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CHAPITRE XI

Costume des femmes. — Les kimono. — Les gheta, — Coiffure.

— La Japonaise plastique. — Coiffure des hommes. — Les id^ogo. — Le Japonais intellectueL — La mère et ses enfants.

— Lever. — Repas. — Usage du tabac. — Visites et salutations. — Langage.

Le costume des femmes étonne d^abord par sa bizarrerie; mais lorsque l'œil s'y est habitué, on est surpris de la grâce et de Pélégance avec lesquelles le portent les Japonaises, même de la plus basse extraction. Il sied admirablement à leur genre de beauté et les rend ravissantes.

Ce costume se compose d'une grande robe de chambre croisant sur la poitrine, et retenue par une large ceinture serrée à la taille et dessinant discrètement des formes délicates et charmantes. Les manches de cet habit excessivement longues, surtout pour celui des jeunes filles, retombent au-dessous des bras et servent de poches; une ouverture ménagée à la partie supérieure laisse passer le poignet, tout en permettant en hiver de protéger les mains contre le froid.

Cette robe, appelée kimono, enveloppe les jambes

comme dans un fourreau, et ne permet de marcher qu^en faisant de très-petits pas.

On ne porte jamais aucune espèce de linge; les femmes mettent sous leur vêtement un petit jupon de cotonnade rouge, attaché autour de la taille, et, suivant la saison ou la richesse du costume, ont un, deux et même trois kimono semblables Tun sur Tautre; le premier, beaucoup plus mince, sert de chemise et se garde la nuit. Ils sont en général de couleur peu voyante, sauf dans les grandes circonstances.

La ceinture, obi, est la partie la plus éclatante : c^est une longue bande d'étoffe de 2 5 ou 3o centimètres de large, s'enroulant deux ou trois fois autour de la taille et formant derrière le dos un nœud volumineux, dont les extrémités tombent coquettement jusqu'à terre, et dont la boucle supérieure est retenue par un cordon de soie; elle dissimule de plus deux autres petites ceintures attachées au-dessus et au-dessous de la taille, et destinées à maintenir la robe fermée.

En hiver, par les froids rigoureux, les femmes mettent, pour la promenade, un vêtement de plus; beaucoup moins long que les précédents, il descend seulement au-dessus du genou et reste ouvert sur la poitrine, retenu par des agrafes et une chaînette de métal. Les manches de ces kimono s'introduisent toutes les unes dans les autres. Sauf les collets des robes qui sont brodés, les vêtements ordinaires sont faits de tissus de coton rayés, et les autres de bourre de soie ou de soie, et même quelquefois agrémentés

d'or et d'argent. Les habits de gala des femmes riches traînent à terre et sont terminés par un bourrelet de coton formant le cercle autour d'elles.

Pendant la saison froide, les femmes, pour sortir, s'abritent encore d'un voile qui leur cache entièrement la tête, à Texception des yeux et du nez, pour se préserver le cou et la naissance des épaules découverts en temps ordinaire. Ce voile, semblable à celui des Mauresques, est employé simplement pour garantir du froid, et non pas des regards indiscrets. Dans l'intérieur des maisons, un petit tablier étroit cache la fermeture de la robe et complète le costume.

La chaussure ou gheta se compose d'un morceau de bois de paulownia de la forme du pied, assez épais et évidé en dessous afin de le rendre plus léger. Une semelle de paille tressée, appliquée à la partie supérieure, sert de coussin pour poser le pied; un cordon passe entre le pouce et les autres doigts, se sépare ensuite en deux en serrant le cou-de-pied, et vient se fixer de chaque côté du talon, permettant ainsi de traîner le soulier et de le soulever un peu en marchant.

Ces chaussures si mal agencées sont très-sonores ; on les dépose à la porte des maisons, et on ne les garde jamais pour entrer dans les appartements, dans lesquels les femmes sont le plus souvent nu-pieds ou portent des tabi, espèces de chaussettes en étoffe blanche ou bleue laissant le pouce séparé pour l'usage des gheta, et s'attachant à la cheville au moyen de cordons ou d'agrafes. On peut reconnaître la classe

de la société à laquelle appartient une personne en voyant l'élévation et la forme de ses gheta.

