CHAPITRE IL
Caen, ville anti-ligueuse. - Le P. Coton à Caen.-Vœu supposé des habitants en faveur des Jésuites. ^ Ruse grossière déjouée. - Nouvelles intrigues; le P. Gontier - Lettres d'établissement surprises à Henri lY __ Lettres closes du Roi aux maire et échevins. - Convocation clandestine.
Caen, cette ville du droit et de la vieille légalité, n'avait point hésité à reconnaître Henri IV dès son avènement au trône (1589). Ne voyant en lui que le roi, et priant pour la conversion du huguenot, elle lui avait gardé une inaltérable fidélité, et dans les premières années si difficiles de son règne, pendant sa lutte contre Mayenne et la Ligue, elle lui avait fourni constamment des hommes de rartillerie, du hié, de l'argent (1). Jamais l'acre levam de la Ligue ne fermenta dans la bonne ville de Caen. Sa population se composait à cette époque de deux tiers de catholiques ; le reste était protestant. Mais depuis long-temps les vieilles haines religieuses y étaient oubliées; et les habitants des deux communions vivaient
(I) En 1585, Caen refuse de s'associera la Ligue.-En 1589, lîenri III transfère le parlement de Normandie, de Rouen, ville ligueuse à Caen, v.lle royaliste.- La même année, Caen se prononce pour Henri IV. - En 1591 , la ville par délibération générale arrête que pour sa défense contre les ligueurs et pour soutenir le parti du Roi ' elle fera faire à ses frais dix-huit pièces de canon. De La Rue, annales de Caen, t. 2.
côte-à-côte dans une tolérance mutuelle et une admirable entente pour le bien public. C'était pour les Jésuites une conquête (lifTicilc(l) , mais glorieuse, d'autant plus glorieuse que Caen exerçait alors autour d'elle, par ses grands établissements d'instruction , une remarquable influence intellectuelle et morale, et sa réputation de science et de politesse s'était répandue au loin. Ecoutons le témoignage de l'historien des Jésuites: « Caen, capitale de la Basse-Normandie est comptée justement parmi les premières cités du royaume, tant à cause de l'ancienneté, de l'élégance et de la grandeur de la ville , qu'à cause de la politesse, des talents, de la piété , et de l'érudition de ses citoyens: les muses y ont établi leur siège dans une florissante Académie (2). »
Lorsque les Jésuites avaient jeté leurs vues sur une ville riche et considérable, ils se gardaient bien de s'y annoncer en conquérants. D'ordinaire on y députait un des plus habiles, puis deux, puis trois pour reconnaître le pays. Ils devaient chercher à se rendre agréables aux habitants ; se montraient fort empressés du salut du prochain, remplissaient d'humbles offices dans les hôpitaux, visitaient
fl) J';»i lu quolquo pnrf qiio IIo;iri IV. cnr.ipprlnnt los Jcsiiilcs dont il coniiniîss.iil lo lalont pour la pnSlicalion, avait surtout on vue la conversion des protestants atin de diminuer le nombre de ceux qui lui pouvaient reprocher son abjuration.
(2) Cadomus inferioris Normannia? cnput , inter praîcipuns re2ni civKntcs nierito numer.iftir , tnm propler veluslntem . elepnnlinm el anipHludinom url)is: tuiic profiter btimanilnlom , ingeninm, pictntcm et eruditionem civium , npud quos mus.r in fiorcntissima sempor Acadcnila rcRnaverunl. — Juventius, hist. .«oc. J ah. an. ItîOO ad an. 1GI5, p. 31."].— LTniversiti^ de Caen , dans tous les titres de celle i^poque,cst appelée CcUbcrrima Mcadcmia Cadumcnsis.
les pauvres, les affligés, les prisonniers, confessaient promptement, cultivaient la faveur des personnes notables du lieu , enfin faisaient paraître une charité extraordinaire pour tous. Quand ils avaient ainsi pris racine dans les cœurs, ils partaient brusquement, laissant derrière eux des regrets sans nombre et un vide irréparable. On ne pouvait plus vivre sans les Pères , on les voulait avoir non pas une semaine, une année, mais toujours; on suppliait alors le Roi, par une très-humble requête , d'autoriser l'établissement d'une Maison ou d'un collège de la Société : le prince , bien et dûment préparé , applaudissait à tant de ferveur et approuvait par lettres-patentes l'établissement tant désiré, à la très-vive satisfaction de tous et à la plus grande gloire de Dieu.
