
, Pendant ces deux guerres les Japonais affirmèrent leur supériorité incontestable sur les soldats chinois et coréens leurs anciens maîtres, au double point de vue de la bravoure et de la stratégie.
Le Shogun Taïko-Sama laissait un fils mineur. La régence fut confiée à Yégas. Traître à ses devoirs et disposant de presque toutes les forces militaires de l'Empire, il renversa son maître, le malheureux Hideyoshi, après Pavoir vaincu en plusieurs rencontres et finalement contraint à se retirer dans le château d'Osaka, où probablement il fut brûlé vif après une défense énergique qui dura de longues années.
L'usurpateur ne profita pas longtemps de son triomphe, il mourut quelques mois après, laissant un recueil « des cent lois », auquel on accorde une grande valeur. Il fut le fondateur de la dynastie de Tokougawa, qui a conservé le Shogunat jusqu'à sa suppression en 1868.
Vers la fin du treizième siècle, sous le règne de Louis XI, l'Europe connut l'existence du Japon, comme nous l'avons déjà dit, par les récits de Marco Polo, dont les curieux mémoires, dictés pendant son emprisonnement à Gênes, parurent fabuleux malgré leur incontestable valeur, et ne rencontrèrent à cette époque que Tincrédulité de ses contemporains.
Deux siècles et demi s'écoulèrent encore avant l'apparition des Européens dans Tempire du Soleil levant.
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En 1 542, SOUS le Shogunat d^un Ashi-Kaga, trois bâtiments portugais, faisant le commerce avec la Chine, furent jetés par la tempête sur les côtes du Japon et y nouèrent aussitôt des relations commerciales.
Peu de temps après, en 1549, plusieurs Jésuites, de la même nation, y vinrent prêcher le christianisme, et notamment saint François-Xavier, qui fut appelé Papôtre des Indes et vint jusqu'au Japon après avoir évangélisé une partie de POrient. Ils eurent un tel succès qu'en 1 582, moins de trente-trois ans après leur arrivée, les Pères, au nombre de trente-neuf, avaient déjà converti plus de cent cinquante mille indigènes et édifié deux cents églises desservies avec Paide des novices japonais.
Mais ces progrès merveilleux devaient bientôt s'arrêter, grâce à la maladresse de leurs ambitieux protecteurs portugais, qui se vantaient hautement de vouloir conquérir le monde au moyen des missionnaires. La cour du Shogun elle-même s'en émut ; les grands feudataires luttant contre le pouvoir central prirent ce prétexte pour exciter les populations converties à la révolte. Le titre de chrétien devint synonyme de celui de rebelle. Le clergé indigène sentit tout le danger qu'il y avait pour lui à laisser prendre pied davantage à des adversaires aussi redoutables, qui menaçaient en peu de temps de Panéantir complètement; atteint dans ses intérêts, il lutta avec fureur et, à force d'intrigues et de calomnies, fut enfin assez puissant pour déchaîner la tempête.
En 1 587, tous les Jésuites furent chassés du Japon
OU livrés au bourreau. L'arrêt de mort de TÉglise catholique japonaise était prononcé, et la persécution commença contre les indigènes convertis. Des femmes de la cour furent exilées; un Daïmio fut contraint d'abjurer; le sang coula partout. Enfin 40,000 malheureux, derniers représentants du catholicisme, réfugiés à Shimabara, 7 périrent massacrés en i638 par les troupes du Shogun Yégas, aidées des canons des Hollandais arrivés en 1602, et qui payaient ainsi les faveurs dont ils allaient être gratifiés à l'exclusion de tout autre peuple.
A Nagasaki, les Japonais soupçonnés d'avoir des tendances au christianisme, ou dont les ancêtres avaient figuré parmi les convertis, étaient obligés à certains jours, ainsi que les Hollandais, de fouler aux pieds le crucifix, et en 1872 seulement la légation de France put obtenir la promesse, inexécutée d'ailleurs, que les écriteaux injurieux pour le christianisme seraient retirés des temples et autres lieux publics.
Depuis le seizième siècle, aucune tentative de prosélytisme catholique ne s'est produite au Japon, et dans rintérieur, sa courte apparition et ses progrès surprenants, trop lointains, n'ont laissé aucun souvenir.
On vient de voir le rôle peu honorable joué par les Hollandais dans le massacre des chrétiens à Shimabara. Ils voulaient rester au Japon et ne craignaient pas pour atteindre ce résultat de recourir à tous les moyens. Aussi tandis que les Portugais, les premiers arrivés, aussi arrogants et maladroits qu'ils
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l'avaient été en Chine, étaient expulses avec tous les autres Européens, les Hollandais purent demeurer dans la ville de Firato où ils s'étaient établis en 1 6i6, avec le privilège exclusif de faire du commerce, après s'être déclarés d'une religion différente et en récompense de Taide qu'ils avaient donnée pour se débarrasser de leurs concurrents.
Ils n'étaient cependant pas à l'abri du soupçon et de la persécution, car le 9 novembre 1640 un édit impérial leur ordonnait de démolir toutes les maisons de la factorerie hollandaise de Firato et de les raser au niveau du sol.
Un nommé François Caron était alors le chef de la factorerie; homme très-habile, il ne protesta pas contre une mesure pourtant si vexatoire ; il se soumit au contraire avec empressement aux exigences de cet ombrageux gouvernement, et commença le même jour la démolition imposée, espérant après cette preuve de soumission pouvoir continuer les fructueuses opérations avec les indigènes auxquelles se livraient les Hollandais depuis leur arrivée.
