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CHAPITRE XIX

Le Sinto. — La création du monde. — Tensio-dai-sin. — Les dieux et déesses. -- Sotoktais. — Le Bouddhisme. — Les sectes de Yodo, de Monto et de Shorit:(u . — Le paradis et le purgatoire. — Culte. — Les ordres religieux. — Pèlerinages. — Funérailles et cimetières. — Superstition.

Nous venons de parler des temples, nous allons nous occuper maintenant de la religion et du culte.

L'histoire de la religion se mêle intimement aux premières manifestations des races humaines; c'est elle qui a la prétention de raconter les commencements, d'éclairer les ténèbres. Elle procède par affirmation, dédaigne les documents, se rit des preuves. Partout elle se déclare divine, partout aussi ses fondateurs se disent envoyés ou fils de dieux, le plus souvent dieux eux-mêmes.

Ces caractères se retrouvent dans les diflFérentes théogonies japonaises ; aussi faut-il, faisant abstraction de la raison, puiser dans la confusion des légendes mythologiques et accepter des mythes passés à l'état de tradition, si l'on veut faire un exposé compréhensible des origines, de la doctrine et de la morale de ce peuple.

Chez les Japonais la phase fétichiste, dans laquelle

s^arrétent si longtemps la plupart des sociétés humaines avant de se dérouler sous Taspect du polythéisme, n'a pas été de longue durée, ou n^a pour ainsi dire pas existé. Dès le début, la religion nationale était le Sinto, ce qui veut dire « voix de dieu » ; elle avait pour objet l'adoration du soleil, considéré comme le père des grandes forces de la nature, personnifiées dans une multitude de dieux et déesses.

Nous allons essayer de grouper les éléments de cette histoire fabuleuse, dans Tordre chronologique que les Japonais leur donnent. Voici le récit de la création du monde :

Anciennement le ciel et la terre n^étaient pas encore séparés. Le chaos en forme d'oeuf jetait des vagues comme une mer agitée, et contenait en suspension les germes de toutes choses. La matière pure et transparente s*éleva pour former les nuages et Péther, leur partie la plus subtile; le reste pesant et opaque fut précipité par son poids, se coagula et durcit en produisant la terre. Le ciel fut donc constitué le premier. Un être divin naquit en son milieu.

Cet être, le plus éminent, le plus puissant, le plus parfait des esprits célestes, planait au-dessus de la matière en suspension dans Pespace. Il remua avec un long glaive rouge cette masse confuse, afin de la délayer pour en former sans doute plus facilement notre sphère. En retirant son instrument, il s*en échappa une écume bourbeuse dont les gouttelettes formèrent les îles du Japon; c'est de là que venait Pancien nom de ce pays : Owadjishima, « Pîle d'écume terrestre ».

Le grand esprit se dédoubla en formant deux génies, l'un mâle et l'autre femelle, qui descendirent sur la terre et se mirent à marcher dans une direction opposée. A leur première rencontre, la déesse adressa d'abord la parole; le dieu, outré de son audace, se retourna avec colère, et ils recommencèrent leur promenade circulaire.

Au second tour, le mâle fit cette fois les avances; ils se livrèrent alors au premier accouplement. De leur union naquirent d'abord les continents et les mers, ensuite les plantes, puis les rivières et leurs poissons, les oiseaux et enfin les animaux. Après cela ils eurent des enfants à leur image.

Leurs descendants formèrent la première dynastie divine, le Ten-sin-sitsi-dai, comprenant une suite de sept esprits, dont la durée des règnes est incommensurable. Puis vint une seconde généalogie de cinq demi-dieux, ItSin-sin^ godai, dontle premier,Tensiodai-sin, est considéré comme le créateur de la race japonaise; tous ses frères et sœurs étant morts, c'est lui qui aurait donné naissance aux ancêtres de tous les habitants actuels du Japon.

Les temples consacrés à ce dieu, adoré comme le plus puissant, sont très-nombreux, et l'on en rencontre dans chaque ville. Les Japonais le considèrent comme vivant bien avant Sinkwosi, ou en chinois Tien-Hoamtsij, le fabuleux fondateur de la nation chinoise ; mais cette rivalité d'ancienneté entre les deux peuples est toute à la faveur du Céleste Empire, le seul pays du monde dont l'histoire authentique soit soi-disant rapportée depuis plus de quatre mille ans.