Appartenant à la race jaune, les Japonaises sont toutes très-brunes; elles ont de belles chevelures, mais on pourrait peut-être leur faire le reproche de ressembler par trop à une crinière de cheval. Leurs coiffures sont de véritables monuments artistiques et

demandent chacune une femme et une heure au minimum pour être confectionnées.

La coiffure varie suivant Page, la condition et la profession. Les cheveux, collés ensemble par une grande quantité d'huile de camélia et de pommades d'odeur nauséabonde, sont lissés et prennent et conservent toutes les formes. Ils sont d'abord ramenés en bandeaux au bas de la nuque et cachent la partie supérieure des oreilles; une petite mèche ménagée sur le sommet est séparée de la tête. Ils sont ensuite attachés par un fil et relevés en une ou plusieurs

boucles d'une façon très-variable; la coiffure élégante des jeunes filles, par exemple, simule un peu une fleur de lys. Avant d'être relevés, ils tombent assez bas dans le cou, et sont serrés par une pince de corne, qui fait ressembler le derrière de la chevelure à un éperon de cuirassé; souvent des morceaux d'étoffes bleues ou rouges et des cordons d'or et d'argent sont

mélangés aux cheveux. De plus, de grandes épingles dorées, appelées kansashi, supportant une boule de corail ou tout autre ornement, sont piquées dans le chignon et dépassent beaucoup la tête; certaines courtisanes en ont une véritable auréole, ressemblant à un soleil de bois doré.

Les coiffeuses, atama o'kamisa, dont on ne peut se passer, coiffent chez elles et à domicile pour un prix très-minime.

La moyenne de la taille des Japonaises est plus

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petite que celle des Françaises. Elles ont bien rarement de l'embonpoint, sans être cependant jamais d'une maigreur extrême. Leur tête est un peu grosse; leur front bas et bombé est encore augmenté par sa volumineuse coiffure; les pommettes et les arcades sourcilières sont très-saillantes; le nez petit ne ressort pas de la figure à sa naissance; les yeux noirs, abrités de longs cils, sont un peu relevés extérieurement, et leur paupière, tirée au coin de Pœil, paraît se soulever avec difficulté, en laissant seulement apercevoir, le plus souvent, une fente étroite au lieu du globe de Tœil; la bouche est moyenne et encadrée de lèvres assez épaisses, qui découvrent des dents ravissantes dont elles prennent un très-grand soin.

Autrefois toutes les femmes mariées se rasaient les sourcils et se laquaient les dents en noir, en les vernissant de temps en temps avec un pinceau, après avoir enlevé l'émail en les frottant avec de la limaille de fer. Cette mode produit un singulier effet, car la bouche à peine entr'ouverte paraît un trou noir; elle tend, du reste, à disparaître : Tancienne coutume y perd, mais la beauté des femmes y gagne.

Ce fidèle portrait doit faire supposer la Japonaise horrible. Il n'en est rien, l'habitude fait bientôt apprécier le charme de cette tête étrange, soutenue par un cou d'une pureté de lignes incomparable et placé sur de ravissantes épaules; le kimono lui laisse toute la liberté de ses souples et gracieux mouvements, et découvre aussi le commencement d'une poitrine digne des Vénus antiques. Les mains et les pieds sont, à de très-rares exceptions, de véritables chefs-

d'œuvre sculpturaux; mais, hélas ! rien n'est parfait en ce monde, etcesfillesd'Ève, àcôté de si jolies choses, ont presque toujours des membres disgracieux et d'épaisses et pâteuses attaches.

Les Japonaises ont une façon spéciale de marcher, que leur imposent la chaussure et la mode du pays;

elle consiste à pencher le corps en avant, à faire de très-petits pas, les jambes pliées et resserrées l'une contre l'autre, et à se dandiner un peu en traînant ces lourds morceaux de bois qui semblent trop pesants pour leurs petits pieds. Elles ont toujours l'air d'être sur le point de tomber, mais malgré cela cette démarche anormale ne manque pas d'une certaine grâce.

Les hommes, contrairement à leurs compagnes, sont très-laids. De petite taille, ni maigres ni gros, ils ont

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aussi une tête volumineuse proportionnellement à la grosseur de leur corps.

