FONDATION DU COLLEGE DE METZ
N exécution de l'arrêt du Conseil d'État, Michel Charpentier, conseiller du Roi en ses Conseils d'État et privé et Président pour S. M. es villes de Metz, Toul et Verdun se mit en devoir de procéder à l'installation des Jésuites dans les bâtiments de l'abbaye Saint-Éloi. Le procès-verbal de cette installation se trouve dans les archives de la Préfecture de Metz.
«Le lo Novembre 1622, à dix heures du matin. Nous, Michel Charpentier.... déclarons nous être transporté en la maison de l'abbaye Saint-É!oy. . . Sont comparus : le R. P. Bouvet, provincial, assisté d'Antoine Prévôt, procureur es cour de Metz et dudit collège. . . Après lecture faite de l'arrêt du Roi, en présence de tous les comparants et de maitre Jean de Bazoilles, substitut et exerçant la charge de procureur général du Ro\- au dit Metz. ...
« Ledit Bazoilles a requis pour le Ro\% et conformément audit arrêt, que Icsdits Pères Jésuites soient mis en possession réelle et actuelle de ladite abbaye et collège... En conséquence avons enjoint auxdits Pères Jésuites d'instruire et enseigner aux bonnes lettres les enfants, selon la lettre du Roi.
« Ce fait, nous nous sommes transportés en l'église de ladite abbaye, où entrés par la grande porte d'icelle, avons fait entrer ledit R. P. Bouvet et, en présence dudit Bazoilles, substitut et des sieurs Grosjean et Bontemps, chanoines, cy devant et derniers administrateurs de ladite abbaye, avons mis iceluy P. Bouvet en réelle et actuelle possession de ladite église, abbaye et collège, en signe de laquelle possession il a fait sa prière au devant du grand autel et iceluy baisé, aurait allumé et éteint le cierge, sonné les cloches et aspergé d'eau bénite, et en sortant de ladite église avons mis es mains dudit R. P. Bouvet les clefs de ladite. Puis dans les classes où le R. P. s'est assis dans la chaire ; dans les chambres, où il alluma du feu, et, en signe de possession, lui avons baillé les clefs de la maison et mis en possession de tous les revenus de ladite abbaye et collège.
« Arrivés en la grande chambre basse, sont comparus les sieurs Simon La Hière et Jacques Bachellé, licenciés es lois, bourgeois de Metz, et nous ont dit etie députés de l'assemblée extraordinaire de ceux de la R. P. R.... et avoir charge de ladite assemblée de nous déclarer, au nom d'icelle qu'elle proteste.... et avons passé outre. »
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Le Père provincial quitta Metz, laissant les Jésuites paisibles possesseurs de l'abbaye et du collège; s'il restait de grandes difficultés à vaincre, les plus sérieuses étaient surmontées. Le Gouverneur et le Maître-échevin, si souvent en lutte avec l'Évèque, se trouvaient cette fois d'accord. A la tète de la justice de la ville, figurait Abraham Fabert, père de l'illustre Maréchal, qui prouva si souvent son attachement aux Jésuites. Le clergé séculier, comme les religieux des quatre grandes abba3'es voyaient arriver les Pères avec satisfaction. Effrayés des défections qui s'étaient produites dans leurs rangs, fatigués de cette lutte incessante contre les protestants, ils saluaient avec joie ces nouveaux auxiliaires chez lesquels la science était au niveau de la foi. '
Le Père Jacques Pérard, ancien recteur des collèges de Caen, Rennes et ^'annes fut le premier Jésuite chargé de la direction de la nouvelle maison. - Meurisse
' L'un de ceux qui firent meilleur accueil aux Jésuites, fut l'abbé de saint Arnould, André Valladier, chanoine et princier de la Cathédrale de Metz, grand vicaire et prédicateur du Roi. «Il avait porte pendant vingt trois ans la robe de la Compagnie, il en sortit on ne sait pour quel motif, mais montra qu'il n'avait pas oublié ce qu'ils lui avaient montré.» Journal de Henri IV, par P. DE L'EsroiLE, t. 4.
2 Le Y". Jacques Pérard, né à Vitry-le-Français en 1567, entra dans la Compagnie en 13S7. En 1599, à la réouverture des classes de l'Université de Pont-à-Mousson, il prononça un discours : De eriiditis Lotharingiœ viris. Ayant été successivement recteur à Caen, Rennes, Metz et Chàlons, partout il montra que par sa prudence, son aménité, sa vertu, il avait tout ce qu'il fallait pour le gouvernement d'un collège. Il mourut au collège de Clermont à Paris, le 25 Décembre i638.
nous apprend que dès l'ouverture des classes, le nombre des élèves du collège de Metz fut de cent quarante, « compris quinze à dix-huit huguenots des meilleurs familles du pays.»
Dès les premiers jours de liviS, les Pères présentèrent une requête aux chanoines de la Cathédrale pour obtenir qu'une école de petits enfants établie dans les bâtiments de Saint-Eloi, lut transférée ailleurs. Le Chapitre obtempéra sans discussion à la demande des Jésuites. Le signataire de la requête était le Père Anne de Maupeou. '
Nous avons peu de documents sur les commencements du collège; nous voyons cependant, dès le début, les Pères établir une Congrégation de la Sainte-\'ierge. Celui à qui est confiée la mission de seconder le père de famille dans sa tâche, doit non seulement façonner des savants, des littérateurs, des magistrats, des militaires, mais surtout former des hommes. L'œuvre de l'éducation ne peut avoir son effet sur le cerveau si mobile de l'enfant' que, comme l'eau qui, tombant goutte à goutte , finit par avoir raison de la pierre la plus compacte. Pour parvenir à graver cette empreinte, tout maître adopte un règlement ; ce règlement, on s'épuise â le faire respecter; les Jésuites, eux, sont parvenus â le faire aimer. Ils apprennent â leurs élèves en élevant leur âme, â vivre en quelque sorte en contact avec une puissance occulte, mais présente dans leurs pensées et dans leur cœur. Cette puissance qui les voit,
Voir Pièces justificatives, note 14.