Malgré toutes ces bassesses inspirées par le désir du lucre, la question de leur expulsion était toujours agitée. Le sentiment de répulsion contre les étrangers était tel, qu'en lôSy, un édit défendit aux indigènes, sous peine de mort, de voyager en pays étranger. Le cabotage dans les seules îles de l'empire leur était permis. Leurs préventions étaient si grandes, ils redoutaient, avec raison, si fort le contact de l'extérieur, que les Japonais jetés par la tempête sur des plages étrangères et regagnant leur patrie y
étaient soumis à une surveillance rigoureuse ou à une stricte captivité.
François Caron mourut peu de temps après et fut remplacé par Maximilien Lemaire, qui à force d'intrigues obtint des faveurs du Shogun. Ce dernier fit élever, avec la terre d'une colline voisine, une petite île artificielle auprès de Nagasaki, il la nomma Désima et il lui permit d'y construire une nouvelle factorerie. Ils étaient restés trente-deux ans à Firato.
Cette petite île, oti ils étaient parqués, était en forme d'éventail ouvert et mesurait environ trois cents mètres de longueur sur cent mètres à peine de largeur. C'était bien exigu, les formalités imposées aux Hollandais pour y entrer et pour en sortir étaient trèsdures; malgré tout, ils supportèrent sans murmurer cette pénible existence de prisonniers, préférant subir toutes les humiliations plutôt que d'abandonner la place. Ils ne pouvaient recevoir par an qu'un seul navire de leur nation ; de plus, il était interdit à tout Japonais et surtout aux Japonaises d'avoir aucune relation avec les étrangers. Cet isolement eut même des conséquences déplorables au point de vue des mœurs, et les Hollandais donnèrent le triste spectacle des excès auxquels peut conduire une continence exagérée. Aussi, quand après de nombreuses sollicitations on permit à quelques femmes de la plus basse extraction de se rendre auprès d'eux, la nuit seulement après le coucher du soleil, elles furent flétries par leurs compatriotes de la qualification de « chèvre »,qui est encore aujourd'hui la plus sanglante injure infligée aux passagères compagnes des Euro-
péens, et indique le rôle immonde et contre nature que cet animal avait Joué dans la vie claustrale à laquelle avaient été condamnés les Hollandais à Désima.
Cet état de choses se perpétua ainsi pendant de longues années, les étrangers, tentant de briser les barrières qui leur étaient opposées, et le gouvernement et les seigneurs, en luttes perpétuelles, oscillant tantôt vers des concessions à faire, et tantôt se renfermant de plus en plus dans la doctrine de l'isolement.
Nous arrivons ainsi jusqu'en i853. A cette époque, les États-Unis projetèrent d'établir une grande ligne maritime pour réunir la Californie et la Chine, et ils envoyèrent une escadre sous les ordres du Commodore Perry dans les eaux du Japon. Éconduit la première armée par le gouvernement du Shogun, la seule puissance avec laquelle il pût traiter, Perry annonça son retour pour Tannée suivante, menaçant, si l'on ne faisait pas droit à ses réclamations^ d'employer la force. Il revint en effet avec 8 bâtiments de haut bord, 209 bouches à feu et 3 à 4,000 hommes de débarquement. Les Japonais n'étaient pas de taille à lutter avec des négociateurs munis de tels arguments; aussi signèrent-ils, en 1854, un traité ouvrant aux Américains les ports de Simoda, Nagasaki et Hakodaté.
Les autres nations suivirent les traces des Etats- Unis, et bientôt le gouvernement de Yédo fut forcé d'accorder les mêmes avantages à l'Angleterre, à la Russie et à la Hollande.
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Le 9 octobre i858, la France engageait à son tour des négociations avec le Japon et concluait un traité dont les ratifications, le 22 septembre iSSg, permirent aux Français de s'établir immédiatement dans les ports de Yokohama, Nagasaki et Hakodaté.
Mais tous ces traités imposes par la force n'étaient exécutés qu'avec mauvais vouloir et de grandes restrictions. Le roi de Hollande fit avertir le Shogun que l'exécution imparfaite des engagements pris avec les Européens allait susciter de la part des différentes puissances Tenvoi d'ambassadeurs, qui viendraient exiger la stricte obéissance aux stipulations déjà faites, et probablement une plus complète ouverture du Japon.
Ces avis eurent pour résultat de faire activer les travaux de la défense des côtes.
Le gouvernement japonais leva Tinterdiction de construire des jonques d'un fort tonnage. Le prince de Satsuma fit aussitôt lancer deux navires de forme européenne et de grandes dimensions, et les offrit au gouvernement. Le prince de Miio lui faisait en même temps un cadeau du même genre. Le Shogun ordonna à deux généraux, Takashima et Egawa,tous deux versés dans la connaissance des armes à feu, d'apprendre aux troupes leur maniement. Plusieurs pcinces suivirent cet exemple, et ce fut là le début de l'adoption de notre système militaire. Les clans de Nagasaki et de Satsuma fondèrent chacun un arsenal maritime, et peu d'années après, le premier un dock, et le second une filature à l'européenne. Celui de Hizen construisit une fonderie de canons.
Le Mikado également prévenu, mais existant toujours sans avoir le moindre pouvoir, écrivit au Shogun en lui conseillant d^accéder aux demandes fprmulées par les puissances étrangères, et en le conjurant de ne pas commencer les hostilités. Ce dernier, aveuglé et courant à sa perte, ne tint compte ni de la lettre, ni des conseils du Mikado. Ce fut certainement là la cause indirecte et le prétexte du conflit qui devait éclater à bref délai entre ces deux puissances et amener la grande révolution, la plus considérable qui se soit jamais accomplie chez un peuple, faisant passer tout à coup ce pays, sans transition aucune, d'un régime féodal analogue à notre moyen âge et dont nous avons indiqué les rouages principaux, à K un système démocratique, que viendra sous peu,
5cmble-t-il, compléter Tadoption du suffrage universel.