UN OUBLIÉ : LE D** GIROD E, MÉDECIN DES HOPITAUX
mieux que bien des discours combien la vie est dure à qui veut se faire sa place au soleil. Qui sait si en revoyant ses compagnons d’enfance notre pauvre confrère, faisant un retour sur le passé, ne regretta pas le temps où il n’était qu’un petit berger! Sans doute il n’eût pas connu au village toutes les satisfactions d’amour-propre que le concours procure à ses élus. En revanche, il eût ignoré toujours l’amertume des luttes sans résultat, des maîtres oublieux, des mauvais jours sans heureux lendemains.
Ah I elle n’est pas toujours vraie la légende des grands médecins partis en sabots de leur campagne, et qui sont arrivés à conquérir Paris! Outre l’histoire classique du grand Velpeau, on cite bien X.,., qui était instituteur. Y..., qui fut calicot, Z..., garçon de ferme ou quelque chose d’approchant. Mais pour deux ou trois qui réussissent combien, après les dures semailles, sont emportés avant d’avoir vu se lever l’aurore de la moisson !
UxN ORIGINAL DE LA MÉDECINE LE D' GRUBY ET SES PRESCRIPTIONS
Sévèrement jugé durant sa vie et un peu envié, Grüby est resté dans la mémoire de beaucoup d’entre nous comme le type du médecin sachant « tenir »le malade. Nul plus que cet original n’eut le prestige, le qiiid divinum qui fait le vrai guérisseur. Dire qu’il n’abusa pas un peu de la situation ^ que ses traitements, très logiques dans le fond, n’étaient pas trop abracadabrants dans la forme, serait rester au-dessous de la vérité, il n’empêche qu’il a tenu une grande place parmi nous et qu’il n’a pas encore, que je sache, été remplacé.
C’est lui qui prescrivait les bains de pavé. Tandis que vous vous contentez des bains simples ou médicamenteux, lui, ayant fait table rase des préceptes de l’École, enjoignait à son malade de faire extraire de son alvéole, sur la chaussée voisine, un pavé pas trop rugueux. C’est sur ce siège bizarre que Ton devait s’asseoir pour prendre son bain et on l’écoutait à la lettre. Les résultats étaient des meilleurs.
Vous avez à faire à un neurasthénique qui a besoin d'air et surtout de repos. Vous lui conseilleriez, vous, des promenades, des voyages; notre confrère s’en tenait simplement à la promenade en « landau dételé » .Ainsi ordonna-t-il à un grand financier — ne s’agit-il pas de feu le baron de Hirsh ? — atteint d’insomnie rebelle compliquée de dyspepsie. Ce personnage, le familier d’héritiers de royaumes et d’empires, avait en vain consulté les maîtres de la Faculté dans les deux hémisphères. La prescription suivante parvint seule à le remettre sur pied. Le malade était conduit dans sa voiture au fond de son superbe jardin. On dételait les chevaux et