CHAPITRE III
la rentrée de 1867, le R. P. Eugène Coué avait été désigné comme recteur de Saint-Clément pour remplacer le P. Stumpf. Pendant cette année, les Pères eurent une nouvelle occasion de témoigner leui" reconnaissance au vénérable Evèque de Metz. Mgr Dupont des Loges célébrait le vingt-cinquième anniversaire de son exaltation à l'épiscopat. Tous les Messins se rappellent avec quel éclat cette Tète fut célébrée, de combien de marques d'alfection et de vénération on combla le Prélat à cette occasion. On se souvient de l'immense afHuence de fidèles pressés pour applaudir au magnifique discours que Mgr Mermillod prononça à la cathédrale.
Le lendemain même de cette solennité, l'Evéque de Metz consacrait sa journée à saint Clément. A la messe,
p. STUMPF,
CHAP. III. — bKRNIERKS ANNEES DE SAINT-CLEMENT 2 17
Mgr Mcrmillod adressa la parole aux élèves. Il rappelait les moments qu'il avait passés a Metz, lors des fêtes de la béatification de Jean Berchmans. « Il y a deux ans, ajouta-t-il, je vous parlais de la vocation. Ma parole n'a pas été vaine, j'en ai des preuves bien consolantes. Plusieurs de nos jeunes auditeurs m'ont écrit depuis, que cette pensée de la vocation leur était toujours présente et qu'ils demandaient à Dieu la force de répondre à son appel. »
Après la messe, les élèves se rendirent à la maison de campagne. Vers cinq heures du soir, vingt élèves des cours préparatoires aux écoles militaires escortaient à cheval la voiture qui amenait l'Evèque de Metz, accompagné de l'Evèque de Strasbourg.
Les élèves et plus de deux mille personnes de la société de Metz les attendaient, placés sur les gradins d'un vaste amphithéâtre. ' Des lanternes vénitiennes sans nombre étaient suspendues aux arbres, et a mesure que la nuit tombait, leurs clartés brillant dans le feuillage donnaient à toute la scène un aspect féerique. Alors défila sous les regards de l'immense assemblée, un magnitique cortège de i5o personnages, divisés en cinq groupes et représentant les illustrations de Metz aux grandes époques de son histoire.
« L'époque gallo-romaine, celle de la conversion au
' Cette descripiiun est insérée dans une notice consacrée à Paul Chknakd df. IVIazierks, par le P. Didikrjean dans son ouvrage intitule : Elèves des Jésuites. Soiiyenii-s des collèges de la Comyagnie de Jésus en France, i85()-i S8o.
christianisme, avec un chef des druides, un proconsul romain et saint Clément, premier éveque de Metz; l'époque austrasienne , avec Dagobert, Charles-Martel, Pépin-!e-Bref et Charlemagne ; l'époque de la ville libre avec les deux comtes Folmar, Godcfroy de Bouillon et Henri de Porsaillis, maître-échevin ; l'époque de la réunion à la France, avec Henri H et François de Guise ; enhn l'époque du XVH^' siècle avec Fabert et Bossuet, passèrent successivement sous les veux, excitant le plus vif intérêt par la richesse et l'exactitude historique des costumes, comme par l'art habile qui présidait à cette évocation des gloires du passé. Des chants, solos ou chœurs, ingénieuseiTient placés dans la bouche des personnages, animaient toute la scène et contenaient des allusions délicates et flatteuses. D'unanimes applaudissements accueillirent les couplets adressés par saint Clément a l'Evéque de Metz; par Fabert, au général Guérin ; par de Porsaillis, à M. Léror, président à la Cour; par Bossuet, au clergé de Metz qui l'avait compté dans ses rangs; par Godefroy de Bouillon à la vieille cité qu'il avait protégée. On acclama surtout ces vers presque prophétiques, chantés par Charles Fourcauix , au nom de F'rançois de Guise au général d'Aurelles de Paladines, qui devait, deux ans plus tard, justifier si noblement, mais ailleurs hélas ! la confiance des Messins dans sa vaillante épée.
Quand rEspaf^nul, ennemi de la l'^iance, Contre nos murs, fit gronder le canon, Il s'y brisa; Guise par sa vaillance, De Metz-l^Lieelle a sauve l'écusson.
CHAP. III. — DERNIÏiRES ANNEES DE SAINT-CLEMENT 2ig
Si e:[uelejue jour, craignant d'être conquise Metz réclamait un défenseur nouveau, Ah ! puisses-tu, fier successeur de Guise, Te trouver là pour sauver son drapeau !
