‹ Les jardins dans l'ancienne ĖgypteChapitre 3 sur 11 · Rosellini, Monumenli civili (texte), vol. I, p · texte numérisé non relu

Rosellini, Monumenli civili (texte), vol. I, p

açr

à ces résidences somptueuses de Tombre et de la fraîcheur ; des arbres seuls pouvaient leur en donner, et ceux-ci n'occupaient qu'une place restreinte dans les jardins potagers ; aussi, outre ces jardins, que les grands faisaient cultiver par leurs métayers ou par leurs serviteurs, ils en avaient de tout différents, consacrés à des cultures tout autres, et qui, tenant à la fois du parc et du verger, étaient Taccompagnement obligé et Tornement ordinaire de leurs palais et de leurs villas.

C'était là qu'après les fatigues de la guerre ou le soin des affaires les pharaons et leurs officiers allaient goûter le repos ; là, au bord des pièces d'eau qu'animaient de leurs ébats des oiseaux aquatiques; à l'ombre des arbres rares ou utiles qu'ils avaient réunis à grand'peine, ils allaient respirer le frais, jouissance si délicieuse dans un pays dévoré par les ardeurs du soleil, qu'on n'en concevait pas de plus grande au-delà de la tombe : « Que je me promène, fait dire à un mort son inscription funéraire *, chaque jour, sans cesse, au bord de mes étangs, que mon âme repose sur les branches des arbres que j'ai plantés, que je me rafraîchisse sous mes sycomores. »

Ce n'était pas seulement pour les hommes occupés que les jardins étaient ainsi un lieu de délassement et de repos, les dames aussi y trouvaient une retraite charmante et recherchée ; elles aimaient à se promener dans les ombreuses allées qui y étaient ménagées ; elles y recevaient les visites de leurs amies et y passaient dans de longs entretiens les heures brillantes du jour.

Les Égyptiens aussi, et cela se comprend, mettaient le plus grand soin à entretenir et à embellir ces lieux de prédilection; ils les ornaient d'arbyes amenés parfois de lointaines contrées. Un officier de Thoutmès I", intendant des greniers d'Ammon et directeur des travaux du roi, rappelle avec complaisance dans son inscription funèbre * les arbres nombreux et plusieurs d'essence rare dont il avait rempli son jardin. Dans le papyrus moral de Boulaq, un vieux scribe, Khousouhôtep, félicite son fils Ani du domaine qu'il avait acquis

1. Karl PiBHL, Notes de cntique. {Recueil de travaux relatifs à la philologie et à Varchéologie égyptiennes et assyinennes, vol. I, n° 3, p. 196.)

2. Henri Bruoscii, Recueil de monuments égyptiens. Leipzig, 1862, ïn-A^. i^^ partie, p. 48, pi. XXXVI; — Charles E. Moldbnke, Ueber die m altâgyptischen Tejclen erwâhnten Baume und deren Verwei'thung. Leipzig, 1886, in-S®, p. 18.

LES JARDINS BA^S L'A!(a£55E EGYPTE

et accru. « Tu as, lui dît-il ', mis en état tes champs, entouré de liaies ton domaine ; tu as planté autour de ta demeure des sycomores en allées. Tu remplis ta main de toutes les fleurs que tu vois, n

Les jardins, aux yeux des Egyptiens, étaient d'un si grand prix que, dans leur anthropomorpliisme, ils ne croyaient pouvoir oiïrir aux dieux rien de plus grand ou de plus auguste. Parmi les dons que Ramsès III fil aux temples d^Égypte, il y avait cinq cent quatorze parcs ou bois sacrés. <c Je Ïb\ préparé d'immenses jardins, dit le Pharaon dans la charte de concession, en parlant des parterres oflerts aux divinités d'Héliopolis ; j'ai fait planter pour toi des bois remplis d arbres divers, de dattiers, avec de vastes bassins garnis de fleurs de lotus et de joncs *. »

