ÉGLISE SAINT-CLEMENT
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jourd'hui, elle apparaît entière, achevée; restaurée par d'habiles artistes, elle semble sortir d'hier du cerveau de l'architecte et des mains de l'ouvrier.
« En ce moment les RR. PP. Jésuites s'occupent de lui donner une ornementation intérieure convenable. Ils ont confié à M. Lusson, l'exécution des verrières du chœur. Les belles compositions de M. Lusson, d'après les dessins de notre concitoyen M. Joseph Hussenot, professeur de dessin à l'école militaire de Saint-Cyr, ornent un très grand nombre d'églises du premier ordre, Notre Dame de Paris entr'autres et il a été chargé de la tâche si difficile de restaurer les vitraux de la Sainte Chapelle de Paris. Cinq grandes fenêtres occupent le pourtour du chœur de l'église Saint-Clément. Les verrières déjà posées et celles qui complètent la décoration doivent exprimer dans leurs sujets divers une conception unique : à droite et à gauche, les sacrifices d'Abraham et de Melchisédech, promesses et gages prophétiques ; la roche d'Oreb, d'où jaillit sous la baguette de Moïse l'eau pure, source symbolique des grâces célestes ; et en regard le serpent d'airain dont la vue rend la vie et le salut; enfin la sainte Cène, puis le Calvaire. Et c'est ainsi que la pensée du Saint-Sacrifice, ramenée à une majestueuse unité, se dégagera de ces pages qui toutes, la préparent, l'annoncent, la réalisent. Ce symbolisme offre assurément une inspiration d'une véritable grandeur. »
Entre la bénédiction et la messe, le R, P. Recteur adressa la parole à l'assemblée nombreuse dont la
réunion était un témoignage de s^-mpathie d'autant plus spontané qu'on n'avait pas fait d'invitations.
Le Père Stunipf exposa d'abord l'objet de la cérémonie. « Hier encore cette enceinte n'était qu'un lieu profane, moins que cela, un lieu souillé par d'impies sacrilèges. Il a fallu purifier avec l'eau sainte et réconcilier avec Dieu, cette terre que nous foulons, ces murs et ces voûtes qui nous abritent... et maintenant, cet édifice est redevenu la demeure du Très-Haut. Ve7^e non est hic aliiid iiisi domus Dei et porta aeli... La victime immolée pour la première fois sur cette terre de Metz, par son premier Evèque Saint-Clément s'offrira désormais dans le temple consacré à son nom. »
En second lieu, l'orateur fit ressortir le dessein de la Providence dans la conservation de ce monument et de ses dépendances. « Parmi les monastères qui s'élevaient dans la ville de Metz, avant la Révolution, il en était un, qui, mieux que tous les autres, pouvait répondre aux exigences d'une maison d'éducation au XIX*-' siècle. C'est cette maison que Dieu marqua du sang de l'Agneau et il n'est pas donné à l'ange de la destruction d'y exercer ses ravages. La propriété y est conservée dans son intégrité, avec son temple élancé, ses cloîtres majestueux, ses vastes dépendances; la garde en a été confiée à l'Etat lui-même... puis, au jour et à l'heure marqués, ce domaine est rendu à son ancienne destination par suite d'événements providentiels. Dans les nombreuses péripéties de ce long drame dont le dénouement a été notre mise en possession de l'ancienne abbaye, le doigt de Dieu se montre clairement
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dessiné à chaque scène. ... C'est le cas ou jamais de dire avec le Roi Prophète : Hœc miitatio dexterœ excelsi.
«Cette considération de l'action de Dieu dans la préservation et la destination de l'abbaye ne peut-elle pas être considérée comme une sûre garantie de l'avenir et ne peut-on pas appliquer à l'œuvre de ce collège tout entier la parole que l'Kglise dans ses prières liturgiques applique à ce monument religieux : Hœc est domiis Domiiii Jirmiter œdijicata, bene fuudata est supra Jîr- 111 am petram.
