‹ Les Jésuites à MetzChapitre 28 sur 107 · do · texte numérisé non relu

do

Joseph de Goite, né à Napoléon-Vendée, lo déc. 1844, élève de Saint-Clément i86i-()4, Saint-Cyr 1864, sous-lieutenant au 2"' zouaves. Tué à Wœrth 6 août

Camille de Goiirjaiilt, né à Mézières, 24 mars 1845, élève de Saint-Clément i83(')-5(), lieutenant au S*-' hussards. Mort 19 juin \X-j2 des suites de la guerre.

Léon Hanriou, né à Tulle, i5 juillet 1849, ^l^ve de Saint-Clément 1 N()3-()7,Saint-C\'r i 807, sous-lieutenant d'état-major iNImj. Tué au Bourget 3o octobre 1870.

Mieliel Hème, né à Thoré (I.oir-et-Cher), 24 oct. i85i, élève de Saint-Clément 1861), engagé volontaire, caporal au 3'' bataillon de marche de chasseurs. Tué à Villerceaux 14 déc. 1870.

Paul Hein-y, né à Metz, 23 oct. 184N, élève de Saint- Clément i(S(u), engagé volontaire au ii"-' dragons, maréchal-des-logis, porte-fanion du général de Ladmirault. Tué à Gravelotte i<S août 1870.

Charles Hérard, né à Metz i84(), élève de Saint-Clément 1 858- 1863, garde mobile de Metz, décoré de la médaille militaire, lieutenant de mobiles (armée du Nord). Tué 1871.

Augitsle Herbiu, né à Strasbourg, 28 déc. 1841 , élève de Saint-Clément 18S4-39, garde-mobile à Strasbourg. Tué à Strasbourg octobre 1870.

Joseph Ro^ée d'Iiifrerille, né à CreuUy (Calvados), élève de Saint-Clément i(S()i-()7, Saint-Cyr 1NG7, sous-lieutenant d'infanterie. Tué 1 N7 i .

[Robert le Jumeau de Kergaradee, né à l'aris, 5 mai 184^, élève de Saint-Clément i<X(M)-hi, Saint-Cyr

CHAP. m. — DERNIERES ANNEES DE SAINT-CLÉMENT 25 I

1864, lieutenant au 78' d'infanterie. Tué à W(crth () août 1870.

Paul Klein, né à Metz, 6 juin 1842, élève de Saint- Cnément 1852-62, avocat à Metz, volontaire détaché au.\ ambulances de Metz où il est mort le 20 janvier

Paul Lacour, né à Bruyères, 2() janvier i852, élève de Saint-Clément i8()5-(7, garde mobile 1870. Tué à Belfort 1871.

Maurice de LardciJielle, né à Puxe (Moselle), 5 juin 1847, élève de Saint-Clément i855-64, Saint-C^r 1867, sous-lieutenant au 94^ de ligne. Mort à Metz 22 août

Odon de MeclceNlieiin,n(id Diozières (Loir-et-Cher) 1844, élève de Saint-Clément 1862-63, volontaire pontifical 18(37. Tué à la bataille du Mans i 1 janvier 1871.

Maurice du Pont de Rouiémont, né à Nancy, 14 déc. 184g, élève de Saint-Clément i864-6(), maréchal-deslogis au 5*-" chasseurs à cheval. Mort prisonnier de guerre 16 déc. 1870 à Wittemberg.

Casi>nir de Pajfélis-Soissaiis, né à Cavaillon, 28 février 1848, élève de Saint-Clément 1866-68, Saint-Cyr 1868, sous-lieutenant au [)[f de ligne. Tué à Reichshoffen 6 août 1870.

Olij'ier de Saillr, né h Metz, 20 juillet 1848, élève de Saint-Clément i8()3-67, Saint-Cyr 1867, sous-lieutenant au 44^' de ligne. Tué à Saint-Privat 18 août 1870.