Caen , il est vrai, se montra plus rebelle. Henri IV vint dans cette ville au mois de septembre 1603, quelques jours après avoir signé à Rouen l'édit de rappel des Jésuites. Il y fit son entrée solennelle le H ou le 13 et y séjourna jusqu'au 19 ou 20 du même mois : il était accompagné de son nouveau confesseur, le père Coton, qui prit dès lors un tel ascendant sur son esprit qu'on disait communément à la cour: «x On voit bien que le Roi a du coton dans les oreilles. » Ce fut pendant ce séjour que Henri aurait, suivant le père Jouvency , conçu l'idée d'établir la société à Caen (1). L'année suivante le père Coton, de l'aveu du Roi , vint y prêcher le carême (2). C'était un homme d'une exquise politesse , . d'une
(1) Societatem inferre urbi consliluerat Henricus quarlus, jam inde ab anno 1603, cum octobri mense Cadomum venisset. Ibid.— L'auteur se trompe légèrement sur la date; V. annales de Caen, t. 2.
(2) Eo consilio datus ab eo (Henrico) fuit concionator per Quadra-
grande douceur de manières, parlant avec onction, d'une intelligence exaltée par les uns, fort rabaissée par les autres , du reste très-liabil;\ Il se trompa cependant sur l'opportunité de son entreprise , et nous allons juger du nombre de prosélytes qu'il sut faire.
Le père Coton était peut-être encore h Caen , lorsqu'un certain Pasquier Savary , docteur en Théologie et régent h l'un des collèges de l'Université de Caen, épris d'un singulier amour pour la Société , arriva h Paris, se disant député par la ville de Caen , et présenta au Roi une requête pour demander L'établissement d'un collège des pères Jésuilcs à Caen, ait nom du gênerai des habitans (l).
Mais cette mission n'était qu'une indigne usurpation de pouvoirs. A peine le docteur Savary était-il parti, que les officiers municipaux , instruits de son dessein et de sa démarche, réunirent les habitants, les consultèrent et écrivirent immédiatement au Roi pour désavouer le prétendu député.
Au Roi
<r Sire , Vos très humbles et obéissans sujets les gou- « verneurs, écbevins et premier syndic de votre ville de rf Caen , au nom du corps commun et général des Habitans « d'icellc, vous remonstrent que quelques particuliers de
gpsimam P. Pelrus Cotonns , cujus eloquenlia et comilate perfcclura
est Juvcnl. Ibid.
(l) Procès-vcrhal de rnssombltV des bourgeois cl habitants de Caen , du 4 novembre 1608, dans un polit livre très-rare, intitulé : Recueil lie pièces non imprimées , extrnit^s des registres du parlement de Rouen et de l' flôtel-de- ville de Caen (Hibliothéquc «le l'.acn'. —Je l'ai collationné avec l'ori^iinal qui existe aui archives municipales de Caen , Rep. xi.ii , T*. 41 -OC.
« ladite ville auraient fait dessein de vouloir establir en « icelle un collège de Jésuistes, et sans avoir sur ce esté « fait assemblée générale desdits habitans pour délibé- « rer sur la commodité ou incommodité d'un tel establis- « sèment, ils ont député un régent d'un des collèges de « l'Université dudit Caen, nommé Savary, pour en aller « faire la demande à votre Majesté au nom du général de « la ville, et obtenir sur ce votre permission, en quoi ils « procèdent sans aveu et pouvoir légitime; à ces causes « est votre Majesté très-humblement suppliée les vouloir ^< débouter de leur demande et poursuite, et ordonner « qu'avant que d'être ouis, ils feront apparoir comme, « en convention et assemblée générale des habitans, faite « en l'Hôtel commun de ladite ville, ainsi qu'en tel cas « est accoutumé, il aura été arrêté que c'est le bien et « commodité de ladite ville de faire cette poursuite; et « les supplians continueront de prier Djeu pour la pros- « périté de votre Majesté. - Fait ce troisième jour de « mars 160^ » (1).