La fête se termina par un feu d'artirice. A la nuit, on regagna le collège traversant une partie de la ville, aux sons de la musique et à la lueur des torches. '
A la fête du R. P. Recteur, les élèves jouèrent un diame intitulé : le Proscrit ou Patrie el famille. ^ A la distribution des prix, le R. P. Rousselin, professeur d'histoire, prononça sur la formation morale de l'homme, un discours où la grandeur des pensées était relevée encore par la noblesse du style. Nous nous reprocherions d'omettre un touchant épisode de ce discours. Lorsque le P. Rousselin rappela, avec une charmante délicatesse, le souvenir des fêtes du 3o juin, célébrées avec tant de pompe et de lilial entrain, à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de la consécration épiscopale de Monseigneur, les applaudissements les plus chaleureux s'élevèrent de toute l'assemblée et prouvèrent une fois de plus combien Metz et Saint-Clément chérissent et vénèrent leur premier Père et leur Evéque.
Aussitôt après le discours du P. Rousselin, la proclamation des prix fut faite par le P. Juster, préfet des études. Comme leurs devanciers, les élèves de Saint-
' l/auteur, l'organisateur et le poète de cette soirée était le Père Chknard oe Mazieres, ancien élève de Saint-Clément et fils de l'un des premiers et des plus vaillants champions des idées religieuses dans la presse messine.
2 Voir Pièces justificatives, note 5y.
Clément avaient à enrei^istrer de nombreux succès : deux élèves reçus à l'école polytechnique, neuf à Saint-Cyr, le premier de la promotion de l'école forestière, 27 bacheliers ès-sciences, 47 bacheliers ès-lettres.
Le collège Saint-CMément , pendant l'année scolaire 1868- 1869 continue sa marche; les Pères admirent eux-mêmes l'ardente piété de leurs élèves et les témoignages d'attachement et d'affection qu'ils en reçoivent. A chaque instant, ils surprennent des actes de foi et de véritable et sincère dévotion ; on retrouvait vraiment la ferveur des premiers temps de saint Augustin. L'action des Jésuites dans la ville est aussi heureuse. On peut citer l'Œuvre des bons livres, à la fondation de laquelle les Pères Debrosse et Potot avaient attaché leur nom et qui fut lavivée sous le nom d'Œuvre de Saint-Michel, par le R. P. Félix, Cette association prospéra au-delà de toute attente et recevait chaque jour de nouveaux accroissements, non seulement à Metz, mais dans beaucoup de localités du déparlement. L'Œuvre des Allemands fondée et dirigée par les Pères Chable, La3^bach, Thro, dont l'organisation excita l'admiration du Cardinal Mathieu, l'Œuvre des pénitenciers militaires, celle des soldats, celle des forains, etc. En i8(h), la station de carême, prêchée à la cathédrale par le Père Lemoigne, eut un très grand succès.
La fête de saint Ignace fut célébrée avec grande so-. lennité, en présence de l'Evéque de Metz, par Mgr Dubar, vicaire apostolique du Tcheu-I\- oriental (Chine).
La distribution des prix donna l'occasion au P. de Week, professeur d'histoire, de prononcer un magni-
riquc discours sur Vhisioire ualionalc. Citons la conclusion de ce beau sujet dont le Père a su tirer les enseignements les plus profonds.
« Notre critérium en histoire c'est: i° Jésus-Christ, auteur de la loi divine, seul juge équitable des intérêts divers des nations ; 2" la France, dont les destinées ne peuvent être celles des autres peuples. — Jésus-Christ, France, voilà pour nous les bases de notre histoire nationale. Avec ces deux mots, nous apprenons à nos enfants, à respecter le passé, à être hers du présent, à espérer dans l'avenir. Car Jésus-Christ seul est le maitre du passé, du présent, de l'avenir. Et voilà pourquoi, sûrs de travailler infailliblement au bonheur et à la gloire de la France, nous redirons comme nos pères, au commencement de la loi salique : « Mve le Christ « qui aime les Francs ! Que Dieu veille sur leur royaume, (' qu'il répande sur leurs chefs la lumière de sa grâce, «qu'il protège leurs armées, qu'il fortifie leur foi, qu'il « leui- accorde les joies de la paix et une félicité durable « par l'assistance de Jésus-Christ, roi des rois ! »
Ce discours a fortement impressionné l'auditoire. On a remarqué sa logique ferme et continue, son élan patriotique, son éclat de st\ le. L'orateur s'exprimait avec âme et à certains passages il a produit une sorte d'effet électrique, très puissant, sur la masse entière des auditeurs. Nous voudrions pouvoir citer les passages principaux de ce remarquable discours, son début grave et solennel , le passage relatif aux fautes que pleurait Louis XW devant ses généraux, et le trait final adressant un hommage ému à l'Evéque de Metz.