L'Olympe japonais contient une quantité innombrable de dieux ; les bonzes en découvrent d'inconnus chaque fois qu'ils élèvent un temple, afin de le placer sous la protection d'un nouveau patron.

Ces nombreuses divinités 'masculines et féminines ont chacune des attributions spéciales, et leurs symboles et leurs emblèmes sont respectivement les mêmes. Les unes sont accompagnées d'animaux ou munies d'instruments divers,^ les autres ont, suivant le cas, plusieurs membres, plusieurs têtes ou plusieurs yeux. Parmi les dieux les plus connus et les plus renommés du Japon, se trouvent les sept dieux du bonheur, représentés avec des crânes dénudés d'une hauteur prodigieuse.

£n fouillant dans la suite des légendes, on trouve le YamatO'bumi, la « Bible de Tantiquité japonaise », un des plus anciens documents, dans lequel sont rapportées les luttes des dieux japonais et leurs conquêtes sur les dieux autochthones aïnos, chassés par eux du territoire.

En outre de tous les dieux et déesses, il existe une quantité considérable de saints, sous le nom générique de Hotoké, qui ont aussi leurs temples spéciaux et qui sont presque adorés à Tégal des divinités. Ce sont en général les empereurs défunts, les guerriers dont les hauts faits sont narrés dans les annales, et enfin les bonzes célèbres.

Toute religion a eu son inventeur, son prophète ; la théologie japonaise, elle aussi, possède les apôtres de sa doctrine, et parmi ces derniers nous trouvons Sotoktais, dont la vie est racontée tout au long dans la

légende. Nous empruntons à Kaempfer cette traduction des livres indigènes authentiques les plus anciens, relatant les circonstances remarquables qui précédèrent et accompagnèrent sa naissance :

« Une nuit, sa mère le vit en songe, environné de rayons qui brillaient comriie le soleil, et une voix lui adressa ces paroles : a Moi, le saint Grisoboratz, u renaîtrai encore pour enseigner le monde, et à cet (( effet je descendrai dans ton sein. » A Tinstant, elle se réveilla et se trouva enceinte. Huit mois après, elle entendit distinctement l'enfant parler dans son sein, et accoucha le douzième mois, sans peine et même avec plaisir, d'un fils qui fut nommé alors Fatsimo et après sa mort Sotoktais. Le miraculeux enfant ne tarda pas à donner des signes de sa piété future. La dévotion et la prière faisaient les délices de ses tendres années. »

Mais pendant toute cette première période, il n'existe pas, à proprement parler, de religion. Une quantité de dieux, aucun dogme défini, pas de culte pour ainsi dire, si ce ne sont quelques coutumes superstitieuses, des légendes fabuleuses transmises de générations en générations, c'est-à-dire enfin un système théogonique des plus primitifs et ne se basant sur aucune donnée sérieuse.

Nous arrivons ainsi jusqu'au sixième siècle, au moment de l'introduction du bouddhisme apporté de Chine au Japon. L'importation de cette nouvelle doctrine, antagoniste de l'ancienne, eut pour résultat, chez ce peuple sans croyances religieuses, d'amener une fusion singulière de son paganisme et de la religion originaire de Tlnde.

Les Japonais admettent Bouddha parmi leurs Hotoké comme un simple saint homme; cependant ils ont pris sa morale et ses dogmes pour les appliquer à leur ancienne théologie. Le mélange fut si complet, qu'il est impossible de distinguer aujourd'hui les deux religions et de discerner dans cette confusion les croyances originaires de celles qui se sont greffées dans la suite.

Cette fusion a. amené nécessairement des divergences assez considérables. De là sont sorties de nombreuses sectes différentes; on en a compté jusqu'à quatorze principales : mais elles se basaient plutôt sur des théories philosophiques que sur la religion elle-même; les prosélytes n'étaient en somme que les disciples des idées et des préceptes de leurs maîtres. La plupart de ces sectes eurent une durée très-éphémère.

