Voir les mémoires de M'"‘= de Motteville
LL s JARDINS DE LA MÉDECINE
souffrir, surtout à partir de 1685, tiennent -elles à Tauto-intoxication produite par le mauvais état du sinus! Dans ce cas encore, faute de m ux, la purgation devait s’imposer à l’esprit du médecin.
Ce qui prouve au surplus que la médication de Fagon n’était pas si mauvaise, c’est que Louis XIV mourut dans un âge avancé, lui qui avait été malade toute sa vie. Car il y a loin du Louis XIV vigoureux et superbe dont on nous a laissé le portrait officiel, au pauvre diable de roi qui traîna, somme toute, une existence misérable. Et ici l’on pourrait faire un rapprochement entre Louis XIV et Auguste ; ce dernier, dépeint par la légende comme un brillant cavalier, ne fut, lui aussi, qu’un valétudinaire.
Tout d’abord le roi subit la tyrannie des vertiges \ Sans cesse, « il était pris de vapeurs », et ce vertige, probablement d’origine stomacale, pesa lourdement sur toutes ses actions. Il ne se passait pas de semaine qu’il n’en ressentît les atteintes. Si les grandes cannes furent à la mode, c’est qu’elles servaient au roi à raffermir sa démarche vacillante.
Auprès d’un maître souvent malade, les médecins devaient avoir grand crédit. En effet, s’il n’écoutait pas toujours leurs conseils, le roi ne savait rien leur refuser. J’ai noté quel solliciteur importun fut d’Aquin. Fagon, plus discret, fut tout aussi bien partagé ; s’étant fait opérer de la pierre, le prince lui donna, à titre de témoignage sympathique, la somme rondelette de 100.000 francs.
Le pouvoir de nos confrères sur l’esprit de Louis XIV — l’exemple de d’Aquin prouve qu’ils n’étaient pas sans abuser de la situation — explique peut-être pourquoi Molière s’est
1. Louis XIV devait attacher une grande importance aux vertiges^ Dans le Journal tout ce qui y a trait est souligné avec soin; et cela probablement par ordre du malade, puisque les trois médecins successifs n’ont jamais négligé de s’arrêter à ce détail. Le roi, très frappé de ces accidents répétés, en cherchait certainement la cause d’après les circonstances dans lesquelles ils se produisaient.
LA SINUSITE MAXILLAIRE DU ROI LOUIS XIV
tant acharné après eux. Ce faisant, il était sûr d’avoir pour lui toute la Cour qui les détestait cordialement. De plus, Molière avait pour intime ami Mauvillain; qui lui fournissait les renseignements sur la médecine de l’époque h Or Mauvillain était de la Faculté de Paris. En documentant Molière, c’étaient les confrères de l’École de Montpellier, alors au pouvoir, qu’il tenait surtout à rendre ridicules. Une chose prouve en tout cas que Molière visait surtout les médecins de la Cour. « Desfonandrès (autrement dit tueur d’hommes) n’était autre que des Fougerais, médecin de Madame. Bahis (jappant, aboyant) désignait Esprit, premier médecin de la reinemère, et qui, en effet, bégayait en parlant. Macroion était le pseudonyme de Guénaut, premier médecin de la reine, qui au contraire parlait avec une extrême lenteur. Tomès représentait Vallot, médecin du roi, et non d’Aquin ^ Quant à Pargon, ce n’était autre que Fagon. Je dois ajouter pour ce dernier que les commentateurs de Molière sont loin d'être d accord.
Quoi qu’il en soit, Louis XIV fut sans cesse préoccupé de sa santé, et ceci nous explique l’origine du Journal. Louis XIII n’avait eu ses enfants que sur le tard, alors qu’il était peutêtre déjà atteint de la tuberculose dont il devait mourir quelques années après. Évidemment les questions d’hérédité n’intéressaient point les esprits comme aujourd’hui; néanmoins on n’était pas sans redouter l’influence du tempérament du père sur celui de ses descendants. Louis XIV dut en être très
1. Rappelons en passant que Mauvillain est le médecin qui fait l’objet du troisième placet présenté au roi lors de la reprise de Tartufe. Molière demande à Louis XIV pour le üls de son am le canonicat de la chapelle royale de Vincennes. L’auteur de V Amour médecin, du Médecin malgî'é lui, quémandant pour un membre de la Faculté, la chose était neuve et imprévue. Louis XIV accorda le canonicat.