«Oui, cette œuvre est fortement établie, ses fondations reposent sur un roc inébranlable. Notre confiance repose, non, sur les hommes qui passent et disparaissent, mais sur Dieu, dont la providence vient de nous donner une garantie certaine que nous sommes appelés à promouvoir dans cette cité la gloire de la religion et le bien réel de la Société. »
En troisième lieu le Père Recteur a payé un Juste tribut de reconnaissance à ceux qui, dans la restauration de Saint-Clément ont accepté la mission que la Providence leur a confiée.
« 1" L'Empereur... C'est à sa parole bienveillante qu'ont été résolues les graves difficultés qui s'opposaient à la mise en vente de l'antique abbaye. C'est grâce à son intervention qu'il nous est permis de relever les autels de ce temple.
«2" Nos prières suivront au-delà de la tombe deux âmes étroitement unies par une estime réciproque et
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qui ont porte un haut intérêt à cette œuvre : le vainqueur de l'Aima et le bon Père de Ravignan.^
t( 3" Reconnaissance au premier magistrat de ce département. Appuyé sur le vœu unanime du conseil de la cité et de l'édilité de la bonne ville de Metz, il a rapporté une ordonnance royale qui menaçait l'immeuble dans son intégrité. ^
«4*^ Reconnaissance à tant de familles honorables de cette ville qui nous ont soutenus dans l'accomplissement de cette œuvre par leurs prières, leurs conseils, leur appui et leur généreux concours. Dieu leur rendra en riches bénédictions le bien qu'elles nous ont fait et qu'elles nous souhaitent dans la sincérité de leur dévouement.
' Le Maréchal de Saint-Arnauld était ministre de la guerre, au moment de la cession de Saint-Clément. Les sentiments religieux du vainqueur de l'Alnia ont été mis en lumière par la publication de sa correspondance, éditée à Paris en 1864. Quant à la cession de Saint-Clément, l'estime et la respectueuse affection qu'il témoignait au P. de Ravignan, ont eu une action décisive sur les résolutions du ministre.
' Le comte Malher a exercé les fonctions de préfet à Metz de i832 à 1859. Son esprit de justice et sa bienveillance ont laissé un excellent souvenir dans le pays. Une ordonnance royale, rendue, on ne sait dans quel intérêt privé, avait autorisé le percement d'une rue qui, passant devant le portail de Saint-Clément, coupait en deux tronçons les dépendances de l'abbaye. Aucune suite n'avait été donnée à ce projet. En 1837, un personnage malveillant l'exhuma et en réclama l'application. Le Conseil municipal, à l'unanimité, déclara qu'il n'y avait aucun intérêt à effectuer ce percement et pour éviter le retour d'une semblable objection, le préfet fit rapporter l'ordonnance.
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« 5° J'ai trop tardé à prononcer un nom cher à tous les cœurs et à notre foi. Mais, ce nom, vos regards l'ont déjà lu au bas de la page magnifique qui décore ce sanctuaire. Après Dieu, c'est à notre pieux évéque , au digne successeur de Saint-Clément, que revient la part la plus large dans le succès de cette restauration. C'est lui qui, dans sa sollicitude pastorale pour la jeunesse de son diocèse, a remis entre nos mains l'œuvre de l'éducation c[ue nous avions exercée pendant plus de deux siècles dans cette cité ; c'est son action infatigable et intelligente qui a entamé et poursuivi avec persévérance les négociations. . . .
«C'est sa confiance dans la Providence qui nous a soutenu constamment dans les moments les plus difficiles. C'est lui encore qui, naguère, dans son pèlerinage à Rome, a dit au Pontife souverain les espérances que donnait à son cœur d'Evèque la jeunesse élevée sous notre direction. C'est à sa paternelle sollicitation et par ses mains que le successeur de Pierre, le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre, envoie aux enfants de ce collège et à leur famille, comme gage de sa tendresse, une bénédiction apostolique avec indulgence plénière.