Il en existe encore trois aujourd'hui, réunissant un grand nombre d'adeptes. La première est la secte de Yodo, celle des Shogun, dont les bonzes gardent encore les tombes à Niko et à Shiba ; ensuite viennent celles de Monto et de Shorit^u,

Les prêtres de Yodo restent toujours célibataires, se nourrissent uniquement d'herbes et de légumes, et, pour tout culte, passent leur temps à répéter cette seule et unique prière, remarquable par son laconisnie : « Je prie Bouddha. » Ils accompagnent cette phrase monotone en frappant sur une cloche ronde avec un petit marteau.

A côté de ces sectateurs farouches, durs pour leur corps, existent de véritables épicuriens, les sectateurs

de Minto, à la philosophie aimable et facile, prenant la vie par son bon côté, et dont le culte très-pittoresque, très-brillant, très-décoratif, n'exige ni macérations, ni pénitences, ni pèlerinages. Leurs prières, pour en rendre l'étude facile à tous, sont écrites en langue populaire. Les bonzes se marient, et la prêtrise chez eux est héréditaire; à défaut de fils, ils la transmettent à un gendre ou à un héritier d'adoption.

Les disciples de Shoritzu, au contraire, sont encore bien plus farouches que ceux de Yodo; leur culte est aride et pénible ; ils sont très-intolérants, et les bonzes passent leur vie à discuter des questions théologiques.

Le bouddhisme japonais admet un paradis, le Gokuraru, et un lieu à la fois enfer et purgatoire, le Djinkoku, où les méchants sont envoyés après le jugement de Jemma, qui tient à la main un miroir sur lequel viennent se reproduire toutes les actions humaines et y restent fixées plus ou moins longtemps, suivant les fautes commises par les mortels pendant leur vie. Les prières et les pénitences de leurs parents ou amis sur la terre peuvent abréger la durée de leurs soufifrances ; après avoir obtenu leur grâce, leurs âmes passent dans des corps d'animaux tels que serpents, insectes, crapauds, etc., accusés des mêmes penchants dont ces damnés avaient à expier la souillure. Après un temps plus ou moins long de purification et d'expiation, ils reviennent dans des corps humains et peuvent après ces diverses épurations mériter le bonheur éternel.

Le culte des Japonais est des plus simples. Leur foi ne leur impose aucunes pratiques religieuses, et ils ne se rendent au temple qu'à leur gré.

Les bonzes eux-mêmes n*officient pas; ils entretiennent le temple et vivent des aumônes et des présents des visiteurs. Ils font de temps en temps, accroupis dans le sanctuaire, des prières à voix basse; c'est à peu près le seul culte intérieur. Cependant certaines cérémonies de la secte de Yodo se font avec pompe : la statue de Bouddha apparaît entourée de cierges et de brillants ornements, au milieu des chants sacrés et des psalmodies entremêlées des sons des gongs et des tambours.

Les fidèles venus dans l'intention d'adresser une prière au dieu, s'approchent de l'entrée du temple, jettent une modeste offrande dans une large caisse munie de barreaux de bois à la partie supérieure et disposée à cet effet devant chaque image sacrée; ils font ensuite tinter au moyen d'une corde une cloche, un grelot, ou un gong placé sur le devant de l'édifice au-dessus de Tescalier, afin d'avertir le dieu de leur présence et d'attirer son attention, en lui faisant savoir qu'ils ont donné l'aumône sans laquelle la divinité ferait la sourde oreille. Ensuite ils exposent leurs demandes en joignant les mains et en faisant de profondes salutations.

Il existe aussi des prédicateurs dont les sermons consistent dans les récits d'anecdotes, dont ils déduisent une maxime de morale toujours irréprochable, mais froide et souvent désolante.

En général le peuple est très-indifférent, plutôt irrévérencieux ; il n'est pas rare de voir des enfants venir s'amuser à tirer la cloche et troubler ainsi inutilement les divinités.

Les différents dieux importent peu, on les adore alternativement, aussi bien les uns que les autres. C'est surtout en voyage, en visitant les temples célèbres, que les Japonais leur font des prières, en les adressant de préférence aux plus puissants, reconnaissables à la richesse des temples qui leur sont dédiés.