2. Voir pour plus de détails Les médecins au temps de Molière, par Maurice Raynaud, ch. III, page 126, (Didier, éditeur, Paris, 1863.)
frappé, car ce fat lui qui enjoiguit aux médecins de noter, avec la plus grande minutie, jour par jour, — comme cela s’était fait pour son père d’ailleurs *, — l’état de sa précieuse santé. Grâce à cette manière de Livre de raison, les médecins pouvaient être renvoyés, disparaître, les successeurs auraient à leur d sposition tous les documents propres à les éclairer sur les antécéd^ du malade, sur son tempérament, etc. Enfin il serait ^^cile d’y trouver la trace des traitements heureux et des tentatives inutiles.
Cette rédaction constituait pour les médecins une lourde tâche. Quandù l’âge de 17 ans le jeune roi fut atteint d’urétrite, vLilgo chaude-pisse, il faut voir les périphrases qu’emploie le pauvre Vallot pour présenter la maladie d’une façon décente. 11 s’en tira d’ailleurs fort bien. Le maître qui lisait avec soin le devoir imposé à ses docteurs ne put rien trouver à y reprendre.
Ce qui prouve bien au surplus que le Journal était une besogne forcée, c’est qu’il nous est arrivé incomplet. Dans les dernières années du règne, quand le lion devenu vieux ne peut plus veiller à la stricte exécution de ses ordres, Fagon supprime tout simplement sa rédaction. Ce document devait rester à jamais secret. Le roi, qui posait toujours pour la galerie, comme nous disons, se souciait fort peu de montrer à la postérité l’envers de sa personne royale. Si, suivant l’expression de Sainte-Beuve, le bruit de ses borborygmes est arrivé jusqu’à nous, c’est sûrement contre son gré. Il s’agit là d’une violation posthume de secret médical, et le Journal dont toute la Cour ignora l’existence était destiné à noter les souffrances de l’homme et non à fournir des documents à l’histoire du souverain.
Vallot, d’Aquin et Fagon nous ont laissé le récit des moindres faits touchant les maladies de Louis XIV. On y retrouve donc des indications intéressantes sur quelques maladies spéciales. Je cite, entre autres, une otite qui guérit rapidement et passa presque inaperçue. Mais ce qui domina toute l’histoire pathologique de Louis XIV, ce fut,, en dehors des
1. Voir le Journal d’Héroard, médecin de Louis XIII, dont on a donné une édition malheureusement très incomplète (en 2 vol.).
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vertiges et de la goutte, le mauvais état de son tube digestif. Très arthritique, gros mangeur, grand buveur, le roi, comme je l’ai dit, fut sans cesse en oie à l’indigestion. Ainsi que chez tous les arthritiques à partir d’un certain âge, il se forma, au niveau du collet de ses dents, des dépôts de tartre. Ces dépôts occasionnèrent de la gingivite et Louis XIV perdit ses dents de bonne heure. Au bon vieux temps les soins d’hygiène de la bouche étaient peu connus. La fameuse Eau de Botot date de la fin du xviii® siècle et l’on considéra son invention comme une découverte extraordinaire.
Cette société du xvii® siècle nous apparaît à travers le mirage des écrits du temps comme des plus parfaites et des mieux policées, alors qu’en réalité, même à la Cour, on ignorait les choses les plus élémentaires du confort et de Thygiène. Louis XIV ne se baignait jamais. A Marly, la malpropreté était telle que les punaises empêchaient le roi de dormir. Le palais de Versailles ne contient aucun de ces cabinets indispensables aujourd’hui à la plus modeste de nos habitations.
Ainsi, à part quelques gargarismes çà et là, le roi ne prit jamais aucun soin de sa bouche. On va voir les conséquences de ce manque absolu d’hygiène. J’arrive ainsi à la sinusite. Dans le commencement de l’année 1685, dit le Journal de la santé du Roi « il n’y aurait rien eu à souhaiter si la mauvaise disposition de sa mâchoire supérieure du côté gauche, dont toutes les dents avaient été arrachées, ne l’eût obligé de remédier à un trou de cette mâchoire- qui, toutes les fois qu’il buvait ou se gargarisait, portait l’eau de sa bouche dans le nez, d’où elle coulait comme d’une fontaine. Ce trou s’était fait par l’éclatement de la mâchoire arrachée avec les dents qui s’étaient enfin cariées et causait quelquefois quelque écoulement de sanie de mauvaise odeur, d’autant qu’il était impossible de reboucher ce trou que par l’augmentation de la gencive, et qu’elle ne se pouvait reproduire que sur un bon fond, c’est-à-dire en guérissant la carie de l’os de la mâchoire, quelque profond qu’il pût être h »