« Bientôt il viendra donner à ce temple et à ces autels la consécration pontificale et perpétuer ainsi le souvenir du bien qu'il nous a fait, dans le lieu même où notre reconnaissance devra à jamais l'en remercier. »
Cette première solennité eut lieu avec toute la pompe possible et la magnifique exécution d'une messe due au talent du P. Lambillotte vint ajouter à la splendeur de cette fête.
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I.cs bâtiments de Saint-Augustin furent achetés par M. Leinen Spol qui en lit don à l'I^vèché à charge d'y installer une école supérieuie dirigée par les Frères des écoles chiétiennes. Au mois d'octobre i85fS les Frères s'y installèrent.
Quant aux bâtiments et à la chapelle de la rue des Trinitaires, ils devinrent la propriété des religieuses du Cariuel qui y fondèrent un couvent de leur ordre.
Le 4 avril, fête de Pàc]ues, messe avec orchestre; le lendemain axant le départ j^our les vacances eut lieu la première séance académique donnée dans les murs de Saint-C'iément. L'Evêque l'honorait de sa présence. On avait pris poui" sujet : de hiudlbus Siiiic/i (lloutnilis ; ce sujet fournissait de nombreuses allusions qui de Saint- Clément remontaient et s'adressaient tout naturellement à son successeur; il est inutile d'ajouter que ces allusions furent vivement applaudies.
Au mois de niai, quelques Pères excités pai' les récits de ce qui s'était passé dans d'autres villes, entreprirent d'ajoutei' à toutes les bonnes (euvres dont ils étaient à Metz les piomoteurs ou les soutiens, la mission de réconcilier à Dieu, les lualheiiieux qui parcouient le monde, allant de ville en ville, exhibei' leurs tours d'adi"esse, leurs curiosités et souvent leurs monstruosités.
Cette ceuvre a\ait débute' dès iN.^4 au noviciat d'Angers sous le nom d'fFuvre des Saltimbanques. Elle consistait à aller de baraque en baïaque, tâchant de recruter les enfants ou adultes qui n'ont pas fait leur première communion, de les instruire et de les amener à ce grand acte. Au prix de quelques injures acceptées
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humblcnicnt, on peut arriver ainsi à obtenir le saint d'une âme et la rougeur qu'une grossière insulte peut faire monter au front du missionnaire, est bien vite effacée en jetant un regard sur la Croix.
A Bordeaux, Lille, Amiens, Vannes, Nantes, Laval, on avait déjà entrepris le régénération de ces pauvres abandonnés. A Metz, quatre jeunes Pères parvinrent, pour leur premier essai, à amener à la Table sainte sept premiers communiants. Le 24 mai, lundi de la Pentecôte, eut lieu cette cc'rémonie à la chapelle de Congrégation. Le même jour on mena les néophytes à Monseigneur qui leur donna la confirmation dans sa chapelle particulière et leur adressa une allocution sur la force dont ils auraient besoin pour persévérer, au milieu des dangers, dont, plus que d'autres, ils étaient entourés.
Le !h) mai, fête de la Sainte-Trinité, fut encore un beau jour pour Saint-Clément. L'Evèque, lors d'un vo\'age récent, avait rapporté de Rome une bénédiction spéciale du Saint-Père pour les élèves anciens ou actuels et pour leurs familles. Un triduum de prières devait servir à prépai'er les âmes à cette faveur. Le jour où devait avoir lieu la première communion fut choisi pour cette cérémonie. Après avoir célébré le saint Sacrifice et reçu à la Table sainte les quarante-six premiers communiants suivis de tous les élèves et d'un nombre considérable d'assistants, Monseigneur, inondé de joie, en songeant à l'état où il avait vu naguères cette église, lui appliqua ces mots du Psalmiste : Qiiam dilecta tabernacula tua. Domine virlutum!
L'église ne suffisait pas à contenir la foule accourue
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et lorsque fut donnée la bénédiction papale, l'émotion du saint Pontife gagnait tous les assistants. Beaucoup versaient des larmes de joie en voyant notre Seigneur revenu dans un sanctuaire si longtemps profané.