Il existe encore différents modes d'adoration. Un des plus curieux, consiste à mâcher des prières imprimées vendues par les bonzes, et à les envoyer ensuite à la figure des statues divines, dont les têtes vénérées se trouvent souvent constellées de boulettes de papier.

Les idoles ne restent pas toujours confinées dans leurs temples; on les sort parfois traînées sur des chars pompeusement décorés et entourés d'un cortège grotesque, comme nous l'avons déjà décrit à l'occasion de notre passage au village de Hondo. Ces expositions annuelles durent plusieurs jours; elles n'ont aucun caractère religieux et ressemblent beaucoup à de véritables mascarades.

Le clergé, malgré certains dehors qu'il s'efforce de rendre dignes, a la réputation bien méritée d'une profonde immoralité. Il existait autrefois une grande quantité d'ordres de moines vivant des générosités des princes. C'était dans leurs couvents et dans leurs monastères que se trouvaient concentrées toutes les connaissances intellectuelles. Les temples servaient d'écoles; ils étaient les foyers de lumière et les centres de tous les progrès scientifiques. Mais la caste sacerdotale voulut s'arroger des droits exorbitants, et sa puissance croissante porta ombrage aux grands feu-

23o LES JAPONAIS, LEUR PAYS ET LEURS MŒURS.

dataires. Au seizième siècle, Nabunaga lui déclara une lutte acharnée et réussit à s'en rendre maître. Aussi, depuis la nouvelle révolution, le nombre des moines a-t-il beaucoup diminué.

Les ordres de femmes sont aussi assez nombreux ; pour beaucoup d'entre elles, malheureuses en ménage, le couvent est un asile où elles attendent de leur mari le consentement au divorce ou la répudiation.

Enfin il faut encore citer les prêtres mendiants, les y ama-bushi, en nombre considérable. Cette institution était autrefois le refuge de tous les malfaiteurs; pour échapper aux regards gênants de la police, ils se cachaient la figure dans un panier renversé, percé seulement de deux trous pour les yeux. Cette coiffure a été interdite et remplacée par un grand chapeau de paille marron en forme de cône élevé. Ils sont habillés de blanc et portent des coquillages attachés à leurs vêtements. Munis d'un instrument à cordes et d'un long bâton, ils vont mendier leur vie de porte en porte. On leur donne l'hospitalité dans tous les hôtels des villes et des villages qu'ils traversent.

Ce sont eux qui conduisent les nombreux pèlerinages annuels, en exploitant les bandes de pèlerins qui les suivent. La plus célèbre de ces pieuses excursions est celle du Fudji-yama, dont quinze ou vingt mille pèlerins font chaque année en été la pénible ascension, accompagnée de toutes sortes de formalités .

Ils ont la coutume de porter des ex-voto, consistant le plus souvent à laisser dans les temples les sandales de paille avec lesquelles ils sont venus; quelque-

fois ils en font même fabriquer de colossales à cette intention. Les femmes donnent aussi de leurs cheveux ; dans le voisinage de Tokio, il existe un templç oli sont déposées un nombre suffisant de chevelures pour former un câble fort gros de plusieurs mètres de longueur.

En revanche, on rapporte de ces pèlerinages de petites planchettes de bois gravées, que les Japonais clouent au-dessus des portes d^entrée de leurs maisons. Elles en sont presque toutes ornées, mais ce sont toujours les djoréa qui en possèdent la plus grande quantité.

Certaines femmes portent sur elles des reliques de bois dans de petits sacs de toile. Elles ne s'en séparent jamais, et considèrent le jour de la perte de leur fétiche comme devant être celui de leur mort.

En réalité, le seul culte existant au Japon est celui des ancêtres. Les Japonais vénèrent beaucoup les morts, et l'on rencontre même des tombes oti reposent des cadavres d'animaux. Dans la plupart des maisons, un petit autel entouré de veilleuses est consacré aux personnes mortes de la famille. Cette coutume date, paraît-il, de l'époque du bannissement du catholicisme. Pour ne pas être soupçonné de favoriser ou de pratiquer secrètement la religion chrétienne, chacun était alors obligé d'avoir chez lui un autel consacré à ses ancêtres, ou à une idole représentant un des dieux adorés dans le pays.