Viri^'ile Sibille, né à Herny (Moselle), élève de Saint- Clément 1 86)3-66, Saint-Cyr 1866), sous-lieutenant d'infanterie. Tué 1871.

Ulric Stoffels, né à Warsberg (Moselle), 23 sept. 1S46, élève de Saint-Clément iS55-hb, Saint-Cyr 1866, sous-lieutenant au (jS'" de ligne, chevalier de la Légion d'honneur. Mort à Metz des suites de ses blessures le i3 octobre 1 870.

Anatole Thiriet, né à Metz, ("> mai 1843, élève de Saint- Clément 1852-55, zouave pontifical i8()7, sous-officier au 4"' zouaves 1870, blessé à Paris. Mort à Metz 2 5 août 187 I .

Edmond J^ailLiiit, né à Metz, 23 février 1-^48, élève de Saint-Clément i855-()i, franc-tireur de Metz. Tué à ^'^an^' 2 3 sept. 1 870.

Joseph de l^aubernier, né à I>aval 26 janvier 1845, élève de Saint-Clément i85c)-62, zouave pontifical 1867. Tué II janvier 1871 a la bataille du Mans.

A ces noms il est juste d'ajouter ceux des élèves tués dans d'autres expéditions :

Laufranc de Beeeary, né à Ancy-sur-Moselle, 2 mai 1844, élève de Saint-Augustin iX52-55, zouave pontiUcal 1857. Tué a Castelfidardo i8()i.

Paul iJoynely né à Torchamp (Orne), i 3 juin 1847, ^lève de Saint-Clément iN<)("), zouave pontifical, Chevalier de Pie IX. Tué à Mentana 1N67.

Léon Coulon, né à Saint-Omer, 28 juillet 1840, élève de Saint-Augustin i(S52-55, médecin de la marine militai le. Mort au Mexique iNi^^.

Hitmbert Ferrand, né h Belley, 23 avril 1N45, élève de Saint-Clément iN(')3-(')5, Saint-Cyr i<S()5, chef de bataillon des tirailleurs sénégalais. Mort au Sénégal

CHAP. m. DERNIÈRES ANNÉES DE SAINT-CLÉMENT 253

Joseph de Larminat, né à Bcaurieux (Aisne), 2 fcv. i852, élève de Saint-Clément i8(j2-(38, école navale iHCx), lieutenant de vaisseau. Mort au Tonkin iN85.

Henri Maugin, né à Commercy, irS oct. 1837, élève de Saint-Clément i8()r)-(39, lieutenant au 1.4.3^' de ligne, chevalier de la Légion d'honneur. Tué à Lang-Son 2(5 mai i885.

Charles Marin de la Haye, né à Versailles, 28 avril i85o, élève de Saint-Clément i86()-r)8, capitaine au i'"'' régiment étranger. Tué au Tonkin 12 octobre 1S88.

Augnste de Mayerhofl'en, né à Metz, 3 i juillet 1 856, élève de Saint-Clément i8r)5-(")7, capitaine adjudant-major au 2"^ régiment étranger. Tué à Chin-Hoa (Tonkin) 7 février i8r)i .

AlheiH Thomas de Colligny, né à Sarreguemines, 3i mars 1855, élève de Saint-Clément i8()3-72, capitaine au 3"' bataillon de tirailleurs algériens. Tué au Tonkin 28 octobre i 885. ^

Après l'annexion, l'existence même de Saint-Clément semblait menacée. Dès les premiers jours, la suppression du collège avait été résolue dans les conseils de l'administration allemande. Une intervention aussi généreuse qu'inattendue vint modifier cette résolution. Ce fut celle d'un médecin anglais, excellent catholique et cœur dévoué, accouru dans Metz, dès le début de la guerre, pour secourir nos blessés. D'après lui, il était

' Voir Pièces justificatives, note 60.