La veille de la Saint Jean-Baptiste, on représenta en l'honneur du P. Stumpf un draïue latin, emprunté à la légende de saint Eustache, martyr. '
Cette pièce en cinq actes, composée par le professeur de rhétorique, le P. Baltenveck, eut un très grand succès. Les décors neufs représentaient au premier acte, un camp romain ; au second, le temple de Jupiter au Capitole ; au troisième, le palais de l'empereur ; au quatrième, un cachot au Capitole; au cinquième, une place à Rome. Ils avaient été peints par le frère van den Kerkove et produisaient un excellent effet. Aux premiers rangs d'une nombreuse assistance, on remarquait plusieurs officiers supérieurs, des magistrats et même le professeur de rhétorique du hcée.
Le lendemain, excursion à Nanc}'. On dut traverser toute la ville pour gagner l'église de Bon-Secours. En vo3ant défiler les élèves, musique en tète, les habitants se demandaient avec stupéfaction ce que cela pouvait bien être. On arriva à l'église escorté d'un grand concours de curieux. Mgr Menjaud, Evèque de Nanc\ , y reçut le cortège, et après la messe, fit à l'assemblée une courte allocution.
De Bon-Secours, on s'achemina vers le grand Sémi-
' Voir Pièces justiHcatives, note 48.
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naire qui occupe les bâtiments de l'ancienne maison professe, édifiée par Stanislas pour les Jésuites de Lori-aine. Les Pères avaient obtenu qu'on tolérât la présence de leurs élèves, pendant quelques instants, sous les allées de tilleuls de leur ancienne résidence, pour y prendre le repas qu'ils avaient fait préparer.
On repartit vers six heures du soir. La rentrée à Metz fut une véritable ovation, on eut dit que la ville entière s'était donné rendez-vous aux abords de la gare, et c'est au milieu de la foule, au son de la musique, qu'on regagna Saint-Clément.
La fête de saint Ignace ne le céda en rien aux fêtes si belles qui avaient précédé. L'Evéque présidait la cérémonie. Le panégyrique du saint fut prononcé par Dom Guéranger, abbé de Solesmes, dans cette église de Saint-Clément, bâtie par les enfants de Saint- Benoit. '
Dom Guéranger consacrait ainsi solennellement par sa présence et par sa parole la prise de possession de l'ancienne abbaye des Bénédictins par les Pères de la Compagnie de Jésus. Il rappela avec autant d'érudition que de délicatesse les liens de la fraternelle amitié qui n'ont cessé d'unir les deux ordres depuis la naissance de la Compagnie jusqu'à nos jours : un bénédictin de Montserrat fut le premier directeur d'Ignace ; c'est dans une abbaye de bénédictins, Saint-Paul hors des murs.
' Voir Pièces justificatives, note 49 : Le panégyrique de saint Ignace, par Dom Guéranger.
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près de Rome, que le fondateur de la Compagnie de Jésus et ses premiers disciples prononcèrent leurs vœux; près de trois siècles plus tard, de cette même abbaye de Saint-Paul, sortait Pie VII, le restaurateur de la Compagnie.
A l'issue de la messe, le Père Recteur distribua aux assistants une lithographie, exécutée d'après les indications du R. P. Turquand. Dans la partie supérieure, on voyait la sainte ^'ierge a^ant à ses côtés saint CléiTient et saint Augustin. Aux pieds de ces trois personnages qui semblent présider à la scène, apparaissent à genoux, saint Benoit et saint Ignace. Le fondateur des Bénédictins remet à Saint-Ignace l'acte de donation de l'abbaye de Saint-Clément.
