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avis, hommes considérables dans la ville, Pierre de BERNIÈRES3 conseiller du Roi et trésorier de France, Jehan Le Fauconnier et Jacques Marie , tous deux trésoriers de France, déclarèrent se ranger à l'opinion de Michel de Répichon.
Gilles Eourget , sieur de Chaulieu , avocat au siège présidial, après avoir fait la même déclaration, ajouta: « Quant à cette prétendue adoption que quelques-uns de l'Université se sont efforcés de faire, je pense qu'on n'y doit avoir aucun égard. Cet acte n'émane que d'un petit nombre de régents à la dévotion des Jésuites qui n'ont pu agir que comme personnes privées. Les docteurs et régents sont là pour garder et faire observer les statuts et les privilèges de l'Université, pour instruire et enseigner la jeunesse, et veiller à ce que les degrés, en toute Faculté, ne soient baillés qu'à personnes suffisantes et capables; mais il ne leur appartient pas de rien changer ou d'innover, de diminuer ou d'altérer les fondations , établissements, statuts et privilèges de cette Université , encore moins d'aliéner à des étrangers l'un de ses collèges. De tels actes ne se peuvent faire qu'avec le concours et l'autorité de tous ceux qui y ont intérêt, qui sont le Bailli, maire de Caen , et ses lieutenants, conservateurs des privilèges royaux de l'Université, lô corps de la ville, les sieurs évêques de Bayeux, chancelier; de Lisieux et de Goutances , alternativement conservateurs des privilèges ecclésiastiques, enfin les abbés et prieurs des abbayes de cette Basse-Normandie, qui sont incorporées à l'Université Partant^ je suis d'avis, etc. »
Vénérable et scientifique personne M^ Glaude Gollin, prieur de la Maison-Dieu, et principal du collège du
Mont, vint ensuite assisté de l'un de ses régents, M' Enguerrex. Cette fois il se sentait fort, appuyé qu'il était do l'avis des préopinants. Ce qui lui tenait surtout au cœur, c'était la conservation de son collège ; il passait volontiers condamnation sur le reste. Que les Jésuites s'établissent partout ailleurs, où ils pourront, peu lui importe. « Qu'on leur donne y par exemple , le collège du Cloutier , maison inutile , sans écoliers ni exercices depuis trente ans, occupée par des locataires ayant femmes et enfants, et où le litre de principal ccpendanta été usurpé par lesieur Germain Jacques, curé de St. -Pierre, homme qui ne fait aucune profession en l'Université. Puisqu'il aime tant les Jésuites , qu'il leur donne son collège. Mais celui du Mont a été acquis par l'Université, érigé par l'autorité du parlement; lui , Claude Collin , y a toujours, comme il est notoire , entretenu les plus doctes régents qu'il a pu trouver, tant de ce royaume qu'étrangers; toujours il y a eu très-bon et très-complet exercice tant aux classes de philosophie et de rhétorique que de grammaire ; aujourd'hui on y compte plus de huit cents écoliers , tant de la Normandie que des autres provinces , comme de la Champagne et de la Bourgogne , et il entend continuer de bien en mieux ce florissant état. Cependant certains particuliers de la ville ont prétendu bailler ce collège aux Jésuites. Mais il en a conféré avec le Recteur et les doyens de l'iniversilé , et leur opposition commune a été reçue, connue on sait, en cour de parlement. Quant ^ ce prétendu consentement , signé et présenté par quatre membres de l'Université, il est vain et de nul effet. » Puis s'échaulTant de plus en plus : « Ceux qui veulent rompre ledit collège du Mont, s'écria eu
finissant le vénérable et scientifique Claude Collin , ceuxlà se montrent manifestement ennemis de la vertu et du J3ien public ! »
La cause du collège du Mont et de l'Université était gagnée; celle des protestants n'était pas en moins bon chemin.
