‹ Les Jésuites à MetzChapitre 16 sur 107 · ANNO SALUTIS MCCCCCCLX^^ DIE XXV' MARTIS · texte numérisé non relu

ANNO SALUTIS MCCCCCCLX^^ DIE XXV' MARTIS

La construction de l'Eglise, interrompue en iôôq, fut reprise en ibyS, et discontinuée en 167G, les ouvriers axant reçu l'ordre de ne plus travailler qu'aux fortifications de la ville. En lySS, on posa la première pierre du portail et l'église fut consacrée le i*^^ octobre 1741 par Monseigneur de Saint-Simon, Évèque de Metz.

En i6(35, une institution nouvelle vint concourir à la diminution de l'hérésie à Metz. Quinze personnages notables, entraînés par le zèle du P. Pierre Polonceau, prédicateur des controverses, se réunirent sous le patronage de saint François de Sales, pour procurer aux nouveaux convertis une maison de refuge. La maison de la Propagation de la Foi pour les hommes fut achetée (rue des Trois Boulangers) par contrat du 5 août 1Ô77 et 7 février 1730. Philibert Estienne d'Augn\', lieutenant général au bailliage de Metz en fut le premier directeur par voie d'élection. Cet établissement reçut comme fondation la censé et les biens de Longeau (commune de Moulins) ancienne léproserie fondée lors de la première croisade par divers habitants de Metz.* L'acte d'affectation de ce bien, daté du 5 juillet 1668, contient quelques réserves, entr'autres la condition de rendre les dits biens à leur destination dans le cas ou la lèpre se montrerait de nouveau dans le pays. La maison de la Propagation comptait parmi ses administrateurs le conseiller au parlement Bénigne Bossuet,

* Notice sur la léproserie de Longeau. Ch. Abel. — Mémoires de l'Académie de Met:^ 1886.

père de l'Evèque de Meaux, des chanoines, des magistrats et autres notabilités de la cité. '

Indépendamment de cette association, les Jésuites avaient établi des congrégations qui se réunissaient dans la chapelle du collège. Elevant les humbles au niveau des grands de la terre, au pied de la croix, la Congrégation rassemblait les hommes des différentes classes de la société; elle leur permettait de se connaître, de s'apprécier, de se liguer pour résister aux attaques incessantes livrées contre la famille et contre les grands intérêts sociaux. Le magistrat, le militaire, le patron sV agenouillaient à côté de l'ouvrier et de l'artisan ; puisant dans la mèine foi religieuse l'esprit de charité et d'amour, ils étaient unis' entre eux par les liens d'une solide et véritable fraternité.

« Les mœurs chrétiennes dès qu'elles sont en honneur, exercent naturellement leur part de bienfaisante influence, car elles attirent la faveur de Dieu, principe et source de tout bien.»"^ L'histoire de la ville de Metz se ressent ici de la part que les Jésuites ont eue dans les institutions charitables et religieuses et surtout dans l'éducation de la jeunesse. Les luttes, les inimitiés si vivaccs entre les familles semblent s'apaiser, les conflits de toutes sortes entre les diverses juridictions surgissent plus rarement. Cette période de l'histoire de la cité, embarrassante pour les historiens, justifie ce dicton :

• Voir Pièces justificatives, note 25.

^ SS. I.ÉON XIII. Encyclique SU}- la coiidilioii des om'i-icrs.

Heureux les peuples qui n'ont pas d'histoire. Forcé de nous circonscrire dans le récit des faits qui concernent plus spécialement le collège, il est cependant intéressant de voir les résultats de l'éducation qui y était donnée si généreusement. Le sentiment religieux était la base de cette éducation et si, malgré tout leur dévouement, les Pères ne formaient pas toujours de bons littérateurs ou de savants mathématiciens, du moins, le plus souvent, l'ancien élève des Jésuites, ses études terminées, emportait, dans les diverses carrières où la Providence le plaçait, des principes sûrs, une intelligence droite, un cœur ouvert aux sentiments élevés que la religion sait semer dans les âmes. Ce collège était le seul établissement d'instruction existant dans la ville, il a compté presque toujours environ cinq cents élèves. De là, sortit un clergé vénérable qui se soutint dignement à une époque où la licence et la dépravation des mœurs gagnaient ceux qui avaient pour mission d'en prémunir les autres, des magistrats éminents, des administrateurs distingués, toute une population calme et forte qui sut, malgré les excitations du dehors, passer les plus tristes époques de notre histoire, dans un calme et une union qui fut l'honneur de la ville.

Le () Janvier lOGy, mourait à Metz, l'un des plus éminents prédicateurs de la Compagnie, le P. Edmond de Joyeuse, allié aux premières familles de France. En 1670, le R. P. Emilien Vaussin fut nommé Recteur. Au mois de Mai de cette année, une gazette protestante, imprimée à Amsterdam, circula dans la ville et attira l'attention des magistrats. Ce journal éditait une pré-

5o LES JÉSUITES A METZ

tendue correspondance reçue de Metz, annonçant que trois ou quatre Jésuites de cette ville, convaincus d'un crime énorme, avaient été condamnés à être brûlés vifs et que leurs confrères avaient été bannis du ressort du Parlement.

Le 23 Mai, un substitut du Procureur-Général déposa cet écrit sur le bureau de la Cour. Le Parlement ordonna qu'il fut brûlé par Texécuteur de la haute justice, au milieu de la place publique.

