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LE D'' HAMON, MÉDECIN DES MESSIEURS DE PORT-ROYAL

dit tous ses biens, en distribua le produit aux pauvres et alla s’enfermer avec les solitaires.

Pendant quelque temps il cultiva humblement la terre, mais il revint vite à sa chère médecine. Chacun y trouva son compte, les malades d’abord, ensuite Fabbaye qui put répandre un peu plus de bien autour d’elle, enfin Hamon qui fit ainsi un meilleur emploi de ses facultés.

Les paysans venaient en foule demander des conseils au grand médecin de Paris. Sa renommée s’étendit même si loin qu’il passait toutes ses journées dehors. Du matin au soir on le rencontrait sur les routes « occupant son esprit par la prière et ses mains par quelque ouvrage à l’aiguille. » Tout le monde l’admirait et l’aimait. Il n’est pas un visiteur de Port-Royal qui ne le cite en exemple. La mère Angélique elle-même, si réservée d’habitude, en parle avec un véritable enthousiasme.

Lors de la persécution suscitée par les Jésuites, notre bon confrère se vit octroyer une lettre de cachet pour le château du roi. Mais les exempts qui vinrent l’arrêter avaient compté sans la reconnaissance des clients. Ce furent eux qui le cachèrent. Hamon passa à l’abri de toute recherche les neuf mois de la grande tourmente qui sévissait contre Fabbaye. Au bout de ce temps, des amis intervinrent en haut lieu et le praticien sortit de sa cachette pour visiter à nouveau ses malades. Mais on se méfiait de lui. Si je ne craignais de trop allonger cette esquisse je vous dirais toutes les tracasseries qu’il eut à subir. Ah ! ils n’étaient pas tendres, les ministres du Dieu de paix et de bonne volonté sous le grand Roi !

En 1687, le fils d’un de ses vieux amis, Dodard, soutenait sa thèse. Il en déféra la présidence à Hamon. Le sujet choisi par le jeune docteur est encore tout d’actualité : An in tanta multitudine medentium pauci medici ? Nos pères, comme vous le voyez, s’occupaient déjà de la pléthore médicale, mais à un point de vue moins pratique que le nôtre. Hamon et le jeune candidat opinèrent qu’en effet, au milieu de la foule d’hommes à diplômes, il y avait très peu de vrais médecins. Voilà encore une conclusion que personne ne désavouerait de nos jours, n’est-il pas vrai ?

Quoi qu’il en soit, cette soutenance fut un véritable triomphe. La jeunesse des Ecoles, comme nous disons aujourd’hui, avait organisé une manifestation pour exalter le Jansénisme en haine de l’État-major des Jésuites ; — quand je vous disaisque rien n’était nouveau I — « Hamon apparut, dit un contemporain, avec l’audace de son humble pauvreté, aux yeux de ses confrères qui contemplaient en lui des robes et des habits de doctorat inconnus à la Faculté de laquelle il ne cessait pas d’être l’ornement. »

Notre confrère, durant sa longue carrière de médecin de campagne, ne s’était jamais trouvé à pareille fête. Pour se remettre, il revint à pied de Paris à Port-Royal. Cette longue course, accomplie par de mauvais chemins en plein hiver, le tua. 11 mourut peu après, le 22 février 1687, à l’àge de 69 ans, « bénissant Dieu de lui avoir permis de lui rendre son âme dans la maison des saints où il avait vécu trente-sept ans. » Il termina sa vie avec joie par une mort paisible, comme il l’avait souhaité pour vivre éternellement, dit le nécrologe de Port-Royal. Boileau lui consacra quelques vers et le célèbre abbé de Rancé écrivit à la Communauté une lettre de condoléances d’où je détache le passage suivant : « Je connais trop toutes les qualités que Dieu lui avait données pour ignorer Tutilité que vous en pouviez tirer ; il était bon pour les âmes comme pour les corps-, ce qui est une chose si rare dans les personnes de sa profession qu’on ne saurait assez l’estimer. »

Telle fut la vie du bon M. Hamon, cet ancêtre de nos médecins de campagne. H m’a semblé, quand je l’ai connue, que j’étais redevenu un tout petit enfant et que j’apprenais à nouveau dans les vieux livres un chapitre de la Vie des Saints. S’il est de nos confrères qui regrettent parfois de n’avoir pas mené gros bruit dans le monde et de mourir obscurs, alors que tant de médiocres arrivent aux honneurs et obtiennent leur bronze sur la place publique, qu’ils songent à Hamon. Il était si grand et si bon que Racine, dans son testament, avait demandé comme une faveur de reposer à ses pieds, dans le petit cimetière de l’Abbaye. Or ce vœu du poète ne fut même pas exaucé, les archers de M. d’Argenson ayant dispersé les

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