2 54 l'E^ JÉSUITES A METZ

iinpolitie]ue au premier chef de détruire une école chère aux Messins, alors d'autant plus aimée qu'elle était leur unique ressource pour l'éducation de leurs enfants. Pourquoi froisser ainsi gratuitement et sans nul profit, le sentiment d'une ville entière, déjà si profondément atteinte par les derniers évèneiTients ? Les Pères étaient populaires. Leur dévouement et leurs services avaient mérité dans Metz l'aûection de toutes les classes. Les chasser, c'était provoquer l'émigration en masse de la société dont ils élevaient les fils. Qu'avait à craindre le gouvernement prussien du maintien de Saint-Clément?

Le Préfet de la Lorraine, le comte Henkel de Donnersmarck, grand seigneur cosmopolite, habitant Paris six mois de l'année, membre du Jockey-Club, était arrivé à Metz avec la conviction qu'il allait rallier immédiatement la population au nouvel état de choses. Pour lui, il comptait recevoir des Messins, un aussi bon accueil que celui qui avait été fait par les populations rhénanes aux administrateurs français du premier empire. Tout porté à la conciliation, il fit valoir auprès du gouvernement l'opinion du médecin anglais.

Ces considérations prévalurent ; aussi un Père écrivait le 3o mars :

«Notre existence à Metz semble dorénavant assurée. Aujourd'hui même le Secrétaire Général de la Préfecture est venu déclarer au Père Recteur que non seulement nous pouvions continuer notre œuvre en toute liberté, organisant à notre gré l'enseignement, mais, que même, on nous priait de le faire dans l'intérêt de la ville et du pa^^s. » Ajoutons qu'une lettre officielle du

Commissaire pour l'instruction publique pour l'Alsace Lorraine fut remise au mois d'avril par le nouveau Préfet, Baron de Kœnneritz, confirmant cette déclaration et reconnaissant ces mêmes droits.

Nous n'essaierons pas de redire la mission toute de charité et de dévouement que les Pères eurent à remplir au milieu des populations soumises à une domination abhorrée. Que d'âmes abattues, découragées, à relever par les pensées de la foi ! que d'infortunes de toutes sortes à secourir! Ils s'y emplo^'èrent sans relâche. De loin aussi, on faisait appel à leur zèle, qui dut franchir les obstacles et les frontières. C'étaient des services réclamés par nos soldats et nos officiers pendant leur captivité ou depuis leur retour; d'autres fois, c'étaient les angoisses de mères, de femmes chrétiennes qu'il fallait adoucir en transmettant les détails recueillis sur les derniers moments de fils ou d'époux tués dans les combats sous Metz ; plus souvent encore, c'étaient de chères dépouilles qu'on devait rechercher, exhumer péniblement des champs de bataille, afin de procurer à des familles en deuil une dernière consolation.

Au saint jour de Pâques, Metz souffre d'une peine encore plus grande; la résurrection qu'elle attend avec une fiévreuse impatience semble toujours s'éloigner. Mais, pendant ce temps, la foi des habitants croît de jour en jour et chaque nouvelle occasion en offre d'admirables témoignages.

Le carême prêché à la cathédrale par le Père Monsabré attirait autour de la chaire chrétienne tout ce que la ville contenait encore de Messins. A ces réunions,

on se comptait, on remarquait les vides nombreux ]

produits par l'exil volontaire ou forcé, on adressait ! d'ardentes prières au ciel, cherchant avec anxiété, dans

l'illusion de cœurs pleins d'espérance, à entrevoir ^

quelques ra3'ons de lumière dans les ténèbres qui nous ,

environnaient. Les adieux du P. Monsabré, répondant '

