GOUVERNEMENT. I
Les farouches Samurai qui formaient le noyau et pour ainsi dire composaient exclusivement l'ancienne armée ont été relégués, comme nous Pavons dit, dans les fonctions de policiers. Le recrutement a été établi, Parmée comme le reste s'*est démocratisée.
C^est une mission militaire française qui fut chargée de l'organisation de l'armée japonaise; mais en toutes choses, ces novateurs imprudents^ infatués d'eux-mêmes, impatients de voler de leurs propres ailes, et s'attribuant tout le mérite des progrès accomplis sous la direction de nos officiers, se hâtèrent de congédier des maîtres devenus, à leur avis, désormais inutiles. On a vii le résultat de cette témérité pendant la révolte de Satsuma. Du reste, les progrès, depuis leur départ, sont absolument nuls, et le fantassin de l'empire du Soleil levant est un grand enfant s'amusant à jouer au soldat.
L'armée japonaise est pourvue de fusils et de canons de divers modèles anglais et français. Son équipement est à peu près copié sur le nôtre, sauf quelques changements de couleurs; la hiérarchie des grades est la même. Son effectif actuel s'élève à environ 40,000 hommes. La durée du service est de trois ans; lessoldats restent quatre ans dans la réserve, et passent ensuite dans une espèce de garde nationale comprenant tous les hommes entre vingt et quarante ans qui ne sont pas soUs les drapeaux. Le service obligatoire pour tous semble sur le point d'être introduit au Japon, en même temps que le suffrage universel. Que produiront, dans ces mains enfantines, ces dangereux instruments?
La marine est à l'état embryonnaire, et il parait difficile de la voir devenir jamais bien redoutable. Des ingénieurs anglais ont été appelés et chargés de construire trois ou quatre cuirassés ; mais après une dépense aussi énorme, le budget n'a pas permis de les maintenir en état d'armement, et ils pourrissent à quai dans de magnifiques bassins. Le reste des vaisseaux de guerre est formé de navires achetés un peu partout, composant une Hotte de seize bâtiments, commandés par des jeunes gens aussi ignorants qu'inexpérimentés.
Il ne suffisait pas d'avoir créé ce cadre d'apparence pompeuse, il fallait en faire vivre les institutions et procurer au trésor les ressources considérables devenues tout à coup nécessaires.
L'ancien système d'impôt fut aboli; on confisqua tous les biens des nobles, en leur donnant pendant un certain nombre d'années une pension annuelle équivalant au dixième de leurs anciens revenus. On distribua aux propriétaires des titres de propriété avec la désignation de la valeur du terrain ou de l'immeuble, et l'on fixa l'impôt foncier annuel, la principale ressource de l'Etat, à 3 pour lOO de l'estimation du capital ; charge écrasante variant entre 40 et 60 pour 100 du revenu net des propriétés, et surtout inégale dans un pays où n'existe aucun cadastre, ni même une situation exacte de la contrée. Il y eut en outre une taxe supplémentaire égale au tiers de l'impôt, pour subvenir aux frais généraux des dépenses d'utilité publique.
La perception d'un impôt aussi lourd devînt