‹ Les jardins de la médecineChapitre 30 sur 45 · UN GRAND PRATICIEN : DUCHENNE DE BOULOGNE · texte numérisé non relu

UN GRAND PRATICIEN : DUCHENNE DE BOULOGNE

Il y a quelque cinquaute ans, un personnage singulier se mit à fréquenter les hôpitaux. Trottinant toujours avec une boîte d’électricité à la main, on le voyait dès l’aurore arriver dans les salles. Humblement il demandait aux chefs l’autorisation d’examiner quelques malades. Si on le laissait faire il ouvrait la petite boîte de Pandore, dont il devait tirer tant d’espèces morbides ; il s’escrimait sur les muscles du sujet choisi, prenait des notes ; puis, sa tâche finie, son mince bagage replié, il disparaissait sans bruit comme il était venu.

Cet homme était Duchenne, de Boulogne, dont on a enfin dressé le buste à la Salpêtrière il y a quelques années.

Lorsqu’il vint de sa province « pour être quelqu’un à Paris et y faire quelque chose », Duchenne n’avait dans le monde officiel ni Maîtres, ni amis. En outre, il était timide à l’excès. Si d’aventure il avait le malheur de s’embarquer dans quelque explication, il s’embrouillait et sa démonstration se perdait dans le désastre d’un bégaiement incompréhensible. Vous jugez dès lors de l’accueil réservé, dans les services dits hospitaliers, à cet être si mal doué. Quelques-uns le regardaient comme un monomane dont on pouvait respecter les fantaisies inoffensives, mais le plus grand nombre se défiait^ craignant d’avoir affaire à un charlatan. Heureusement le petit homme ne voulait rien voir, ni rien entendre. Les faciles plaisanteries des élèves, — cet âge est sans pitié ! — et les dédains des Maîtres le laissaient également froid. C’est qu’il avait le vrai courage ; soutenu par sa foi dans l’avenir, il con-

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