Les cérémonies religieuses ayant trait aux funérailles sont les mieux observées. Aussitôt après le décès, le prêtre est appelé afin de donner au mort le

nom posthume sous lequel il se présentera devant les dieux, pour être jugé et faire les migrations exigées par rétat de son âme. Le cadavre est ensuite tourné du côté du nord, et Ton apporte à son chevet un repas complet. Quarante-huit heures après, on lui rase entiècement la tête; son corps est lavé et revêtu d'un kimono blanc avant d'être mis en bière.

Les bières sont de forme cylindrique, en bois de pin soigneusement raboté, mais sans aucun ornement ni peinture. Le cadavre y est placé ramassé sur luimême, les genoux et les coudes ramenés sur la poitrine, et les vides sont remplis de feuilles de thé.

Pour les pauvres, Tenterrement a lieu la nuit, afin de ménager Tamour-propre des parents qu'humilierait la simplicité des funérailles. Les riches, au contraire, étalent leur luxe en plein jour ; un prêtre précède la bière, portée sur les épaules de quatre hommes; les proches parents suivent en costume de gala, et les amis terminent le cortège. '

Nous avons déjà parlé d'une secte pratiquant l'incinération, mais cet usage est aboli. A présent, il a lieu seulement indistinctement pour tous, dans les cas de mort à la suite de maladies épidémiques.

Les anciens sintoïstes couchaient leurs morts dans de longs cercueils. Autrefois, sur les tombes des grands seigneurs, leurs serviteurs s'immolaient volontairement, afin d'être enterrés avec le maître qu'ils avaient servi pendant leur vie. Dès l'an 3 de notre ère, un édit impérial interdisait cette coutume barbare; mais elle se perpétua malgré cela jusqu'à la fin du seizième siècle.

Les cimetières sont toujours de petites dimensions et ne se rencontrent qu'auprès des grandes villes. Les pierres tumulaires sont hautes et pressées les unes contre les autres. Dans les villages et les bourgs, il n'existe pas d'endroit spécial réservé à l'ensevelissement des morts; les tombes sont groupées en petit nombre, le plus souvent dans le voisinage des habitations.

En outre des cérémonies funéraires, les Japonais observent encore assez régulièrement certaines pratiques religieuses ayant trait aux phases principales des différentes époques de la vie : sept jours après la naissance d'un enfant, les parents se rendent au temple pour lui donner un nom; on y conduit les filles à trois ans, âge auquel on leur laisse pousser les cheveux, et à sept ans lorsqu'elles prennent la ceinture. On y mène aussi les garçons arrivés à leur cinquième année, époque où ils commencent à mettre la jupe portée par les anciens Samourai.

Voici rapidement exposées les grandes lignes de l'origine de la religion au Japon, du culte et des pratiques religieuses de ce pays; mais il existe en outre de nombreuses croyances superstitieuses répandues surtout dans le bas peuple.

Le spiritisme y est connu; des sorciers prédisent l'avenir en évoquant Tesprit des sages et des saints. On trouve des légendes ressemblant à celle du loup' garou et des farfadets des régions de Fouest de la France; le renard Kitsumiet le blaireau Tanuki, ainsi que les chats, ont une mauvaise réputation et sont accusés de jouer la nuit les plus méchants tours aux

hommes. Bien des gens croient aussi aux spectres, aux revenants et aux mauvais esprits.

En somme, au Japon, on trouve de nombreuses habitudes superstitieuses, mais ni culte ni religion sincère; un peuple indiflférent et incrédule, c'est-àdire profondément sceptique, peu ou pas du tout dirigé par une caste sacerdotale sans autorité et sans prestige; un peuple, en un mot, dont la raison écarte toujours le merveilleux. Aujourd'hui, la constitution sociale du pays est profondément ébranlée, et notre civilisation trouvera là un terrain tout préparé pour recevoir le virus européen, dont les ravages seront d'autant plus rapides qu'il n'aura aucune barrière morale à détruire pour se propager.

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