1. Journal de la santé du roi, page 162, année 1635 (Rédaction de d’Aquin).
Pour comprendre cet accident, il faut se reportera quelques mois auparavant. Le roi avait « un vieux chicot » à la mâchoire supérieure. Étant venu à en souffrir, il fait lui-même des tentatives d’arrachement si maladroites, qu’elles déterminent une tuméfaction des gencives, de la périostite alvéolodentaire avec abcès et fluxion. Il se décide alors à faire extraire sa dent par le chirurgien. Mais sa mâchoire, du côté gauche, « était en très mauvais état; les dents en étaient tombées. »
L’ablation du chicot en question fut-elle mal pratiquée, ou mieux, y avait-il communication entre l’alvéole et le sinus? — le Journal n’en dit absolument rien. Une seule chose est certaine, c’est qu’une fois la dent enlevée, il reste à la place un trou profond aboutissant au sinus maxillaire. Tout d’abord, on ne s’inquiéta pas outre mesure de ce fait, mais bientôt la perforation devint si gênante qu’il fallut à tout prix y remédier. Le médecin place le récit de cet accident au début de 1685, parce que c’est à ce moment qu’on opéra le roi, mais en réalité le mal datait de plusieurs mois auparavant.
S’étant résolu à intervenir, d’Aquin demanda une consultation. Je lui laisse de nouveau la parole.
« Les avis de M. Félix et de M. Dubois furent soutenus du mien, qu’il n’y avait que le feu actuel capable de satisfaire aux besoins de ce mal. Pour cet effet, le roi y étant résolu, l’on fit faire des cautères de grosseur et de longueur convenables pour remplir et brûler tous les bords aussi profondément que la carie le demandait. Le 10 de janvier on y appliqua quatorze fois le bouton de feu, dont M. Dubois, qui l’appliquait, paraissait plus las que le roi qui le souffrait, tant sa force et sa constance sont inébranlables dans les choses nécessaires, quand il s’y est déterminé L
« Après cette application du feu, nous lui conseillâmes trois ou quatre fois par jour de faire passer de la bouche par le nez
1. Il est incontestable que l’opération dut être assez douloureuse. Mais ce qui surtout explique l’éloge de d’Aquin sur le malade, c’est que le Journal était écrit pour le Maître seul. Gomme il en prenait fréquemment connaissance, exalter sa fermeté, c’était à la fois rendre hommage à la vérité et aussi faire sa cour.
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une liqueur ou gargarisme composé d’un quart d’esprit-devin, autant d’eau vulnéraire distillée, et moitié de fleur d’oranger, pour résister à la pourriture, faciliter la chute des escharres, et avancer la régénération de la gencive par laquelle seule on pouvait espérer de boucher le passage dont une partie se trouve naturelle à tous les hommes pour le commerce de quelques petits vaisseaux qui fournissent de la nourriture aux dents et à la mâchoire où ce canal se porte de l’os cribleux, et dont l’autre partie s’était faite en arrachant les dents, par la violence, et formait la communication de la bouche à ce petit canal naturel. Ce qui nous obligea, sitôt que nous vîmes toutes les- escharres tomber, et les chairs qui commençaient à revenir, de prier le roi de ne plus forcer le passage, et de ne pousser rien plus de la bouche par le nez, et de laisser revenir les chairs sans les contraindre. »
Cette première opération fut tenue secrète. Dangeau mentionne simplement que le Roi ne sortit presque pas un seul jour de ses appartements pendant le mois de janvier. Il omet, et pour cause, de nous dire, lui si minutieux d’habitude, la raison de la réclusion du roi. Le silence fait autour de l’inlervention montre bien que les médecins avaient gardé scrupuleusement le secret h
La première opération fut insuffisante. « Ce ne fut, continue d’Aquin, qu’après avoir encore appliqué le cautère par trois fois, le de février, pour plus grande sûreté, et ce ne fut pas sans raison, que la carie nous parut entièrement guérie. Depuis ce temps, les chairs se sont engendrées, si abondantes et si solides que le trou de la mâchoire est entièrement rebouché et qu’il ne trouve plus aucun passage pour porter l’eau de la bouche par le nez. »
Donc la fistule était guérie, mais le sinus restait infecté.
1. On sait qu’il n’en fut pas de même pour l’autre fistule, la fistule anale. Celle-ci devint rapidement célèbre. A la Cour, pour gagner les faveurs de Sa Majesté, il était de bon ton de se proclamer atteint de cette incommodité. Où l’adulation va-t-elle se nicher? A la ville, dans les provinces, on vit surgir quantité de guérisseurs qui, tous, possédaient un remède infaillible. Quelques-uns arrivèrent jusqu’au roi, mais finalement le dernier mot resta aux chirurgiens.