Quelques jours après, la distribution des prix clôturait cette magnifique année. Nous emprunterons à M. Chenard de Mazières le récit de cette solennité, tel qu'il parut dans le Journal qu'il rédigeait à cette époque:
« Lorsque l'excellente musique du génie eut achevé sa brillante ouvertuie, tous les regards se sont portés avec un intérêt marqué vers l'estrade où, au milieu de la nombreuse jeunesse du collège, le R. P. Stumpf, supérieur, se présentait, revêtu du manteau de Tordre, pour prononcer l'allocution d'usage.
u En commençant son discours, le R. P. rappela au souvenir de ses auditeurs, comment le collège de Saint- Clément avait été inauguré, il \' a six ans, sous un autre nom, et comment les sympathies dont il fut honoré, dès sa naissance, avaient donné un démenti solennel aux vieux préjugés répandus contre les Jésuites.
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« Quelques aunées auparavant, dit-il, dans d'autres localités, leur nom était une injure; leur institut, un m}'stère ; leur enseignement, un anachronisme; leur présence, un danger. C'était l'idée qu'en donnaient des romans et des journaux, mais ces romans et ces journaux n'avaient point eu d'inliuence sur le bon sens traditionnel de la ville de Metz, protégé par deux éléments puissants : l'esprit religieux, l'esprit militaire. »
('.... Dès l'établissement du collège vous nous avez amené vos enfants en grand nombre et avec une confiance illimitée ; vous nous avez dit : So\ ez leurs pères, soyez leurs mères, leur santé, leur cœur, leur intelligence, nous remettons tout entre vos mains. . . . En un mot, vous nous demandiez pour vos lils l'éducation prise dans son acception la plus large : le triple développement du corps, du cœur et de l'esprit.
u Tant de confiance de votre part, Messieurs, nous impose l'obligation de la justifier à vos yeux. Nous vous devons par délicatesse, avec un exposé des faits, le compte rendu des principes qui nous dirigent et des résultats obtenus durant cette première période du collège Saint-Clément.
«I. Education plD'sique. — Trois éléments concourent à former la bonne constitution de l'adolescence : une alimentation saine et réglée, des exercices corporels convenables, enfin et surtout, des mœurs pures. Ces trois éléments se trouvent-ils a Saint-Clément de manière à satisfaire aux justes exigences des Pères de famille ? »
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Le premier point n'était pas difficile à établir; à cet égard, la réputation des pensionnats dirigés par les Jésuites, est faite depuis longtemps et parfois un reproche amical leur a été adressé. Nous avons entendu répéter que les élèves étaient trop bien traités à Saint- Clément, Cet excès, si c'en est un, sera facilement pardonné et pour notre part, nous n'avons qu'à féliciter les établissements qui méritent de pareils reproches. Toutefois le R. P. a cru devoir se justifier. Il a prétendu que pour des enfants sevrés de bonne heure des douceurs du fo\^er domestique, une certaine compensation était désirable; centre le régime de la jeunesse Spartiate, a-t-il dit, et le régime des enfants de Sybaris, il y a un milieu sage que réclament la faiblesse des tempéraments et les usages de la société de nos jours; nous avons tâché de les saisir. »
Quant aux exercices corporels propres à développer les forces physiques, après avoir indiqué les leçons qui sont communes à tous les grands établissements: l'escrime, la natation, l'équitation et la gymnastique, le R. P. a signalé un autre moyen de santé plus universel, et que le collège Saint-Clément renferme avec surabondance. Ce sont les jeux variés que chaque saison ramène et qui remplissent les heures de récréation, selon les goûts, les âges et les forces. Tous ceux qui ont eu l'occasion d'}' assister en ont été frappés. Nous en avons été témoin bien des fois, et, à la vue de la gaité, de la franche animation qui régnaient dans les cours, nous nous demandions avec surprise où les Jésuites avaient trouvé le secret de prolonger jusque dans les
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classes les plus avancées, le temps de l'âge d'or. Qu'ils soient félicités d'avoir su préserver leurs élèves «de ce froid scepticisme, de cette virilité prématurée qui ôte à la physionomie, son sourire ; au corps, ses grâces et sa force et qui fait du plus bel âge de la vie, une époque de tristesse, de mutinerie, de dangereuses méditations. »
Le troisième élément de la santé du jeune âge, la pureté des mœurs était plus délicat à traiter. « Quand les rivaux de Godefroy de Bouilion s'extasiaient sur la vigueur extraordinaire de son bras et lui demandaient le secret de sa force, il leur répondait par ces mots : J'ai toujours eu des mœurs pures. »
Partant de cette belle sentence d'un héros chrétien, fort de la conviction de tous ses auditeurs et appu\'é sur l'autorité d'une longue expérience, le R, P. établit que les bonnes mœurs étaient tm des secrets les plus efficaces de l'état sanitaire d'un collège. ... « Et qui n'en a pas fait souvent la remarque? Tandis qu'un jeune cœur, flétri par l'habitude du vice, se révèle malgré lui à l'œil de l'observateur, il est des marques certaines pour reconnaître que le cœur d'un enfant est heureusement préservé : Epanouissement de la physionomie ; assurance et simplicité du regard, aisance et réserve dans les manières, sensibilité généreuse. ...»