à ces anxieuses préoccupations, provoquèrent un fré- \

missement, qui, malgré le respect du lieu saint, se j

traduisit pai' un de ces mouvements que n'oublieront \

jamais ceux qui en furent témoins. \

Cependant le collège semblait sortir de l'état précaire ';

où l'avait réduit les événements. A la rentrée de Pâques, i

cent pensionnaires vinrent de l'Alsace, de la Lorraine ■

et de toutes les contrées de l'Est rejoindre leurs maîtres; j

avec les cent vingt externes que fournit la ville, ils |

repeuplèrent les classes et les exercices scolaires re- j

prirent leur cours habituel. Malheureusement le caserne- \

ment militaire, qu'on dut subir jusqu'à la fin de l'année, ^

occupait la moitié de Saint-Clément: l'externat, le \

bâtiment des classes, les réfectoires, les cours étaient au ]

pouvoir des soldats prussiens et les élèves durent se i

trouver constamment au milieu d'un camp ennemi. |

Cette situation ne cessa de causer une çrande ^ène, :

parfois même créa des périls, qui rappelaient les plus j

mauvais jours de l'occupation. Un élève donne fidèle- j

ment dans une lettre le récit d'une rixe qui épouvanta ^

Saint-Clément et frappa de stupeur la ville entière: \

«Les autorités militaires avaient promis que nous ■

n'aurions plus de Prussiens à loger; on venait même i

de nous rendre nos cours et nos classes. Le i i juin, en '•

dépit de cette promesse, un bataillon entra pendant la récréation de midi. Or, ce bataillon se composait de Brandebourgeois et de Poméraniens, race grossière, particulièrement laide et malpropre. Les officiers étaient aussi désagréables que leurs soldats. Le lendemain de leur arrivée, l'un d'eux vint se plaindre pendant la récréation au Père Surveillant que les élèves faisaient trop de bruit. Le Père feignit de ne pas comprendre et l'officier s'en alla furieux. Les Prussiens commencèrent alors à tracasser les élèves, crachant sur eux et leur jetant de l'eau sur leurs habits. Voj'ant qu'on ne répondait pas à leurs insultes, ils résolurent d'attaquer. Mardi dernier, pendant la récréation de midi, ils crurent l'occasion favorable. Les externes étaient absents, les Saint-G} riens au manège et la plupart des autres grands étaient aux répétitions de musique et de la sacristie; il 3' avait donc en tout dans la cour, une cinquantaine d'élèves dont quatre ou cinq grands seulement et trois Pères. Il y avait de quoi exciter l'ardeur de ces nobles guerriers; jamais, ils n'avaient eu occasion de battre des Français avec un si grand avantage numérique.

« Après quelques coups de poing perdus, ils empoignent Maurice Neuville qui venait au milieu d'eux ramasser sa balle, l'acculèrent contre le mur du gvmnase et commencèrent à le frapper avec les bâtons crochus dont les élèves se servent pour le jeu de balles. Le Père Mctor Stumpf s'élança, en saisit un au collet et le colla, lui aussi, contre le mur. Alors plusieurs prussiens se jettèrent sur lui et l'un d'eux lui assena par derrière sur la tête un coup de bâton tel qu'il l'aurait assommé si sa birette

ne l'avait protégé. Il parvint néanmoins, grâce au secours •

de Foch et de quelques élèves à se tirer de la bagarre v

avec Neuville et Odinet ; ce dernier avait été renversé ■

par les Prussiens et à moitié assommé à grands coups \

de poing sur la tête, non sans se défendre énergique- ^

,1 ment. Pendant ce temps, Poncin avait terrassé un ]

allemand qui ne fut pas à son aise pendant la bataille. Le Père Patris y était aussi, mais sa taille le fit ] respecter, les Prussiens n'aiment pas à s'attaquera ces gens-là. La mêlée s'étendait à toute la cour, elle menaçait ^ de devenir sanglante, plusieurs soldats tiraient leurs ^ couteaux et d'autres allaient chercher leurs armes. ..i Heureusement on prévint les Pères qui se promenaient >?' dans le cloître. Tous accoururent, se mirent entre les î assaillants et les élèves, et entourant ces derniers comme '^ d'un cordon de sûreté les firent au plus vite sortir des 5 cours; puis on ferma les barrières. Plusieurs Pères | furent brutalement frappés pendant ce mouvement de | sauvetage. Comme de juste, les officiers étaient absents | au moment de la bataille; les sous-ofticiers n'osèrent | retenir leurs hommes, ni même se montrer. Des Pères 1 allèrent les trouver sur le champ dans leurs retraites, .i et se plaignirent hautement d'une si lâche aggression, dont ils rendaient responsable leur négligence. LTn chef qui survint par hasard prit l'affaire à cœur et nous rendit justice. Les soldats furent immédiatement consignés sous les hangars et vers la fin de la récréation, nous } reprîmes devant eux possession de nos cours, en poussant des cris de triomplie.