Noble homme Jean DE Lalande , conseiller , notaire et secrétaire du roi, représente (la paix,, la grande amitié et concorde qui régnent entre les catholiques et ceux de la religion ; si bien qu'ils ont toujours vécu ensemble en l'observance des commandements de S. M. , et qu'en la ville il n'y a eu , jusqu'à présent , aucune sédition civile. Il est à craindre que le nouvel établissement ne change les volontés de quelques-uns d'une manière préjudiciable à la paix publique et au bien de S. M.... Partant , il est de même avis que xU de Répi ch on. »
Noble homme JeAxN DE LA COURT, conseiller du roi et vicomte de Caen : « Il serait dangereux, en effet, dit-il, d'altérer cette concorde et bonne intelligence qui unissent si heureusement les habitants de l'une et l'autre rehgion; et déjà ils n'envisagent qu'avec inquiétude la présence assidue au milieu d'eux , et l'établissement permanent des Jésuites. Ce qu'ils redoutent dans ces pères, c'est ce zèle excessif qu'ils montrent pour leur religion, zèle fort louable en eux, il est vrai, mais qui bien souvent les porte à émouvoir le peuple, qui les porte même à défendre aux catholiques la fréquentation de ceux de l'autre religion. Par là serait troublée certainement et grandement la tranquillité de la ville , qui, d'ailleurs , n'a faute de religieux ni de théologiens pour prêcher , ni d'hommes doctes pour enseigner. M'est donc avis que sa Majesté soit suppliée
do se ressouvenir que les habitants de la ville de Caen,
malgré celte diversité de religion , se sont toujours bien
accordés à l'endroit de son service et obéissance. Ils
n'ont d'auîre désir que d'y persévérer , et il ne faut
s'ébahir si toutes choses leur sont suspectes qui semblent
y pouvoir apporter quoique mutation tant petite qu'elle
soit : pour ces raisons et d'autres déjfi exposées, qui
seront remontrées h sa Majesté par les disputés , le Roi
sera supplié de dispenser les habitants de l'établissement
du collège des Jésuites en cette ville ; ou bien si ce
n'est son plaisir de le faire, qu'au moins ceux qui les
ont demandés les logent eux-mêmes , et fournissent ii
leurs commodités : de telles œuvres doivent provenir de
la dévotion des personnes , et non autrement. >î
De nombreuses adhésions suivirent ces paroles; alors W >Iichi:l LE IlÉvÉRKND, sieur de Bougy , disant parler au nom de tous les habitants, faisant profession de la religion réformée , présenta une protestation signée d'un grand nombre de personnes et dont il fut donné lecture (l) :
« Les liourgeois, Wanans et Habitans de la Ville de « Caën et Fauxbourgs d'icelle faisant profession de la « 11. l\ R. soussignés pour eux et les autres Habitans « faisant profession de ladicle Religion , assignés pour « se trouver à la présente assemblée afm de délibérer « sur la poursuite faicte par les Jésuistes pour leur es-
(l^ Colle protcsl;ilion est rapporlée dnns le procès - verb.il , nu r ôi ; elle existe en original ilans le m<*me re;;islrc XI. II. Los sls^nâliircs sont Au nombre de 116, la plupart Irès-lisiblos . et acoonip.ipnées du milii^sime 1008 , ou simf)!enioii| 08 Doux ou Irois se lomposenl d'iniliales mnjuscules srossièrenieiil fonnéos , ri n»ie esl représenlée par une main ouvorle a«se/ mal dessimS'.
« tablissement par eux prétendu en ladicte Ville, se préa sentent pour dire et déclarer qu'ils ont entendu qu'en « une délibération qui s'est ci-devant faicte en la Maison a commune de la Ville, il n'y avoit esté rien résolu au « certain pour cet effect , et pourtant sont d'advis « qu'il soit député deux notables Bourgeois de ladicte « Ville vers Sa Majesté, pour la supplier très-humble- « ment de ne charger les Habitans de ladicte Ville de « l'establissemeut d'iceux Jésuistes , qui ne se peut faire « qu'avec grands frais et extraordinaires, et lui remontrer « qu'iceux Jésuistes n'y sont aucunement nécessaires , « vu qu'il y a une Université en icelle suffisamment fournie « de Docteurs , Régens , Précepteurs et Lecteurs publics « pour l'instruction de la jeunesse , pour l'entretien desa quels lesdicts habitans n'ont été et ne sont surchargés; « et s'il advenoit que , néanmoins l'advis susdict, il « soit en bonne et légitime assemblée des Habitans de « ladicte Ville , délibéré et arresté que lesdicts Jésuistes « soient reçeus admis et eslablis, lesdicts de la Religion « déclarent qu'ayant égard à ce que par les Edicts de Sa « Majesté et articles secrets accordés en conséquence ft d'iceux , ils sont exempts de toutes contributions aux « frais qui se pourroient faire en chose qui soit contre Vf leur conscience ; ils protestent qu'en ce qui seroit re- « quis pour ledict establissement des Jésuistes, ils ne « seront aucunement contribuables; joint que lesdicts de « la Religion n'attendent pour eux ni pour leur enfans « aucune instruction desdicts Jésuistes ni autre bien quel- « conque ; et ont signé aujourd'hui quatriesme jour de « Novembre 1608, requérant acte leur être délivré de « leur présente déclaracion et protestacion. » On continua h prendre les avis des officiers royaux et
fonctionnaires. Tous furent conformes à la proposition de M" Michel de Répichon , tous hostiles aux Jésuites. L'entraînement était général , le procureur syndic Guillaume Baucher , député vers les Jésuites par l'assemblée de février , vint désavouer sa mission et nier qu'il leur eût fait aucune offre. Il n'y eut pas jusqu'à leurs amis et patrons, leurs ardents et dévoués précurseurs qui, depuis si long-temps et si laborieusement , leur battaient la voie , qui ne leur fissent défaut au moment décisif. Pasquer Savary , oui Pasquicr Savary, et avec lui les trois autres signataires de la prétendue adhésion présentée au nom de l'Université , cédant au torrent de la foule unanime, à la peur, au désespoir , déclarèrent qu'ils se condcscendoient à l'advis de la plupart des assistans, qu'il fust député vers S. M.
