LA PROSTITUTION
Les djoréa. — Yoshiwara. — Djoro. — V^^^^^ ^^^ jeunes filles. — Prostitution clandestine. — Les bonnes. — Une famille à Ota. — Les mékaké. — Les femmes de TEmpereur. — Vœu de chasteté.
Comme dans Phistoire de tous les peuples, la prostitution a commencé avec l'apparition des premières teintes de civilisation et est arrivée à son apogée dans ce pays en décadence. Les essais de sa réglementation sont très-anciens et remontent à Tan 1 1 90.
La prostitution n'est nulle part plus développée; elle est cependant interdite au Japon, excepté dans les maisons destinées spécialement à cet usage et protégées par le gouvernement, auquel elles fournissent une source importante de revenus et qui favorise de cette façon la dépravation publique.
Toutes les villes, et même la plupart des villages, possèdent de ces établissements nommés djoréa. Ils sont réunis et forment des quartiers spéciaux ; il en existe quatre à Tokio, dont l'un d'eux, Yoshiwara, le plus considérable, est célèbre dans tout TEmpire. Si la première visite des provinciaux, à leur arrivée dans la capitale, est pour le temple de l'Assakousa, la
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seconde est toujours consacrée au faubourg de Yoshiwara, dans lequel ils se rendent avec toute leur famille.
Les djoréa forment le fond des plaisirs de ce peuple. Ce sont de grandes maisons à plusieurs étages, alignées le long de grandes et belles avenues. Pendant la journée, leur aspect est triste, il n*y règne aucune animation, mais le soir elles s'illuminent de milliers de lanternes et produisent un effet charmant.
Au rez-de-chaussée de ces lieux de plaisir, se trouve une immense chambre, séparée de la rue par une grille de bois, à travers laquelle les passants peuvent voir les femmes nommées djoro, et faire leur choix. Les djoro, fagotées dans les plus somptueux vêtements et la figure enfarinée, sont assises en ligne dans le fond, devant de coquets petits fourneaux destinés à allumer leurs pipes. Les propriétaires des djoréa sont des hommes très-riches, estimés de tout le monde et jouissant d'une réputation que leur genre d'industrie ne devrait pas leur mériter, car sans aucune pudeur ils se livrent eux-mêmes au proxénétisme le plus éhonté.
Les Japonais passent toute la nuit dans ces établissements. Pour s'exciter, ils commencent d'abord par boire et manger, et font aussi venir des gaicha et des danseuses. Certains mets spéciaux sont invariablement servis dans ces endroits, comme par exemple du poisson et des crevettes de la grosseur de petits homards, accommodés de sauces aromatiques. Le saké joue un rôle décisif dans ces circonstances, en facilitant les plaisirs des sens et en procurant ensuite un sommeil tranquille et réparateur.