«Vingt-quatre élèves portaient la trace des coups

CHAP. III. DERNIÈRES ANNÉES DE SAINT-CLÉMENT 2bg

qu'ils avaient reçus. Neuville et Odinet avaient des blessures saignantes ; heureusement aucune n'était grave. Sans retard, on conduisit au palais du gouvernement les vingt-quatre contusionnés, voulant faire constater les preuves de la brutalité des soldats. Ils ne furent pas reçus, mais on remit un mémoire, contenant avec des plaintes trop légitimes, une énergique réclamation contre la continuation du casernement. Qu'en adviendra-t-il ? Pour qui connaît le fétichisme militaire qui existe outre Rhin, il ne serait pas étonnant de voir le jugement clos par la sentence connue : Les battus paient l'amende. »

L'affaire n'eut pas cette conclusion par trop arbitraire. Si le logement des troupes ne cessa d'être imposé à Saint-Clément, l'autorité prit du moins des mesures pour maintenir parmi elles une exacte discipline et prévenir le retour de pareilles scènes de sauvagerie.

Au milieu de ces difficultés journalières, peutêtre à cause d'elles, nous dit le Père Didierjean, les élèves prirent à tache de consoler leurs maîtres par leurs vertus. Le travail, la régularité, l'obéissance, un charmant esprit de famille ne cessèrent de régner parmi eux. Les tristes événements qui se déroulaient sous leurs yeux semblaient les avoir mûris avant l'âge. Jamais ils n'avaient si bien compris l'importance d'une éducation toute virile et chrétienne, seule capable de les rendre utiles au relèvement de la patrie.

Les fêtes religieuses se succédaient, apportant à la population messine le seul adoucissement possible à la

26o LES JÉSUITES A METZ M

douleur amère qui les étreignait. Le ii juin 1871, le f

diocèse était consacré solennellement au Sacré-Cœur f

de Jésus ; ce fut une véritable explosion de foi, exaltée ^

par la solidarité du malheur et du patriotisme. Le ^

Maire, le Conseil municipal, tous les Messins suivaient |

le Saint-Sacrement porté triomphalement dans les rues |

de la cité. L'Evèque avait formellement refusé l'escorte j

et la musique des régiments Bavarois; les pompiers -;

de Metz, en grand uniforme, formaient la haie et leurs j

clairons redisaient les vieilles sonneries françaises qu'on |

n'avait plus entendues depuis le jour de la capitulation.

En même temps, la Mutte remplissait les airs de sa

voix majestueuse : la population était comme trans- ':

figurée dans cette atmosphère de prières et d'encens. '■»

Le 1(3 juin, jour où la catholicité acclamait Pie IX |

atteignant les années de Pierre, c'est à Saint-Clément ^

que la procession déplo3^a ses splendeurs en traversant |

les cloîtres et les cours. Pour avoir un caractère plus -*

intime, cette cérémonie n'en était pas moins émou- .^

vante, car, à l'abri des regards indiscrets, la piété unie i

au patriotisme pouvait plus librement se donner ;

carrière. )

Le double amour de l'Eghse et de la France lut |

l'énergique stimulant de la piété des élèves, qui, alors, -\

plus que jamais, se montra sérieuse, active, suggérant |

de nobles pensées, produisant le dévouement et la ;

fidélité au devoir. Saint-Clément avait salué par de J

joyeux transports, cette fête du i() juin, unique dans 5

l'histoire, providentielle consolation donnée à l'Eglise |

universellement persécutée, récompense divine réservée j

au Souverain Pontife si cruellement éprouvé. Les élèves qui faisaient partie de la Congrégation de la Sainte-Vierge y virent l'occasion d'affirmer l'atTection traditionnelle des élèves des Jésuites pour le Saint- Siège.

