ÉCRIT LR LENDEMAIN DE LA MORT DE HANOT
surtout l’organe psychique et sensitif. N’est-ce pas là, et non dans son cerveau admirablement équilibré, qu’il faut chercher la cause de sa mélancolie?
Le mal lui venait de loin. Candidat à l’internat et à l’externat, c’était déjà un émotif. A l’internat notamment, il ne *
put lire sa copie, et ses juges durent en prendre connaissance eux-mêmes. Impressionnable comme il l’était, le chemin des concours lui fut particulièrement ardu. Il n’arriva aux hôpitaux que sur le tard. Son concours d’agrégation fut marqué par la présence de son maître Lasègue. La mort sur les dents, ce dernier avait voulu quand même faire partie du Jury. Il se traîna péniblement aux séances, y venant non pas seulement pour apporter l’appui de sa voix, mais pour prévenir une défaillance de son protégé. — « Je suis là, plein de courage, semblait dire le Maître ; n’allez pas me trahir en perdant la tête, vous me feriez regretter de n’être pas resté à mourir tranquillement chez moi. » Que doit-on le plus admirer, du dévouement du Maître ou du mérite de l’élève, qui avait su gagner cette preuve suprême d’attachement ?
Après l’agrégation il me faut arriver à la page la plus douloureuse de sa vie. Obligé de prendre une décision dans des circonstances intimes, on le voit ballotté entre deux partis extrêmes. Anxieux, torturé, il s’affole, sa raison va sombrer, il est à terre... Mais non, les épaules n’ont pas touché ! D’un brusque effort il s’est remis debout, et il reprend ses travaux.
Gela dura jusqu’à ces derniers temps. Désigné pour une chaire de pathologie à l’École, l’idée qu’il ne serait peut-être pas à la hauteur de sa tâche le replongea dans l’angoisse. Ses souffrances lui devinrent de jour en jour plus intolérables à mesure que l’élection approchait. C’est pour échapper à sa torture que, las, brisé, il se réfugia dans la mort.
D’autres ont dit comme il convenait la haute portée de l’œuvre de ce maître. Moi, j’ai pensé surtout à l’homme, à sa pauvre âme tourmentée. C’est pourquoi, en face de tant de courage et de tant de faiblesse, l’histoire de la petite chèvre de M. Seguin me revint à la mémoire : «... Elle s’est battue toute la nuit, et le matin le loup l’a mangée ! »