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déjà parlé, « destiné, dit une loi du 28 mai 1875, à maintenir un système de lois uniformes dans tout le pays n. L'état actuel de la justice Toblige presque toujours à réformer les sentences mal rendues, et cette Cour suprême constitue en réalité un troisième degré de juridiction.
Les puissances européennes ne pouvaient évidemment pas laisser leurs nationaux à la merci de la justice japonaise, même réformée; aussi les traités ont-ils attribué aux consuls des diverses nations le droit de juridiction pour tout ce qui a trait aux démêlés entre les étrangers et les indigènes. Malgré les réclamations et les récriminations du gouvernement contre cette mesure vexatoire, mais nécessaire, le temps est encore bien éloigné, s'il arrive jamais^ où Ton pourra se confier et s'en remettre aux jeunes juges japonais, aussi ignorants qu'infatués de leur mission.
Les criminels, grâce à la révolution, ont gagné la réclusion. Leur sort s'est beaucoup amélioré; ils jouissent actuellement d'une vie assez douce^ au lieu des châtiments terribles, des tortures et des cruelles exécutions infligés autrefois pour le moindre vol. On a construit une prison cellulaire sur le modèle de celle de Mazas; mais la plupart des condamnés circulent en liberté dans les villes et la campagne, ou sont attachés deux à deux par une longue chaîne mince^ soudée autour de la taille, et suffisamment lâche et légère pour ne pas gêner leurs mouvements et leur permettre de travailler sous la surveillance de gardiens armés de bâtons. Leur uniforme se com-
pose d'une vareuse rouge brique, d'un pantalon jaune et d'un large chapeau de paille; c'est le costume d'infamie, les distinguant des autres habitants. Ils sont chargés de faire et d'entretenir les routes, et dans les villes exécutent tous les travaux de terrassements et de réparations des rues et voies publiques. Ils sont traités avec beaucoup de douceur, travaillent peu et ont un abri et leur nourriture quotidienne assurés. Ils mènent en somme une vie moins pénible et plus agréable que les ouvriers et les gens du peuple, etpour cette raison ne cherchent nullement à s'évader.
Au-dessous et à côté de la justice se trouve son auxiliaire inévitable, la police.
Si le Japon dans son gouvernement a bien des rouages encore absolument défectueux, la police par contre est merveilleusement organisée et certainement la mieux faite du monde entier. Du reste, ce n'est pas une institution nouvelle ; de plus, elle est exercée par tous les anciens Samurai, habitués au commandement et ne transigeant pas sur les principes. Ses attributions sont excessivement nombreuses : elles comprennent tous les services assurant l'exécution des innombrables règlements existant au Japon, sur la voirie, les transports et leurs tarifs, les prérogatives des voyageurs suivant leur classe et leur qualité, la tenue des maisons, le personnel des auberges, les registres d'inscription des voyageurs, les mesures à prendre en cas d'incendie, la surveillance des marchés, la vérification des poids et mesures, la mendicité et le vagabondage. Elle n'est pas divisée en police
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urbaine et police rurale, et comprend aussi la police des mœurs.
Les agents de police ont un costume européen, agrémenté de casquettes rondes à galon doré, qui les fait ressembler à des collégiens. Leurs insignes se composent d'un petit bâton gros et court. Dans les villes, il existe des corps de garde où ils montent leur faction et se relayent tour à tour dans leurs promenades extérieures. La nuit, dans les passages écartés et peu fréquentés, leur nombre est plus considérable. Ils jouissent d'une grande autorité et sont obéis au moindre signe. Chaque village possède aussi un poste de police analogue.
Cette unité de police a sa cause dans l'absence de commune remplacée par le gouvernement qui se charge de l'entretien des villes et même de la voirie.
Les habitants sont tenus de nettoyer les petites rues devant leurs maisons, et d'emporter chez eux les ordures qu'ils en tirent. En été, Tarrosement est fait par des hommes, au moyen de seaux placés sur leurs épaules et percés à la partie inférieure de façon que l'eau, frappant sur une planchette disposée aur dessous, tombe en nappe circulaire très-mince.
Il n'existe aucune organisation spéciale pour la vidange. Les paysans viennent gratuitement vider les fosses des maisons dont ils emportent le contenu dans des tonneaux, sur de petites voitures à bras, et en chargent des jonques pour le conduire chez eux par les canaux et le répandre sur leurs terres. Les Japonais, voulant en tout nous imiter, ont aussi établi dans leurs villes certains monuments indis»
pensables; on est condamné à payer une forte amende lorsqu'on ne s'en sert pas; mais ils sont réduits à de telles proportions, que Pabri qu'ils offrent à la pudeur est ridiculement insuffisant.
L'Empire du Japon fait partie de l'union postale; le service des postes y est assez bien fait, mais trèslent, car dans l'intérieur le courrier est porté par des coureurs, seul moyen de communication. La taxe des lettres est de sept centimes pour tout le pays et de trois centimes pour la même ville. Les timbres sont faits sur les modèles européens. On a aussi construit un réseau de fils télégraphiques assez complet dans tout TEmpire; un câble le fait communiquer à Hong-Kong et le rattache à l'Europe en passant par Saïgon, Singapoore, Ceylan, l'Inde et Bombay. Le télégraphe, comme la poste, est exploité par le gouvernement. Les dépêches peuvent être envoyées en anglais, car les employés, au moins des principaux postes, connaissent Talphabet romain ; les indigènes se servent du syllabisme katakana, se composant d'un nombre de signe? relativement restreints. Le prix des dépêches n'est pas unique et varie suivant la distance.
Nous venons de voir ce que nous appellerons l'organisation nationale au triple point de vue gouvernemental, administratif et judiciaire; nous allons maintenant rapidement mentionner l'organisation des forces militaires, chargées d'appuyer à l'intérieur l'action du pouvoir, et de défendre contre les attaques de l'extérieur cette nation, qui s'est maquillée à l'européenne et s'est fait pour ainsi dire une jeunesse Êictice en remaniant ses institutions.