UN OUBLIÉ: LE D>- GIRODE, MÉDECIN DES HOPITAUX
Les anciens disaient d’un homme qui meurt jeune : il est aimé des dieux. Peut-être cela était-il vrai dans leur temps, mais de nos jours, malheur à qui disparaît sans avoir réalisé sa tâche! Oh comme on a vite fait de l’oublier ! j’en veux donner comme preuve l’histoire de Girode, le médecin des hôpitaux, mort il y a près de vingt ans.
Girode dans sa jeunesse avait été berger ; c’est dire en deux mots le chemin parcouru par lui. Il avait appris à lire en paissant ses troupeaux. Après de rapides études, il vint à Paris, conquit l’internat, arriva aux hôpitaux. Mais au moment où les jours noirs semblaient avoir pris fin, la tuberculose vint s’abattre sur lui. Cédant à l’affectueuse insistance de ses amis, il consentit à aller passer quelque temps dans le Midi. Malheureusement le repos ne pouvait convenir à ce laborieux. Le concours d’agrégation étant venu, il entreprit de tenter une dernière fois la lutte contre le sort injuste.
Laissant là le Midi, il revint à Paris en plein hiver pour prendre part aux épreuves ; mais comme il n’était pas de la série désignée il ne put être nommé. Ce fut pour lui un coup terrible ; dès lors la mort sembla l’avoir touché du doigt. Il eut beau essayer de remonter le courant, c’était la fin. Alors il fut pris de la nostalgie de sa vie première, il fît ses adieux à ses chefs, leur annonça son départ, puis, pauvre bête blessée, il s’en fut mourir à son gîte.
Que la terre lui soit légère, à ce pauvre vaincu qui repose dans le cimetière de son village !
J'avais un peu connu Girode et c’est pourquoi je lui consacre ces quelques lignes, encore que son souvenir soit sorti de toutes les mémoires. Un tel exemple en effet montre