Au mois d'octobre iSOc), le R. P. Constant Couplet, ;
remplaça comme rec.teur le P. Couc, L'année classique ■
fut prospère et donna d'excellents résultats. Aux fêtes ]
du carnaval, on représenta une pièce sur la Conjura- ^
tion d'Amboise. Les exercices du carême prêches à la ;
cathédrale par le P. Genévrier eurent leur succès accou- i
tumé. î
Les Pères continuent leur tâche qui est d'intiltrer ]
goutte à goutte dans le cceur des enfants, qui leur sont '
confiés, l'amour de Dieu et le sens chrétien. A l'homme s
qui travaille pour une rémunération pécuniaire, vous \
ne sauriez demander qu'un travail proportionné à la '
somme qu'il reçoit. Pour Dieu, on ne saurait imposer .^
de limite au sacrifice de celui qui se dévoue. Aussi, |
s quand l'un considère sa tâche comme terminée par la \
fin de la classe ou de l'étude, l'autre suivra l'enfant, \
prendra avec lui ses repas, ses récréations, abdiquant 't
les satisfactions personnelles pour ne chercher qu'à ;'
conquérir le cœur et la confiance de ses élèves. ^
L'exemple d'une vie de dévouement et de sacrifices , est à lui seul un enseignement qui laisse des traces \ dans les natures les plus pauvrement organisées. Aussi, ■; quel spectacle ne présente pas un établissement comme Saint-Clément où tout est prévu, tout est soumis à la règle, où tous aiment et respectent la règle. L'éducation ainsi comprise forme l'intelligence en apprenant à croire, le cœur en apprenant à aimer, la volonté en apprenant à obéir. %
Entrons dans ces salles d'études, tout est calme, tranquille, chacun est à son ouvrage. Si on lève les
CHAI', m. — DERNIÈRES ANNÉES DE SAINT-CLÉMENT 223
yeux, les regards s'arrêtent sur un crucifix, sur une statue de la Sainte Vierge et de suite les bonnes résolutions reviennent à la mémoire infidèle. Si l'on rencontre une difficulté, si l'on a une explication à demander, le surveillant est là, tout prêt à vous aidei', ne s'occupant que de ses élèves. On le voit passer et repasser le long des bancs, récitant son chapelet, en attendant que l'on implore son assistance. En classe, tout est disposé pour raviver l'intérêt, pour exciter une fructueuse émulation. Les insignes qui brillent sur la poitrine du premier et du second sont l'objet d'une lutte qui se renouvelle chaque semaine. Partagés en deux camps, ou formant une académie réservée à ceux qui font le plus d'elforts, chacun tâche de l'emporter sur ses rivaux. Le professeur, lui aussi est tout prêt à aider, à seconder ses élèves. A certaines heures, on est autorisé à aller lui demander l'explication d'un passage difficile, la démonstration d'un problème. Lui-même les appelle souvent pour leur donner quelque bon conseil et imprimer à leurs études une sage direction.
En récréation, tout est aux jeux, aux exercices violents ; les parties de barres, de balles, d'échasses s'organisent; les surveillants s'en mêlent, c'est à qui aura dans son camp de si vaillants jouteurs. En promenade, il en est de même. (3n se hâte d'atteindre, soit la maison de campagne, soit un espace assez vaste pour installer une partie de ballon ou quelqu'autre exercice exigeant un parcours plus considérable que les cours de récréation. Les heures s'écoulent avec rapidité et le
2 24 1-IîS JESUITES A METZ A
goûter qu'on a eu soin de faire apporter sur place î
interrompt à peine la partie commencée. i
A la chapelle, il n'y a ni fausse honte, ni respect j
humain. Oui v trouverait à redire? Est-ce ce camarade l
toujours et partout le premier de sa classe qui afliche , J
bien haut son titre de membre de la Congrégation de ]
Très Sainte Vierge? Est-ce ce surveillant qui a tout i
abandonné; souvent, grande fortune, beau nom, espé- 1
rances légitimes de positions enviées pour venir remplir ■■
ce métier pénible ? Il n'y a qu'une loi, qu'un but, qu'un *
cœur. Partout règne un ordre qui n'est pas seulement :|
le fait de la volonté du Père, mais le résultat de l'action |
réfléchie et voulue de l'enfant. Pas ou peu de puni- j
tions, l'élève qui n'a pas le c(eur assez large pour ac- 'i
cepter ce genre de vie ne peut rester dans cette maison. %
On n'entend pas dans cet asile béni, les rumeurs du |
dehors et cependant l'orage gronde. Dès iH?~, du haut v'
de la chaire sacrée de la cathédrale de Paris, comme 'i autrefois l'avait fait le Père Beauregard, le R. P. Félix avait fait entendre des paroles prophétiques. ' Depuis le mal n'avait fait qu'empirer.