Leur costume est presque semblable à celui des femmes. La coupe des vêtements diffère un peu, les manches sont moins longues, la ceinture moins large, les souliers moins élevés et moins élégants; mais à part ces légères différences, Tensemble est le même.

Aujourd'hui, un grand nombre de Japonais se font couper les cheveux en brosse. La coiffure nationale, aussi curieuse que celle des femmes, est loin d'être abandonnée cependant, et se rencontre encore en grande majorité dans la province. Le dessus de la tête est rasé en forme de fer à cheval allongé; les cheveux, ramenés de chaque côté en arrière, forment un bec analogue à celui de la coiffure des femmes; ils sont ensuite attachés au sommet de la tête et appliqués en forme de pinceau sur la partie rasée du crâne, après avoir décrit une petite boucle. Ce sont ces coiffures des deux sexes qui ont fait adopter Tusage du makoura comme oreiller; il permet en effet d'appuyer seulement le cou en dormant, sans endommager ces édifices compliqués.

A l'exception des grands officiers et des savants, tous les Japonais se rasent complètement la figure; leur barbe, du reste, est courte, peu fournie et mal plantée. Les femmes ont même souvent recours au rasoir, pour faire disparaître un duvet indiscret répandu sur tout leur visage.

L'habitude de se couvrir la tête, inconnue jusqu'à ce jour, commence à pénétrer au Japon et à se

répandre dans les villes. Les hommes, en assez grand nombre, mettent maintenant en hiver des chapeaux, des casquettes et des bonnets de provenance ou du moins de forme européenne.

Les anciens nobles portent encore quelquefois pardessus leurs kimono, des espèces de jupes plissées retenues à la taille; autrefois ils se paraient en outre d'une sorte de pèlerine à large col de carton formant épaulettes.

Les idiogo, gens du peuple équivalant aux coolies de Chine, ont un seul vêtement court en cotonnade ou en toile bleue, orné dans le dos de caractères peints en rouge et en blanc. Cette blouse, à peine retenue à la taille par une étroite ceinture, leur laisse les jambes entièrement nues. Pour marcher et courir, ils s'adaptent aux pieds de grossières sandales de paille.

Ce costume insuffisant est rendu plus convenable par une bande de toile, entourant la taille sous leur kimono et passant ensuite entre les jambes. En été, pour se préserver de la pluie ou des rayons du soleil, ils abritent leur tête sous un immense chapeau de paille ou de feuilles de roseau, en forme de cône trèsaplati, atteignant souvent une largeur de plus d'un mètre; ils se garantissent aussi avec des morceaux de papier ciré attachés sur les épaules. Tout le monde connaît les parasols japonais fabriqués avec la même matière et montés sur une armature de bambou; depuis quelque temps les élégants les méprisent, et emploient les parapluies européens.

Voici les Japonais au point de vue physique et la

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description de leur costume; nous allons maintenant étudier leur caractère au point de vue moral, tel que j'ai pu l'apprécier en vivant de leur vie au milieu d'eux.

Il est bien difficile, sinon impossible, de définir d'une façon absolue leur esprit ondoyant et dissimulé, surtout en face de Fétranger.

Le Japonais, contrairement au Chinois travailleur et économe, est pa^resseux et surtout jouisseur dans le sens le plus complet du mot. Il n'économise jamais et vit au jour le jour, sans s'inquiéter du lendemain ni de l'avenir; une bonne fortune lui procure-t-elle un peu plus d'argent que de coutume, loin de le garder ou de l'employer d'une façon utile, il le dépensera en plaisirs et en futilités.

Profondément sceptique, il est gai et rit toujours, même lorsqu'on se fâche contre lui; son rire bruyant ne cesse jamais, ou alors c'est au moment qii il vous tue. Sous des apparences douces et polies, il est trèshaineux et possède la malice du chat. Souvent il flatte et caresse pour mieux frapper; aimable et patient, il attend longtemps le moment favorable pour assouvir traîtreusement et implacablement une vengeance certaine.

Le peuple est très-sobre; sa nourriture se compose de riz et de thé. On ignore au Japon ce que nous appelons la bonne chère et le confortable.

Le Japonais n'est pas intelligent; son esprit est cependant capable de s'assimiler avec facilité une certaine somme deconnaissances. Les jeunes étudiants travaillent avec une ardeur extrême, et apprennent les

isciences enseignées par les Européens, mais ils sont incapables d'embrasser aucune étude d'ensemble et s'attacheront forcément aux minuties et aux détails, en se confinant toujours dans un cercle excessivement restreint.