La protestation arriva à temps apparemment. Les Jésuites contrariés dans leur dessein le réservèrent pour un moment plus propice, et Henri, qui n'était point encore tout entier à leur dévotion , n'osa faire violences cette fois aux répugnances d'une ville fidèle et considérable. Le docteur Savary revint avec un refus, refus sous lequel se cachait peut-être une promesse pour l'avenir.
La ruse des Jésuites était grossière: mais l'extrême finesse est-elle souvent plus heureuse que la supercherie vulgaire? Ce moyen qui vient de faire faute une fois aux
(1) Recueil de pièces , elc.
bons pères , va leur réussir merveilleusement plus tard. Kn 1606, par exemple, veulent-ils s'établir à Reims, c'est toujours le même procédé (1).
Cette ville renfermait un digne émule du docteur Savary , François lirulart, naguère ligueur forcené. Prétextant le même vœu unanime des habitants, il s'était de son autorité privée, arrogé la même mission auprès du Roi, alors en voyage à Reims. Appuyé par l'archevêque Louis de Lorraine, de cette ultra-catholique maison de Guise, il emporta l'affaire d'emblée. La négociation resta secrète et dans le courant de l'année 1606, les Jésuites se présentèrent avec des lettres du Roi, datées de Reims même, (26 mars 1606), bien et dûment enregistrées au parlement de Paris (2) , portant permission k la Société de s'établir et élever un collège dans cette ville. Grand fut l'étonnement des Rémois. Car les lettres disaient parce ijuc des yobleSf Bourgeois j Manans et Habitants de Ladite ville nous (le Roi) ont instamment supplié et requis pour ledit établissement (3). Or, de cette affaire ])crsonne n'avait entendu parler. Le conseil et l'échevinage s'assemblèrent le 18 avril 1606 et déclarèrent que «Jamais ne leur a été « rien proposé ni publié dudit établissement, n'en ont « fait aucune supplique ou réquisition , protestent que les
(1) u Nos llois n'otil couturne d'accorder ces iHiiblisscmonls aux sociétés régulières , (juc d.iiis le dessein de procurer quelque ulllilé aux bourgeois et que sur leurs reinonlratues cl de leur conseiilemenl. Aussi les P. P. Jésuites prirent- ils le prctexie d'éire désirez par les habitants dt litiuiseï de Coen , pour s'Introduire dans ces deui villes. » Rcqu<*le de l'Université de Paris , au Roi, en faveur de l'Université de Reims , en 172i , manuscrit in-folio , p. 160 el suiv.
(2) Ayant dés lors force de loi.
f3) Lellres-palenles du 2(i mars 1(100. — Requête manusc. p. 161.
« lettres d'établissement ne leur peuvent nuire , ni préa judicier (1). » Le procureur-syndic, Jean de Laval fut chargé de porter le lendemain cette déclaration devant le Présidial de Reims, qui, incontinent, lui en donna acte (2). Les Jésuites crièrent bien fort que Jean de Laval avait donné un démenti au Roi, et restèrent à Reims (3).
Cependant le P. Coton qui avait compris que les esprits n'étaient point suffisamment préparés à Caen, mais ne renonçant point à son entreprise, dépêcha dans cette ville le prédicateur jésuite Gonteri, ou Gontier, comme on l'appelait en France [U). Il y vint dans l'intervalle qui s'écoula de l'an 1604 à 1607; nous ne pouvons préciser davantage l'époque. Disputeur infatigable, il avait une parole persuasive et mordante et maniait habilement l'arme de l'ironie. Controverses contre les protestants , sermons , petits traités religieux distribués dans le peuple, rien ne fut épargné pour faire du bruit (5). Le P. Gonteri
(1) Exirait des registres des conclusions du Conseil el de l'Echevinage de la ville de Reims, du 18 avril 1606. — Requête manusc. p. 174.