Ici nous entrons en quelque sorte dans la deuxième période
de la sinusite. Le malade va souffrir longtemps de l’empyème latent de l’antre d’Highrnore. Reprenons la narration du médecin :
« Cette guérison (?) était assez de conséquence pour donner de la joie à Sa Majesté et nous faire ressentir tout le plaisir ; que nous en pouvions goûter; mais il lui succéda incontinent après un accident fâcheux qui a longtemps incommodé le roi, • c’est-à-dire une odeur forte et quasi cadavéreuse dans les miico- ^ sités qiéil mouchait, qui lui donnait non moins ddnquîétude ’ par elle-même que par la difficulté, ou pour mieux dire VimpossiJ)ilité dden ôter la cause qui nous faisait craindre être ‘ j quelque carie ou ulcère dans Vos crihleux, où les mucosités du nez et de quelques glandes voisines, venant h séjourner, par le -j mélange de quelques ichorosités corrompues, contractaient la jj mauvaise odeur dont Sa Majesté se plaignait. Mais comme cet A accident n’était point continu, et que souvent il ne paraissait J que de loin en loin, je n’ai pu me persuader qu’il eût une j cause fixe et permanente, et j’ai pensé que ce n’était que l’effet j d’un plus long séjour que ces mucosités faisaient quelquefois dans ces parties encore échauffées de tous les cautères que J l’on y avait appliqués, et qu’à la longue du temps cette mau- 1 vaise odeur se passerait. » I
Comme on le voU,il s’agit bien là d’une sinusite maxillaire ' I telle que nous comprenons aujourd’hui cette affection. Fistule I alvéolo-sinusienne, infection du sinus, puis, la fistule ayant | été bouchée, évacuation du pus de l’antre d’Highmore par le I nez. Rien ne manque au signe de la sinusite et, écrivant pour | le public médical, je ne discute pas davantage le diagnostic, I qui est évident. D’Aquin ajoute que le roi fut débarrassé de I cette incommodité sur la fin de l’année 1685. Nous allons voir 'I que cela n’est pas tout à fait exact. La sinusite va continuer I son cours, seulement on la considérera désormais comme un I simple coryza. I
En effet, je passe quelques notes ayant trait aux années 1686 I et 1687, et j’arrive à 1688. A la date du 4 janvier, on relève I ceci ; « sans aucune douleur de dent considérable, la joue lui I enfla un peu du côté gauche ce qui se dissipa en deux ou I
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I trois jours. » A ce moment il y eut écoulement de pus par I le nez.
I En 1695, nouvelle atteinte ; il eut de la fièvre, un peu de I pesanteur de tête, et moucha beaucoup de pus. Traitement : I purgation.
I En avril 1696, nouvel accident qui sans conteste doit encore I être rapporté à la sinusite. « Le 29 du mois \ le roi, au retour I de la chasse au chien couchant, sentit des étourdissements qui I l’inquiétaient. J’eus l’honneur de l’assurer que c’était un effet du soleil ardent, auquel il s’était trop exposé, qui avait fondu quelques humeurs, et qu’il y avait apparence que ces étourdissements seraient les avant-coureurs d’une migraine, qu’ils précèdent souvent. Cela arriva comme j’avais eu l’honneur de lui dire ; les étourdissements diminuèrent considérablement I lorsque la douleur de tête se déclara, et cessèrent absolument le lendemain par un rhume qui soulagea la tête en coulant abondamment par le nez. » En réalité que s’était-il passé ? Le sinus est plein de pus, il se vide par regorgement, et aussitôt le malade est soulagé.
Même remarque pour le mois d’avril 1698, « les étourdissements ayant cessé par une abondante décharge de sérosités par le nez, qui en débarrassa la tête. »
Je passe sur les accidents pareils à ceux que je viens de rapporter et signalés plusieurs fois au cours des années 1702 et 1703. Invariablement Fagon purge son malade. En cela il est logique. Ne pouvant évacuer ces humeurs anormales par en haut, il les tirait par le bas, tout simplement.
A la date du 20 mars 1703, cependant, il est obligé de convenir que les purgations ne guérissent pas complètement ; aussi, le mois suivant, comme le rhume de nez continuait, il passe à un autre exercice. Cette fois, c’est à la saignée qu’il s’adresse.