Et en parlant ainsi, le digne supérieur semblait montrer avec bonheur la nombreuse jeunesse dont il était entouré et dire aux parents: «Voilà les enfants que vous nous avez confiés ; vous avez été heureux de les revoir, et en vous réjouissant du bon état de leur santé, vous avez peut-être senti quelque chose de plus vrai dans la
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douceur de leurs étreintes; n'en so3^ez pas étonnés, la santé de l'âme influe merveilleusement sur celle du corps; dans cette IVaicheur de teint et de ph\'sionomie, reconnaissez un avantage plus précieux encoie que la santé et qui en est le principe : la pureté des uKcurs. » ('Aussi, a-t-il dit, c'est à cette cause et a la bénédiction du ciel que nous devons une prospérité sanitaire presque sans exemple. Pendant six ans, le collège placé dans des conditions matérielles bien peu satisfaisantes, a cependant évité, non-seulement les maladies sérieuses, mais même les petites épidémies si communes à cet âge dans les agolomérations nombreuses. . . . Nous l'espérons avec fondement, dans le nouveau local ouvert à nos vceux par la Providence, la santé de ces chers enfants trouvera les mêmes sécurités, de plus grandes encore. Nous espérons former à Saint-Clément des générations saines et vigoureuses, de cette vigueur surtout qui est le fruit et la récompense de la vertu. »
II. Education morale. — Le R. P., arrivé à cette partie de son discours, déclare que, comme prêtre et comme religieux , il regardait la formation du cœur des enfants comme l'objet principal de l'éducation.
« Continuer l'œuvre de .lésus-Christ et des apôtres pour le bien des âmes, voilà notre devoir, dit-il ; nous n'avons pas d'autre raison d'être dans l'Kglise ; nous cro3'ons aux âmes de vos enfants ; nous avons sans cesse devant les yeux leur divine origine et leur céleste fin; les former pour la terre, pour le ciel, telles sont nos préoccupations du jour et de la nuit. »
Alors, pour mieux apprécier l'importance de l'éducation morale, le R. P. s'est placé pour ainsi dire à un point de vue sublime, il s'est demandé quelle était la loi du développement moral de l'homme? « Dieu, répondit-il, nous en a tracé lui-même de sa main, la marche infaillible au jour où il a dit: Fraisons l'homme à notre image et ressemblance. Donc, plus l'enfant se rapproche de Dieu, plus il se rapproche de l'idéal, plus il devient homme ; et par la raison des contraires, plus vous l'écartez de Dieu, plus aussi il s'abaisse, il se dégrade, moins il est homme.