L'abandon du Pape mit le comble à la mesure. La France a une mission en ce monde à laquelle elle ne saurait impunément se montrer infidèle ; Savone et Fontainebleau précédèrent Moscou et Waterloo, comme Casteltidardo et Monte Fiotondo ont précédé Metz et Sedan.
' Voir Pièces justificatives, note 58.
Le i() juillet 1870, la guerre est déclarée.'
Il n'y avait pas plus d'effroi à Saint-Clément que dans Metz; la nouvelle soudaine de la déclaration de guerre à la Prusse y avait excité de vifs transports d'enthousiasme à peine modérés par la préoccupation de l'avenir. Tous les cœurs palpitaient de patriotisme et de dévouement ; l'on ne pensait qu'aux moyens de se rendre utile aux défenseurs du pays. Les élèves consacraient leurs récréations à faire de la charpie. Les Pères se dévouaient dans les camps voisins de la ville au soin religieux des soldats qui arrivaient de toutes parts. Les supérieurs décidaient l'établissement d'une ambulance à Saint-Clément.
Le Père Recteur mandait en effet au R. P. Provincial, à la date du 20 juillet :
« Je viens d'écrire au maréchal-commandant à Metz que je mets à la disposition de l'intendance militaire, notre maison et notre personnel pour soigner les blessés.
« La campagne autour de Metz est devenue un camp immense. Nos Pères vont le visiter et distribuent aux soldats des médailles de la Sainte Vierge. Ces bons militaires sont avides de consolations religieuses ; quand ils voient paraître un Père, ils se précipitent en masse
• Pour ce ejui concerne Saint-Clément pendantvle blocus de Metz et Toccupation allemande, de fréquents emprunts ont été jaits au R. P. DiDiERjKAN, Souvenirs de Met:;; aux Lettres annuelles des Pères de /a Compagnie et à un Journal écrit par un ancien élève du collège de Met^, le Père Léon Bastien.
2 26 LES JÉSUITES A METZ i
vers lui pour obtenir une médaille, qu'ils suspendent ^
immédiatement à leur cou et portent ostensiblement. i:
Ils viennent aussi se confesser en assez grand nombre. ^
Ils se plaignent de n'avoir pas d'aumôniers. La présence ^
du prêtre, disent-ils, nous encouragerait parce que ..^
nous serions sûrs de ne pas mourir comme des chiens.
Aussi pressent-ils nos Pères de les accompagner. »
Avec quelle joie, les Pères eussent accédé à ce désir qui était aussi dans leur cœur! Il n'en est pas un seul qui n'ambitionnât ce ministère ; malheureusement leurs demandes ne furent pas exaucées. Malgré les offres | réitérées de service, les Jésuites furent tenus en dehors }{ des cadres de l'aun^iônerie militaire. Ces cadres étaient, y du reste dépourvus de toute organisation, incomplets \\ et insuffisamment pourvus. Sans autre titre que leur | zèle, les Pères de Saint-Clément ne laissèrent pas du | moins de se dévouer, autant qu'il leur fut permis, au bien religieux des troupes.
Les élèves voulurent partager cet apostolat des camps ; ce fut l'occupation et la joie de leurs promenades qui n'eurent plus d'autre but. La troisième division se distingua par son zèle et conquit une vraie popularité. Touchés de leur jeunesse, les soldats accouraient en foule autour de ces enfants; ils écoutaient avidement leurs exhortations naïves, parfois hardies et acceptaient avec empressement leurs pieux cadeaux. Au départ de la division, on en vit chaque fois plusieurs groupes se rendre à sa suite à l'église du collège pour se réconcilier avec Dieu dans la confession.