(2) Proies-verbal de l'audience tenue en la cour du Palais-Royal de Reims, le 9 avril 1666.— Requête manusc. p. 171.
(3) Nous pourrions mulliplier les exemples de subreptions de ce genre. A Sens, le P. Boetle est, en 1623, amené par les habitants
à déclarer « que combien que les lettres-patentes portent qu'elles
« ont été obtenues à la poursuite et supplications desdits S*^'. Maire, « Echevins et habitans du lieu; si est ce que le R. P. Boetle, es « noms du général et du provincial , a reconnu et reconnoit que les- « dites lettres n'ont été obtenues par lesdits habitans. » Requête manusc. p. 174.
(4) C'était un italien , né à Turin , vers 1562. Il a publié divers ouvrages de controverse, entre autres: Correction fraternelle à M. du I^Jolin , Paris, 1607, in-12; Les conséquences auxquelles a été réduite la religion prétendue réformée, Rome et Paris,1610, in-S".
(5) L'abbé De La Rue , essais , etc f. 2.
devint le prédicateur à la mode , et s'il ne gagna pas à lui toute la ville, il conquit du moins à son ordre un certain nombre de partisans zélés et actifs parmi les notables et même dans l'Université (1).
En 1607 on se crut sûr du terrain. Le P. Coton qui menait toute cette affaire s'entendit d'abord avec Robert de La Menardière , autrefois ardent ligueur et qui avait siégé comme député aux burlesques Etats-généraux de 1593 (2). Ce La Menardière était abbé commendataire de S'*. -Colombe et prieur de S'^-Barbe-en-Auge (3). Il résigna son prieuré qui était de 3,000 livres de rente (û) pour entretenir le futur collège des Jésuites à Cacn. Celte rente , les donations des âmes pieuses et la subvention qu'on saurait bien se faire donner par la ville, seraient actuellement suffisantes pour le faire vivre. Quant au logement, il y avait là, à Cacn , quatre ou cinq beaux établissements occupés par le Clergé séculier ou l'Université. Ce serait vraiment trop d'honneur aux possesseurs décéder la place à Messieurs de la com|)agnie ; il n'y aurait qu'à choisir.
Tout étant ainsi disposé , le père Coton , sans que la ville ait été consultée, ainsi quoi tel cas est accoutumé (5), et nonobstant la protestation du mois de mars 160^, obtient enfin de son royal pénilent, les lettres
(t) V. le procos-vcrbal de l'assemblée clandesllne du 8 février 1608. — Recueil de pièces, etc.
(2; ReqmUc mantisr. p. 150 , noie.— Il fui député par le bailliage de .«îens.
(3) Ce prieuré était dit aussi Je Sf.- Mai fin de CnjalhH , de l'ordre des Augtislins, dans le diocèse de Lisieux.
(i) Cette somme représentait alors une valeur d'environ 10,000 francs de nos jours.
(5) Lettre du conseil de la ville , ritée plus haut.
d'établissement tant désirées. La teneur de ces lettres était telle : « que le Roi , faisant exception aux prohibitions contenues dans l'édit de 1603, voulant que la jeunesse fût instruite à l'honneur de Dieu et aux bonnes sciences et mœurs, et cédant au vœu générât du gouverneur et des habitants de Caen , et de l'évêque de Bayeux qui l'en avaient très-humblement supplié et requis , permettait à la^ société des Jésuites d'establir un collège en la ville de Caen ; qu'ils le composeraient de tel nombre de personnes de celle société qu'ils jugeraient nécessaire pour le service divin et instruction de la jeunesse, qu'ils pourraient accepter les deniers de la ville et des particuliers et notamment le prieuré de S'^ -Barbe-en- Auge; que les habitants leur abandonneraient, accommoderaient ou bâtiraient un local convenable pour y établir leur collège, avec des jardins et terrains adjacents pour y construire une église et autres dépendances, etc. » (1).
