DU COLLÈGE
'époque de la revocation de l'édit de Nantes approche, on s'en aperçoit par un redoublement de rigueur contre les protestants. Le 17 Juin i(3Ni, déclaration défendant à ceux de la religion prétendue réformée de faire élever leurs enfants à l'étranger; le i3 Mars iG85, lettres patentes portant suppression de l'Académie de Sedan. Le 1^' Octobre i685 parut la déclaration royale révoquant l'édit de Nantes.
Un historien dont les travaux ont porté la lumière la plus vive sur l'histoire de notre Cour souveraine apprécie de la manière suivante le rôle que le Parlement de Metz a joué dans cette affaire et examine la question dans ses causes et dans ses elfets.
«Il faut sonder, dit M'" Michel, les motifs politiques qui ont dicté la révocation de l'édit de Nantes.
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Louis XIV pensait qu'il importait à l'unité et, par conséquent, à la puissance de la France qu'une seule religion fut suivie dans son royaume; il avait trouvé dans le Parlement de Metz, des magistrats partageant ce sentiment et disposés à favoriser ses vues politiques. Le Roi de France faisait au XVIL' siècle, ce que voudraient pouvoir faire, au XIX"^, le gouvernement anglais pour la religion anglicane; le roi de Prusse, pour la confession d'Augsbourg et l'Empereur de Russie pour le rite grec. Le Parlement, en contribuant à l'extinction du protestantisme, dans son ressort, ne faisait pas un acte de fanatisme religieux, il coopérait à un acte politique. Fm déclarant une guerre à mort à la religion prétendue réformée, il combattait une importation germanique, il défendait les cro3'ances nationales. ' « L'accueil s^'mpathique et fraternel que l'électeur de Brandebourg a fait aux protestants chassés de Metz a prouvé que le Parlement ne s'était pas trompé en repoussant la religion protestante comme une ennemie de la France. Il est donc permis de dire que la révoca-
' A l'appui de l'opinion exprimée dans l'histoire du Parlement de Metz on peut citer les extraits suivants : « Nous avons en mains les actes authentiques des synt)des clandestins dans lesquels les Calvinistes arrêtèrent de se mettre sous la protection de Cromwel dans le temps où l'on pensait le moins à les inquiéter et les preuves de leur liaison avec le prince d'Orange subsistent également, w {Mémoires du duc de Bourgogne). «Ce ne sont pas les garnisons des villes de guerre, ce ne sont pas les forteresses fédérales qui nous protégeront contre la France, mais seulement le mur d'airain du protestantisme." (Ancillon, T^evue des Deux-Mondes, 1842, t. I, p. 63).
tion de redit de Nantes et la rigueur avec laquelle le Parlement de Metz en a fait exécuter les dispositions ont contribué à consolider dans la province des Trois- Evôchés le pouvoir de la France et ont aidé à assurer pour toujours à la mère-patrie la possession de ces trois villes impériales connues autrefois sous le nom de Metz la Riche, A^erdun la noble et Toul la sainte. »
Pas plus que l'auteur de l'histoire du Parlement, nous ne chercherons à justifier les moyens que Louis XIV employa pour obtenir les résultats auxquels il arriva. Il est probable que si, au lieu de ces moyens violents, on avait suivi la ligne de conduite qui a inspiré saint François de Sales, saint Vincent de Paul, Fénélon, Bourdaloue et tant de nobles esprits, on aurait évité bien des malheurs.
Les conversions furent nombreuses. Furent-elles toutes sincères? Nul ne peut le dire. Quoiqu'il en soit, rien ne fut négligé pour éclairer ceux que l'hérésie avait séduits. Mgr d'Aubusson obtint une ordonnance du Roi, en date du 9 Novembre 1686 qui prélevait sur les bénéfices du diocèse une somme annuelle de 2400 livres pour l'entretien de trois prédicateurs extraordinaires dans la ville de Metz et d'un quatrième dans les villages. Il tint lui-même plusieurs synodes dans lesquels il s'efforça de régler la marche de son clergé vers le but qu'il désirait atteindre. Il n'est pas besoin d'ajouter que les Jésuites ne restèrent pas en dehors de ce mouvement de propagande et qu'ils travaillèrent avec l'aide de Bossuet, alors doyen du chapitre de Metz, à remplir cette maison de la Propagation édifiée
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avec l'aide de son père. Pendant les trente années qui précédèrent la révocation de l'édit de Nantes, on compta à Metz, douze mille abjurations. Turgot estime à sept mille environ, le nombre des réformés qui prirent le chemin de l'exil. '
En 1(^87, le P. François de Gournay, issu d'une des plus anciennes familles de Metz fut nommé recteur du collège; en 1691, il était remplacé par le R, P. Joseph de Beauveau et en 1(394 par le P. Hubert Parizot qui appartenait à une famille considérée de Verdun.
Les finances épuisées par la guerre ne permettant plus de faire face aux besoins de l'Etat, Louis XIV, en [(mji, frappa toutes les communautés religieuses et biens de main-morte d'une imposition déguisée sous le nom de droit d'amortissement; en outre, il exigeait du clergé, un don gratuit se montant, pour le diocèse de Metz à cent mille livres. Pour pouvoir taxer ces biens, un arrêt du Conseil d'Etat, rendu à Versailles le 18 Mars i6()2, ordonna aux bénéticiers et gens de mainmorte de déclarer au grelîe de leur résidence, la qualité et consistance de leurs biens, le lieu où ils étaient situés, etc. A ce sujet le Père Recteur adressa une requête pour demander l'intervention de l'autorité
' Mémoires par M. Turgot, manuscrits -248-249 de la bibliothèque de Metz.
D'après le recensement de iS5i, le nombre des protestants, calvinistes et luthériens, à Metz et dans les quarante communes rurales qui l'environnent, était de 635. Dans tout le département de la Moselle, ils étaient 3620. Aujourd'hui, on en compte, à Metz seulement, près de dix-huit mille.
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municipale. Il exposa que les biens des Jésuites devaient être considérés, non comme biens du clergé, mais comme affectés à la dotation du collège J Le Conseil de la ville nomma une Commission composée de six anciens élèves du collège, Roussel, Baltus, Lefèvre, Mamiel, Poutct et Biaise. - La requête fut accueillie favorablement, les propriétés du collège furent déchargées de leur part contributive pour le don du clergé, mais elles durent payer comme amortissement de mainmorte, une somme de 3()(S() livres, 6 sols, 5 deniers.
En 1696, le président Jean Thiersant de Bu\^ manifesta l'intention de vendre sa maison contiguë au collège. Le P. Parizot adressa aux Trois ordres de la ville de Metz une supplique, dans laquelle il démontrait la nécessité de remédier par l'acquisition de cette maison à l'obscurité et à l'espace trop resserré, le nombre des élèves se montant à près de cinq cents et celui des Jésuites à dix-huit. Il représentait que le collège était fortement endetté. Les Trois ordres réunis s'engagèrent à fournir (îooo livres, à condition que les Jésuites bâtiraient des classes dans cette nouvelle dépendance du collège. Le Père recteur parvint de son côté à réunir une somme de cinq mille livres et la maison fut achetée. Mais ce dernier paiement avait épuisé les ressources du collège. On se casa tant bien que mal dans le nouveau bâtiment et les fonds man-
' Archives de la Préf., fonds G.
- Voir Pièces justificatives, note 27.