Ces textes nous laissent déjà entrevoir ce qu'étaient les jardins égyptiens, les peintures des hypogées achèvent de nous les faire t;onnaître '. fitabli, pour en faciliter Tarrosage, dans le voisinage de quelque canal, entouré, ainsi que la villa dont il dépendait, de murs qui en défendaient Taccès, le jardin pharaonique était d'ordinaire divisé en plusieurs sections, consacrées chacune à une culture particulière et séparées les unes des autres par une muraille peu élevée ; des bassins y entretenaient une fraîcheur perpétuelle, en même temps qu'ils fournissaient l'eau nécessaire aux plantes qu'on y cultivait. Dans le voisinage de ces bassins des espèces de kiosques entourés d'arbres permettiiient de jouir en paix du repos et de l'ombre. Une large porte donnait accès dans le jardin et une allée conduisait à la maison d'habitation située le plus souvent à l'extrémité opposée de l'enceinte. Éloignée du tumulte de la ville et protégée contre les ardeurs du soleil, une pareille retraite offrait à son possesseur un intérieur calme et paisible, où il vivait exempt du souci des affaires et loin des bruits du monde. Elle pouvait d'ailleurs offrir les dispositions les plus diverses.

1. E. DE Rouoé, Elude sur lé Papyrus 4 du musée de Boulaq, {Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions y an. 1891, p. 345.) — Amélineau, La morale égyptienne quinze siècles avant notre ère. Paris, 1892, in -8°, p. 90.

2. Papyrus Hat^riSf ûbersetzt von Eisbnlohr. {Zeitschrift fâr âgyptische Sprache und Allerthumskunde^ an. 1873, p. 98-99.)

3. G. WiLKiNSON, The manners and customs of the ancient Egyptians^ vol. I, p. 377; — Perrot et Chipiez, Histoire de l'art dans l'antiquité, Paris, 1882, in*8. vol. 1, L'Egypte^ p. 482.

Une peinture de Thèbes, par exemple *, nous montre une enceinte quadrangulaire, dans laquelle on pénètre par deux portes; celle de droite donne accès dans la maison, celle du côté gauche conduit dans le jardin; celui-ci parait, parle manque de perspective, divisé en trois sections; en haut on voit une treille formée de trois vignes couvertes de grappes de raisins déjà mûres; de chaque côté se dresse un arbre sans caractère bien défini, mais probablement un sycomore. Dans la seconde section se voient un grenadier et peut-être un perséa. Au-delà de ce jardin si simple s'étend une cour, au fond de laquelle se trouve une espèce d'office garni de vaisselle et de victuailles ; au bas se dresse une table d'offrandes. A droite de la cour règne une galerie pourvue d'une large ' fenêtre et plus loin apparaît l'habitation. Le moment où l'artiste a peint cette villa est celui où la maîtresse de la maison et les femmes de sa famille reçoivent la visite de dames étrangères, qui viennent prendre part à une fête. Celles-ci sont entrées par la porte du jardin et s'avancent, en s'inclinant, vers la maîtresse de la maison, debout sur le seuil de sa porte, et lui offrent leurs hommages et des présents.

Une autre peinture qui se trouve également dans une tombe thébaine % représente à droite une résidence d'été précédée d'un portique, devant lequel se dressent un obélisque et une espèce de colonne ou de mât. Au delà s'étend le jardin, avec son bassin central, alimenté par les eaux d'un canal extérieur, avec lequel il communique par une large tranchée ou fossé intérieur. De chaque côté de ce fossé et du bassin s'alignent des arbres sans caractère distinctif, mais dans lesquels il faut voir sans doute des sycomores; on en voit également le long de la façade septentrionale de la maison ; parallèlement à la tranchée intérieure sont plantés (Jes papyrus ' et un arbuste sans forme précise, mais qui représente peut-être un cep de vigne. L'artiste ne s'est pas borné à donner cette esquisse ; il a représenté dans la partie du jardin voisine de la villa une visite faite à la maîtresse de la maison par des dames, à chacune desquelles elle offre un bouquet.

Dans ces deux peintures l'artiste pharaonique a tenu à

1. J. RosELLiNi, Monumenli civili (texte), vol. Il, p. 382-84. Atlas, vol. H, pi. LXVUl, 2.

Page 1