Que de 160^ à 1607 il n'ait été présenté aucune requête officielle au Roi, que les habitants même n'aient point été consultés^ cela ressort évidemment des faits et des actes qui vont suivre. Les lettres-patentes obtenues par les Jésuites restèrent même secrètes pendant plusieurs mois. Rendues en septembre 1607 , il n'en fut donné avis qu'à un petit nombre d'habitants de Caen, le 8 février 1608; elles ne furent enregistrées au parlement de Rouen que le 17 mai, et communiquées à la majorité des habitants que le k novembre 1609, tant on craignait l'explosion du mécontentement de la population, qui éclata en effet d'une manière significative comme nous le verrons.
(1) Lettres-patentes du mois de septembre 1607, enregistrées au parlement de Rouen , 17 mai 1608.
Le roi qui avait fort à cœur celte affaire, députa, le 23 décembre 1607,1c sieur d'Aubigny, trésorier général des finances ii Caen , avec des lettres closes adressées aux Maire et Echevins de la ville. Il n'y est question ni des lettres-patentes de septembre (1), ni des prétendues soiliciiaiions des habitants, La formule était bonne pour le public ou le parlement de Rouen; mais on ne pouvait répéter aux officiers municipaux ce qu'ils n'avaient pas dit. Ici l'établissement des Jésuites est présenté comme Uh acte émané de la volonté du Roi; il ne cède à aucune invitation des habitants, ni ne les consulte; il ordonne purement et simplement aux Maires et Echevins de pourvoir b. tout ce qui sera nécessaire à l'installation du collège des Jésuites. Le ton de cette lettre est singulièrement sec et impérieux , et nous donne la mesure de la résistance qu'on éprouvait ou qu'on attendait.
« De par le Roi
« Nos amés et féaux, nous avons résolu, pour le « bien et utilité des habitans de nostre ville de Caën, « d'establir un collège de Pères Jésuites en ladicte ville , < et vous en avons bien voulu donner advis , afin que « contribuant avec nous à ce bon œuvre , vous apportiez « tout ce qui sera de vous à leur establissement, et fassiez « en sorte envers lesdicls habitans, que tout ainsi que ce « sera eux qui en auront la commodité , ils fassent aussi de « leur costé ce qui sera en eux pour l'avancement de nostre « bonne intention , laquelle nous avons donné charge « expresse au sieur d'Aubigny , présent porteur, de vous
(l) N'étant point encore enregistrées, elles n'avaient aucun caractère légal et lie pouvaient être remlue-; publiques.
« faire plus particulièrement entendre. Et à ce ne faites <' faute : car tel est nostre plaisir. Donné à Paris le 23^ 0 jour de décembre 1607. Signé Henry, et plus bas
« DE LOMENIE (1). î)
Cette lettre ne paraît avoir été remise aux oflBciers municipaux que dans les premiers jours de février. On avait employé l'intervalle à s'assurer du maire et des échevins et d'un certain nombre de personnes dans la bourgeoisie et l'Université. En conséquence donc des lettres closes du roi, le 8 février 1608, les maire et échevins, gouverneurs de la ville de Caen, firent sommer les habitants de se trouver , le lendemain 9 , à l'hôtel commun de la ville, à deux heures après midi, pour délibérer sur le contenu de ces lettres (2). Enfin l'opinion des habitants allait se manifester publiquement et dans une épreuve décisive, et , précédés par l'impatience générale, les dignes Pères allaient faire une entrée triomphale portés sur les acclamations unanimes. Détrompons-nous : les habitants étaient convoqués pour le dimanche 9 : l'assemblée eut lieu le samedi 8 (3). Cent et quelques personnes seulement prévenues de ce changement étaient présentes , et les assemblées comptaient quelquefois 3,000 citoyens (^) ; mais on avait les dévoués , quelques douteux en petit nombre, et c'est devant cette assemblée clandestine que fut portée l'affaire des Jésuites.
(1) Cette lettre est en original au Registre 41 des archives de l'hôlelde-ville de Caen.
(2) Recueil de pièces , etc.
(3) Procès-verbal de l'ass. du 8 fév. — De La Rue , Essais, 1. 1.
(4) Conime au 4 novembre suivant.