« L'histoire nous le démontre jusqu'à l'évidence: une jeunesse élevée dans l'oubli de ces principes est une jeunesse amoindrie, inquiète, incapable de vertu. Quelle sera son attitude en présence d'impérieux devoirs qui demandent de l'abnégation, du dévouement, si, au lieu de l'habituer de longue main à se vaincre sous les regards d'un Dieu rémunérateur, on ne lui parle jamais que d'intérêts matériels, de félicité terrestre ? Quel sera son respect pour l'autorité de la terre, pour les lois de la patrie, si elle n'a pas appris, avant tout, à respecter l'autorité du ciel? Je ne crains pas de l'affirmer, toute éducation qui n'a pas été fortement trempée au foyer de la religion est, par la force même des choses, une conspiration contre la famille et la société. Loin de nous le soufrte empoisonné de cette indifférence qui, dans notre siècle, s'attaque même à des intelligences de quinze ans et leur ôte la vue du ciel avant qu'elles aient connu la terre. Dieu est l'idéal vers lequel doivent
graviter les âmes et la pratique de la religion est la grande loi de l'éducation morale. »
S'il en est ainsi, les auditeurs du R. P. avaient le droit de lui adresser quelques questions. «Gomment prétendez-vous atteindre ce but? Quelle est votre méthode et quels sont vos moyens, non-seulement pour sauvegarder l'innocence de vos élèves, mais encore pour développer dans leurs cœurs les vertus morales ?» Ce qui regarde les mo\ens de préservation avait une réponse facile. Personne n'ignore la vigilance scrupuleuse des Jésuites pour empêcher la contagion du vice, et le R. P. n'a pas eu de peine à nous faire comprendre que si un jeune homme lit, sans un contrôle sérieux, les livres à la mode, en littérature, en histoire, en philosophie, sa moralité est immédiatement compromise et avec elle son éducation tout entière. Mais la vigilance ne suffit pas : l'enseignement même de la doctrine morale ]a plus pure est stérile. Il faut quelque chose de plus pour le cœur de l'enfant. Car, au jour de son baptême. Dieu v a déposé le germe des vertus chrétiennes et d'une vie surnaturelle.
« Il y a surtout deux mo\ens qui doivent tenir la première place dans l'éducation : la prière et les sacrements. Un jeune homme qui ne prie point, qui fuit la confession et l'Eucharistie, est incapable de résister aux séductions du vice ; au contraire, épanouissez cette jeune âme par les confidences filiales de la confession, vivifiez-la par la nourriture divine de la Communion et vous lui communiquerez une force infinie pour la pratique de la vertu. »
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Fa voilà le grand secret des Jésuites, voilà pourquoi ils enseignent soigneusement à leurs élèves, l'art de la prière et les encouragent à la fréquentation des Sacrements. Ils leur font même entendre la messe tous les jours, et cet usage est consacré par une expérience de trois cents ans. Un esprit superficiel dira peut-être que c'est du temps perdu pour les études. Si nous pénétrons au fond des choses, nous dirons : c'est un gain assuré pour l'éducation morale et même pour les études, car c'est ce qui donne la vie à tout le reste.
« L'éducation morale ainsi conçue a-t-elle atteint son but au collège Saint-Clément? Telle a été notre aspiration continuelle, et nous croyons pouvoir aflirmer que nos efforts ne sont pas demeurés stériles. En rentrant avec vous au foyer domestique, vos fils pourront prier avec vous, ils vous reviendront avec des convictions sérieuses, et aux progrès qu'ils ont pu faire dans les vertus morales, vous reconnaîtrez l'action vivifiante de la piété chrétienne. Persévéreront-ils dans ces heureuses dispositions ? C'est le secret de Dieu et de la liberté humaine. Toutefois, s'il est permis de juger l'avenir par le passé, loin de se tiétrir, ces vertus naissantes se fortifieront avec les années. D'ailleurs, pères et mères, vous le savez, quoique notre responsabilité expire sur le seuil de cette maison, notre amour et notre dévouement s'étendent plus loin : nous joindrons notre sollicitude à la vôtre; notre voix sera toujours écoutée parce que, comme la vôtre, elle est aimée. Ceux-là même qui auraient le malheur de s'écarter du droit chemin y seraient raiTienés tôt ou tard par le souvenir du bien perdu
et finiront par décrire cette courbe rentrante dont t
parle le comte de Maistre ; ils reviendront à cette foi J
pratique qui fera leur consolation dans Vàs,e mûr, v
comme elle avait fait le bonheur de leur adolescence. » )