Depuis plus de cinquante ans, Metz n'avait pas vu d'Evèque résider dans ses murs. Henri de Bourbon- Verneuil, nommé en 1621, n'avait reçu aucun ordre sacré et ne vint jamais dans son diocèse. Il résigna l'Évèché de Metz en i(')52 pour se marier. Mazarin, déjà pourvu de trois des plus importantes abbayes de la ville : Saint-Arnould, Saint-Clément et Saint- Vincent chercha à capter à son profit les revenus de l'Evèché. ' Grâce aux: démarches du Chapitre, Rome lui refusa les bulles d'institution. François-Egon de Furstemberg, Évéque de Strasbourg et le Cardinal Guillaume de F'urstemberg ne furent pas reconnus par le Roi. Enfin les Souverains Pontiies Alexandre VII et Clément IX ayant par induits du 11 Septembre 1664 et 2 3 Mars lôoS concédé aux Rois de France la nomination aux Evèchés de Metz, Toul et Verdun, Louis XIV y nomma Georges d'Aubusson de la Feuillade, Commandeur du Saint-Esprit, Pair de

' Histoire d'un inlerrcgne à Mcl:;, par le R. P. Bach, S. J. Mémoires de la Société d'archéologie, 1867, p. 199.

CHAP. IV TRANSLATION DU COLLÈGE 5l

France, etc. Ce prélat avait été auparavant F^vcque de Gap et Archevêque d'Embrun. ' Il arriva à Metz, dit Ancillon- précédé par une réputation d'un rare mérite. Il fit son entrée le Maidi 3 Septembre iG(h) et fut reçu magnifiquement.

Le 10 Février 1670, pour solenniser la prise de possession de l'Evèché, les élèves du collège jouèrent un drame en trois actes : Le trioinphe de la religion sur l'hérésie par les l'erliis de la eroix pastorale. ^

Cette même année, l'Evèque voulut faire les frais d'une distribution de prix. A cette séance fut jouée une tragédie latine : Mors Coriolaui.

Une discussion d'étiquette qui prit naissance au collège de Metz faillit, deux ans plus tard, brouiller le Parlement avec l'Evèque. Il était d'usage de solenniser la rentrée des classes par un exercice public; les magistrats se rendaient à ces réunions en robes et en cérémonie. Lors de la rentrée cie iGyS, le jour de la Saint-Martin, les élèves de rhétorique donnaient une séance où l'on devait faire le panégyrique du Roi, au sujet de la conquête de la Franche-Comté. Les convocations furent nombreuses et l'on fut fort étonné, à l'heure de la réunion, de ne voir arriver d'autres membres

' Selon Moréri, Mf^r d'Aubusson aurait été Jésuite avant d'être Evêque et se gouvernait entièrement par les conseils de la Compagnie.

'■* Ancillon, Chronique de Metr^. Manuscrit 121 de la bibliothèque de la ville.

•^ Voir Pièces justificatives, note 26.

du Parlement que le président Bonneau et quelques conseillers.

Mgr d'Aubusson présidait l'Assemblée. Avant de parler, l'élève chargé de l'exposition du sujet à traiter, saluait d'abord l'Evèque. A l'issue de la séance, le premier président fit remontrer au Père Recteur qu'il ne pouvait désormais assister à ces exercices à cause de la préséance et du salut attribués à l'Evèque. Mgr d'Aubusson, informé de cette prétention, lit représenter à ces Messieurs le droit de son caractère, la possession où il était depuis quatre années, l'usage pratiqué à Paris et leur fit donner connaissance de l'arrêt du Roi, donné en semblable occasion pour le Parlement de Toulouse. Tout fut inutile, les magistrats s'abstinrent et un seul membre du Parlement, l'avocat-général Etienne Pavillon, témoigna par sa présence, à la séance suivante, qu'il n'avait pas embrassé les futiles prétentions de sa compagnie. Il ne fallut rien moins qu'un arrêt du Roi, en son Conseil d'Etat pour que le premier président se contentât de la seconde place, lorsqu'il venait au collège, l'Evèque s'}' trouvant et de la troisième, si le gouverneur était présent.'

En 1(374, le R. P. Jacques Pupin vint remplacer comme Recteur le P. ^^aussin. Un des Pères du collège, le P. Etienne Petiot in imprimer à Metz cette année un volume in-folio intitulé : Démonstrations théologiques pour établir la foi chrétienne contre les supersti-

' Recutil des arrêts eoregistrés au Parlement de Metz. 8 déc. 1674.

tioiis et les erreurs de toutes les seetes infidèles. Cet ouvrage sorti des presses de Nicolas Antoine, était dédié à Mer d'Aubusson.

En 1677, le R. P. Jean-René Jobal qui avait été Chancelier et fut plus tard Recteur de l'Université de Pont-à-Mousson vint remplacer le P. Pupin. Fils d'un Conseiller à la cour des comptes de Metz, le P. Johal comptait parmi ses proches parents plusieurs magistrats du Parlement; aussi, le premier Président Thomas de Bragelongne, étant mort, la Cour chargea un Jésuite de prononcer son oraison funèbre. Il se trouvait alors au collège un célèbre prédicateur, le P. Cuillaume Daubenton, qui depuis occupa les premiers emplois de sa Compagnie et fut honoré de l'amitié du Pape Clément XI. Ce Père perdu au milieu de ses frères dans un rang assez humble pour qu'il n'en soit pas resté de trace, devait quelques années plus tard être désigné par Louis XIV pour accompagner à Madrid le nouveau Roi Philippe V. Ce fut le P. Daubenton qui, le 18 Mars 1G81, prononça cette oraison funèbre dans l'église Saint-Simplice, en présence de toute la Cour, des ditférentes autorités civiles et militaires et d'une immense affluence de peuple. '

En 1681, le R. P. Jobal ayant quitté Metz, le Père Amé lui succéda pendant trois années et fut lui-même remplacé par un messin, le R. P. Nicolas Andry.

Ce discours fut impiimé à Metz, chez CoUignon, in-4'>, ie')Si,

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