Depuis dix-huit ans, les chefs de la garnison de Metz
avaient rivalisé de bienveillance et d'amitié pour Saint- Clément. Alors, plus que jamais, le collège devint le rendez-vous du monde militaire. On voyait chaque jour apparaître dans les cloîtres des uniformes de toutes sortes ; c'étaient des soldats, des officiers de tous grades, des généraux, des maréchaux même, dont la plupart venaient demander aux Pères les secours religieux qui rendent les cœurs plus vaillants. Parmi eux, les Jésuites eurent la joie de voir accourir, comme chez eux, un grand nombre d'anciens élèves des divers collèges de la Compagnie, restés fidèles à leur éducation et dévoués à leurs maîtres. Ceux-là, plus que tous les autres, furent accueillis avec affection.
La correspondance du R. P. Recteur continue à nous dépeindre la situation de Saint-Clément, pendant ces jours où, comme on l'a dit, le cœur de la France battait à Metz.
« Le 25 juillet : ule commandant d'un des corps d'armée s'est montré très touché de ma proposition en faveur des blessés. Il a lu ma lettre à ses généraux réunis et m'a fait une réponse où il me remercie de cette offre «qui témoigne, écrit-il, de vos sentiments de dévouement à la patrie, d'abnégation et de charité chrétiennes. »
« Nos élèves, la classe de rhétorique en tète, nous prient de consacrer aux blessés l'argent destiné à leurs prix. La pétition est trop belle et trop généreuse pour n'avoir pas un plein succès. Au milieu du bruit et des agitations qui nous environnent, vous pensez bien que
les élèves travaillent fort peu. Je laisse partir ceux que j
leurs parents réclament. » )
Le 28 juillet : « il devient difficile de retenir plus long- .; temps les élèves. Toute étude est impossible, si près
du théâtre de la guerre, nulle tête n'est à l'abri d'exal- '■
tation. Je me vois forcé d'avancer le départ et de le l
fixer à mardi prochain. » 1
«Toute la garde est arrivée. C'est toujours le même j
entrain religieux. On dit que l'administration munici- i
pale nous jalouse. ' Elle se montre mécontente de nos '
rapports avec les autorités militaires et aussi de i'heu- \
reux effet produit en ville, par l'offre de Saint-Clément, i
comme ambulance. » \
Le i*^'" août: «nos élèves partent ce soir et demain -^
matin. Nous nous sommes décidés, sur leur demande, •,'
à supprimer la distribution des prix. Nous donnerons '*
à chaque lauréat une attestation illustrée indiquant le i
nombre de ses prix et l'acte d'offrande à l'armée. — t
Nous allons nous mettre tout de suite en état de rece- î
voir les blessés. Toute la garde est encore à Metz; elle |
partira incessamment. Le mouvement religieux des ^
troupes continue à être admirable ; nos Pères font tout i
ce qu'ils peuvent pour le seconder. »
Le 8 août : « nos Saint-Cyricns partent pour Paris
avec le Père Cosson. L'armée prussienne est à Boula}', ^
à cinq lieues de Metz. Serons-nous enveloppe's demain ]
' L'administration municipale avait été élue, le 22 juillet i865, sous la pression administrative du Préfet Jeanin et grâce à Tabstention de la majorité des électeurs.
OU après ? Nous l'ignorons. Nos embarras commencent, nos créanciers réclament, nos fournisseurs nous resserrent et nous sommes à bout de ressources pécuniaires. La Providence y pourvoira sans doute ?
Le 0 août : « les événements se précipitent. Tout se prépare en prévision d'un siège. Je vous envoie nos Pères scholastiques. N'étant pas prêtres, ils ne pourraient guère rendre de services; puisque nos provisions sont trop restreintes, leur présence hâterait inutilement le moment de la gène. Enfin, nous recevons aujourd'hui une certaine quantité de farine. Deo G7\jtias ! ))
Le 14 août, à dix heures du soir : « je vous écris en veillant nos blessés, car nous en avons cent-cinquante depuis deux jours, et nous les veillons à tour de rôle. Outre nos i5o blessés, nous avons eu à loger le maréchal Canrobert avec tout son état-major, son intendance, etc. . . Canrobert a été charmant de courtoisie. Une partie de son monde est encore la et voici qu'on vient demander sa place pour le général de Laveaucoupet, avec son état-major et son intendance. On annonce que Bourbaki a choisi notre maison de campagne pour son quartier-général. »
Le i5 août: «cinq de nos Pères ont passé la nuit sur le champ de bataille de Born}', confessant, administrant les moribonds, "présidant à leurs funérailles. Ils ont rempli un laborieux et fructueux ministère. Monseigneur l'Eveque avait confié au clergé des paroisses le soin religieux des ambulances de la ville. Les curés ne pouvant suffire me demandent du secours;