L'adaptation de notre civilisation au Japon, entrevue par certaines personnes à la distance de cinq mille lieues, paraît surprenante et peut donner une haute idée de ce peuple, en laissant croire qu'il se Test appropriée complètement en si peu de temps. En réalité, il en possède un simple vernis qui de loin miroite aux yeux, mais s'écaille au moindre coup d'ongle. Il rappelle un peu l'histoire de ce singe ayant vu un horloger réparer une montre : il la démonta entièrement, mais ne put jamais la reconstituer.

Le fait suivant dépeint bien le degré d'intelligence des Japonais. Après avoir acheté aux Américains leur premier navire à vapeur et s'être fait enseigner la façon de le faire marcher, ils renvoyèrent l'équipage entier et, confiants en eux-mêmes, voulurent faire un essai de leurs connaissances nautiques dans la rade de Yokohama. On s'aperçut bientôt de la rive que le bateau décrivait des cercles successifs sans interruption. Ils étaient parvenus à le mettre en marche, mais, incapables de l'arrêter, ils attendaient avec anxiété la consommation complète du combustible et le manque de pression dans la chaudière. Des embarcations furent forcées de les remorquer et de les ramener au port.

La Japonaise est très-douce et observe un profond

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respect pour son mari, chef absolu de la famille. Soumise et résignée, elle obéit ponctuellement et accepte sans murmurer la position fausse et secondaire qui lui est attribuée. Jeune fille, elle a peu de retenue, et ridée de pudeur, si elle existe, est plutôt un calcul intéressé; du reste, elle trouve plus facilement à se marier après avoir eu un enfant, preuve vivante de sa fécondité. Femme, elle reste fidèle dans la crainte du divorce entraînant des difiicultés considérabl< s pour se remarier. Le mari, très-jaloux de son hoi:neur, lui témoigne peu d'affection et lui préfère Je plus souvent ses concubines.

L'amour maternel est assez développé chez elle ; la mère nourrit toujours ses enfants sans les sevrer, à moins de cas • très-rares dUmpossibilité majeure, et les allaite jusqu'à Page de cinq à six ans, tant qu'ils ne préfèrent pas une autre nourriture. Malgré toute sa . tendresse pour eux cependant, elle ne les embrasse jamais.

Tous les enfants dès leur naissance ont la tête

entièrement rasée. A partir de deux ou trois ans, on laisse pousser aux petits garçons une couronne de cheveux sur le sommet du crâne, et aux petites filles quatre mèches, l'une sur le front, deux autres au-dessus des oreilles et une enfin derrière la tête.

On a l'habitude de porter les nouveau-nés sur le dos, jusqu'à ce qu'ils puissent marcher et courir seuls. Les parents pour travailler et vaquer à leurs affaires ne peuvent les surveiller et les confient à leurs frères et sœurs aînés. L'enfant est mis à cheval sur le dos de son gardien, placé dessous le vêtement extérieur

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et maîntenu par la ceinture et un lien lui passant sous les bras. On voit de très-jeunes enfants porter déjà leur petit frère, et jouer et gambader avec leur précieux fardeau. Ils sont même ainsi presque toujours accouplés, car à peine ont-ils quitté les épaules de leur aîné, qu'ils sont obligés de rendre le même service à un nouveau venu dans la famille. Il n'est pas rare de voir, groupe plein d'originalité, un enfant altéré par ses jeux les quitter pour venir demander à sa mère un sein qu'elle s'empresse de lui donner, après l'avoir débarrassé du plus petit qu'elle allaite en même temps.

Les Japonais ne sont pas matinals et ne veillent pas ; personne cependant ne se lève très-tard, et la vie publique commence vers sept ou huit heures. Dès le matin, chacun procède à sa toilette, sous la galerie extérieure, après s'être pourvu d'une petite bassine de cuivre remplie d*eau bouillante. Pendant ce temps, la femme ou la bonne fait la chambre, c'est-à-dire replie les phouton, les met dans l'armoire destinée à cet usage, passe un coup de balai sur les tatami et frotte d'un torchon mouillé les planches du couloir et les montants de bois. Ensuite on prend le premier déjeuner dans la chambre à coucher.

