UN MAITRE DE LA CHIRURGIE *. PÉAN
surplus, tout cela lui était bien indifférent puisque ce n’était point de la chirurgie. D’aucuns ont voulu ces derniers temps prétendre qu’un Péan plus jeune, plus audacieux était né et que la place de l’ancien était prise. Oh I comme je ne suis pas de cet avis. Oui, moi qui ai vu les deux, combien il y a loin du prétendu grand opérateur d’aujourd’hui et de Péan qui lui, certes fut un maître ouvrier.
Malheureusement ceux qui agissent beaucoup parlent peu et écrivent moins encore. Tandis que d’autres ratiocinaient, discutaient, commentaient, lui opérait. A part la description de ses procédés, son bagage littéraire est donc resté mince. Mais sa renommée n’en a pas souffert. Ce géant aux larges épaules fut le Saint-Christophe qui passa la vieille chirurgie de la rive conservatrice à la rive moderne interventionniste, inconscient du fardeau qu’il portait. C’est pourquoi ceux qui plus tard jugeront son œuvre ne pourront manquer de lui assigner une bonne place parmi les plus remarquables dans notre art. Délaissant ses écrits, on ne verra que l’excellence de ses méthodes. Et en cela peut-être on le comparera aux généraux d’autrefois, qui n’auraient jamais pu écrire une ligne sur la stratégie, mais qui gagnaient les batailles.