A la fin de cette même année, la série continue. Je ne m’y arrête point, c’est toujours la même antienne, « pesanteur de tête, qui lui paraissait fendue » et qui n’est soulagée que par
1. Toute cette partie du Journal est rédigée par Fagon, qui avait succédé à d’Aquin en 1693, Ainsi qu’on le remarquera, la langue de Fagon est plus souple, les phrases sont beaucoup moins longues. En outre, les termes médicaux sont mieux appropriés et plus précis.
une « fonte de nez survenue pendant que le roi était au service à la chapelle. La continuation de l’écoulement qui se fait par le nez a soulagé le roi petit à petit de la pesanteur qu’il sentait à la tête et l’a disposé à finir heureusement l’année sans aucun reste de cette incommodité. »
En 1704 (février), « l’air chargé de neige et morfondant, a causé, les jours suivants, quelques pesanteurs à la tête de Sa Majesté, qui ont été suivies d’un rhume qui s’est déchargé par le nez, dont la tête a été soulagée. »
Vers le milieu de novembre, nouvel accident de même nature. Cette fois, il n’y a pas à s’y méprendre, il est nettement question de sinus. Je reproduis textuellement le passage: « Le 19 de novembre, le roi s’étant morfondu, a commencé d’être enrhumé et l’a été depuis beaucoup davantage ; de façon que le 2 décembre la sérosité du catarrhe remplissant les sinus voisins du nez et ses glandes, et abreuvant la gorge, le palais et la langue. Sa Majesté a perdu le goût et l’odorat et a senti la tête pesante. » Comme les autres fois, le malade est soulagé dès que l’écoulement se fait abondamment par le nez.
Il est curieux de voir comme les notes sur ce sujet se ressemblent; on les croirait copiées les unes sur les autres.
« 19 décembre 1706. Le roi sentit le matin quelques tournements de tête; il en fut soulagé en prenant l’air après dîner. Sa tête demeura chargée pendant huit jours à diverses reprises, et enfin son nez ayant coulé, et le roi ayant aussi mouché et craché beaucoup, cette pesanteur s’est tout à fait dissipée. »
Quelques mois après, au début de 1707, le Journal note que Louis XIV a de l’inaptitude au travail. « Il fut incommodé de tournements de tête, accompagnés d’éblouissements des yeux, suivis dans le reste de la journée d’un peu de douleur et de pesanteur de tête... Dans cette dernière occasion, le ventre s'étant ouvert et le nez ayant un peu coulé. Sa Majesté s’est trouvée tout à fait libre. »
J'arrête là mes citations parce qu’elles sont invariablement les mêmes. A part une complication passagère du côté du sinus frontal, et qui d’ailleurs n’eut pas de suites, je ne relèverai plus rien. Je fais remarquer cependant en terminant que,
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jusqu’à la fin du Journal, resté malheureusement incomplet comme je l’ai dit, Fagon fait mention de cet « écoulement de sérosités par le nez ». La médication qu’il emploie oscille toujours entre les purgations et la saignée.
Ce que je viens de dire suffira, je l’espère, à démontrer que Louis XIV, dans la dernière partie de sa vie, souffrit de l’affection que nous désignons aujourd’hui sous le nom d’empyème latent de l’antre d’Highmore.
On me pardonnera cette longue dissertation. Il était écrit que le grand roi, déjà en proie aux médecins de son vivant, ne leur échapperait pas davantage une fois mort. Sainte-Beuve, qui a longuement écrit sur les événements du règne, était quelque peu médecin. Le bibliothécaire Le Roi, qui édita le Journal, l’était aussi. Quant à Michelet, il a traité le sujet en physiologiste autant qu’en historien. Si j’ai imité l’exemple de ces illustres devanciers, c"est que la sinusite chronique de Louis XIV m’a paru la plus ancienne en date dont la littérature médicale ait fait mention. En outre, elle était peu connue. Des deux fistules placées aux deux pôles du tube digestif de l’auguste malade, l’une, la fistule anale, avait jusqu’ici accaparé toute l’attention; l’autre, la fistule dentaire, n’en joua pas moins un certain rôle dans nos affaires, puisque c’est elle qui aurait décidé du mariage de Louis XIV avec de Maintenon \ et, par suite, de la révocation de l’édit de Nantes ^ Mais, pour ne pas encourir le reproche d’avoir voulu faire passer une partie de l’histoire de France par le nez d’un de ses rois, je me suis gardé de souligner l’influence de cette affection sur la conduite du royaume, me contentant de replacer les faits dans leur milieu et de renvoyer, pour le surplus, le lecteur à Michelet.
1. Ce mainage eut lieu après l’opération de la fistule dentaire.