Tous les repas ont le même menu à peu de chose près. Ils se composent d'une tasse de riz bouilli à l'eau sans aucun condiment, d'un morceau de poisson servi sur un petit plat de porcelaine et de quelques herbes ou légumes cuits nageant dans une sébile laquée. On mange au moyen de deux petits bâtons, achi, tenus d'une seule main et remplissant l'office de

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pince; le tout, servi sur un plateau supporté par quatre pieds et posé à terre, est abondamment arrosé de thé.

Tous les Japonais, hommes et femmes, fument beaucoup. L'usage du tabac fut importé en i6o5 par les Portugais. Ils en cultivent une espèce particulière {nicotiana sinensis)^ dont ils coupent les feuilles en filaments excessivement minces ; ce tabac jaune, fin comme des cheveux, est doux et d'un goût assez agréable. Ils en bourrent des pipes minuscules dont le fourneau de métal, emmanché d'un tuyau de bambou, contient seulement la yaleur d'un gros pois. Une seule bouffée suffit pour consumer entièrement cette pincée de tabac; ils la renouvellent continuellement, en avalant dans la poitrine toute la fumée épaisse qui s'en dégage. Ils ne se séparent du reste jamais de leur pipe, et la portent passée dans la ceinture pour s'en servir dès leur entrée dans une maison ou une boutique. L'usage de Topium est absolument inconnu.

Comme on a pu le voir dans la description de l'ameublement, il n'existe pas de mobilier à proprement parler dans la maison japonaise. Les chaises et les fauteuils, les bancs et les tables y font absolument défaut. Au lieu de s'asseoir, on s'accroupit sur les tatami d'une façon fort incommode, consistant à placer les deux jambes l'une contre l'autre, à s'agenouiller et à s'asseoir ensuite sur les talons en faisant porter le dessous des cuisses sur les mollets. Cette posture, la seule employée par les gens bien élevés, donne au bout de quelques minutes des crampes épouvantables; mais les Japonais y sont habitués

depuis leur enfance et la garde des heures entières sans avoir Pair d'en souffrir le moins du monde.

La famille se réunit, en général, dans une pièce commune; ses membres et les amis de la maison se placent en rond pour causer et fumer autour du shibachi ou de Tallume-pipe. S'il arrive un visiteur, il entre sans frapper, cet usage étant absolument inconnu au Japon, et vient d'abord gravement prendre place dans le cercle, sans prononcer une parole. Après s'être assis préalablement, il commence seulement alors à saluer le maître de la maison et ensuite après lui successivement, suivant leur rang, chacune des personnes présentes, qui lui rendent son salut en même temps.

Ce salut consiste à poser devant soi les deux mains ouvertes, à pencher le corps en avant en se soulevant sur les genoux et à faire porter le sommet du front par terre ; on l'accompagne en outre de bruyantes aspirations des deux coins de la bouche. Les Japonais le prolongent et le renouvellent en raison de la politesse qu'ils veulent montrer, et dans les visites très-cérémonieuses ils le font durer plusieurs minutes. En se rencontrant dans la rue, ils se contentent de s'incliner profondément trois fois ; souvent rien n'est plus drôle, car s'étant retournés peu à peu, ils se trouvent quelquefois dos à dos au troisième salut.

Aussitôt les salutations finies, on offre au nouvel arrivant une minuscule tasse de thé et une pipe allumée. Après tous ces longs préambules, on engage enfin la conversation.

Le Japonais, sobre de gestes, ne fait pas de grands mouvements. Il parle lentement en appuyant beaucoup sur chaque mot. Son langage contenant un grand nombre de sons gutturaux et nasaux est un peu dur, mais facile à prononcer pour des Français ; les Japonais qui ont séjourné en France prononcent du reste notre langue avec une pureté d'accent remarquable. Dans la conversation et surtout dans la lecture à haute voix, employée par eux le plus souvent même quand ils sont seuls et lisant pour euxmêmes, ils détonnent toujours d'une façon très-risible, en émettant alternativement des sons graves et des sons très-aigus, et terminant chacune de leurs phrases par un grognement brusque, suivi d'une bruyante aspiration.

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