Une seule voix , une seule , s'éleva contre cette réprobation universelle ; ce fut celle d'AoRiEx Nomme, sieur d'Aubigny, celui-là même qui , en février, avait rapporté les lettres du roi , et le mot d'ordre de la société. Consulté, « il est d'advis, dit-il , que les Jésuistes soient reçeus, et qu'ils prendront les deux collèges ( du iMont et des Arts ) , si le roi l'ordonne. »
Déjà vingt-huit personnes ont été entendues , la plupart ont motivé leur opinion et sur ces vingt-huit , qui toutes occupent des charges considérables dans la ville et dans l'Etat , vingt-sept ont proscrit la société , elles ont supplié le roi de décharger la ville d'un établissement funeste.
Viennent ensuite quarante-trois notables , bourgeois et gens qualifiés au dict Caen , qui toius ont cté de l'advis desdicts sieurs trésoriers et vicomte de Caen.
Les suffrages s'accumulaient ainsi uniformes, écrasants;
-soles deux Jésuites , Antoine Dufour et Alexandre Georges , baissaient la tête, interdits et dévorant leur humiliation, et leurs partisans , s'il en était dans la salle , se taisaient. Le député du maréchal de Farvaques , le sieur de La RONCE , interrogeant l'assemblée d'un regard courroucé et inquiet;, cherche à ranimer le zèle glacé des siens. Au nom de Mg^ le maréchal son maître, il ordonne au maire de faire proclamer « que s'il y avait aucuns présents qui désirassent l'establissement du collège des Pères Jésuistes en la ville , ils eussent à donner leurs noms au gre(fiei\ « Le sergent Du Londel fit faire silence et , d'une voix forte et haute , publia l'invitation. Aussitôt s'éleva dans la salle u?îe acclamation grande des assistons: « Qu'il soit député vers le Roi! s'écrièrent-ils; nous vou- « Ions qu'il soit député vers le Roi, pour le prier de nous « en dispenser !» On attendit; mais il ne s'est trouvé aucun qui ait parlé pour donner autre advis, combien que l'assemblée fust de environ TROIS MILLE personnes ; et néanmoins avons encore (dit le procès-verbal) continué de prendre lesadvt's des particuliers présents.
W. Jacques La Niepce, avocat au siège présidial, consulté, et neuf autres personnes qualifiées, déclarèrent se ranger à l'avis des précédents.
M. de La Ronce tente un dernier effort ; il demande un nouvel appel. Et de rechef nous avons fait commandement à Du Londel 3 sergent, de réitérer à haute voix , que s'il y avait aucun en la dicte assemblée qui voidait donner autre advis , qu'il eust à le déclarer et parler. Silence de mort. Pas un ami qui se dévoue ; pas une voix qui proteste au nom de Loyola. La défection est complète. Cependant la foule s'impatiente , et tout d'un cri , plusieurs fois répété , cri formidable et qui résonne comme
un tocsin de guerre aux oreilles des deux Jésuites anéantis , le peuple prèsenl redit : au Roi ! au Roi !
Y avait-il à douter encore ? les sympathies des habitants de Caen pour les bons Pères ne s'étaient-ellcs pas bien clairement formulées ?
Le bureau, séance tenante, rédigea la délibération suivante: «Selon lesdicts avis ci-dessus, a esté conclu qu'il sera député trois notables bourgeois habitants de ladicle ville, pour supplier très-humblement S. M., vouloir décharger ladicte ville de l'establissement en icelle d'un collège desdicts pères Jésuistes , pour les causes et considéracions ci-dessus deduictes, dont ilz feront plus amples remontrances h S. M. ; et ont esté pour cest effect présentement députés, par Vadvis uniforii\e des dessus dicts, noble homme >P Grégoire de la Serre , sieur de l'Escot, avocat pour le roi au baillage et siège présidial; Jean Vautier , sieur de la Hogue, l'un des eschevins de ladicte ville; Michel le Révérend, sieur de Bougy (1). »
Les bons habitants de Caen croyaient avoir détourné le fléau : ils comptaient sans le père Coton.
(1) Lp prorôs-vprbal est siîîné t^nuijueUn cl de Ctinmont. Il porte en l<*te de h pretnièrp reiiille, a l.i niarije , friiiie (Vritnre poslérieure au corps «lu ipxlp cl «J'unp aulre iiiAin gup celle du greirier Beaullard , ce litre : Opposiiion à iestablissenienC des H ti i\ F. Jejuius en lu ville de Corn , mec les lettres patentes à eux expédiées à cf subject. Plusieurs passages du texte ont été soulignés à l'encre noire ou rouge, probablement nu dcrnior siècle, par ceux qui y allaient cljorcher des arguments dans les grandes querelles de l'Université de Caen avec les Jésuites.