« Le I I juin, lisons-nous dans le livre de leurs délibérations ' la Congrégation ne pouvant oublier que le lô de ce mois, l'immortel Pie IX termine la vingtcinquième année de son glorieux pontificat, résolut, avec l'approbation du P. Directeur, d'envoyer à Rome, une adresse qui put consoler au fond de sa prison du V^atican, le Père commun des fidèles. Composée par le Préfet, le premier assistant et le secrétaire, signée par les h8 congréganistes de l'hnmaculée Conception et par 55 membres des autres congrégations, cette adresse fut envoyée à Rome le i3 juin. En voici la traduction: Très Saint Père,

« L'an dernier Votre Sainteté daigna accueillir avec bienveillance, présenté par l'un de nous,^ l'hommage

' Voir Pièces justificatives, note Gi.

•' Au uiois d'avril 1S70, la Coni^régation de Notre-Dame des Anges avait envove au Souverain Pontife une adresse qui lui fut présentée et lue par Dom Miguel de Bragance, alors élève de Saint-Clément et membre de cette Congrégation. Pie IX daigna écouter cette lecture avec une gracieuse bonté; par de fréquentes approbations, il témoigna qu'elle lui était agréable. Quand elle fut terminée, il prit le papier, traça du doigt un signe de croix sur cliaque signature et écrivit au bas de l'adresse les paroles latines qui suivent: Die 3o aprilis 18-0.

Dik'Ctissimi filii, rogo Deiiiii ut vos benedicat, et beiiedicjt pariter corda et inlelligentijs veslras, seiuper anibiiLjnles in Chris to Jesii. ' Pi'is P- P- J^-

202 l.ES JESUITES A METZ

de notre filial amour. Voici qu'un nouveau bienfait de a

la divine Providence nous ramène à vos pieds, pleins \

de reconnaissance et d'espoir. \

«Vous avez vu les années de Pierre! Quand tout \

l'univers catholique tressaille de joie, permettez, très \

Saint Père, à vos enfants de Saint-Clément de Metz, |

de venir, au milieu de leurs patriotiques douleurs, i

dans le nombre restreint que la tempête a permis de .^

rassembler, vous exprimer encore les sentiments d'ad- \

miration et de dévouement qui débordent de leurs '

jeunes cœurs. \

« Nous bénissons Dieu de toute notre âme d'avoir ,'■

réservé à son Eglise, en nos temps malheureux et i

troublés, un si vaillant et si magnanime Pontife. L'Ini- \

maculée Conception de Marie proclamée, la condam- ■'',

nation vigoureuse et constante des erreurs modernes, '\

la foi catholique propagée sous tous les cieux, la puis- :

santé protection de saint Joseph donnée à l'Eglist; uni- <

verselle, la réunion du saint Concile du Vatican et ^

surtout la déclaration dogmatique de l'inlaillibilité du î

Vicaire de Jésus-Christ, splendide couronnement d'un *\

admirable pontificat: voilà les motifs de nos actions de \

grâces et de notre allégresse catholique, à ce terme de |

vingt-cinq années que nul Pape n'atteignit avant vous. ^

« Sans doute, très Saint Père, les déplorables cllets /

de la haine des impies viennent assombrir notre joie. î

Nous connaissons leurs iniques spoliations et l'indigne }

captivité où ils ont réduit votre personne sacrée. ;

Aussi, de toute l'énergie de notre àme, nous protestons

avec Vous contre cette criminelle violation de tous les }

droits. Ah! Jésus ne semble avoir prolongé les années de Votre Sainteté que pour lui donner une plus grande part aux amertumes de son calice. Mais, nous le savons, la persécution soulferte pour la justice est la suprême gloire des Papes et le plus ferme fondement des espérances de l'Eglise.

« Nous ne cessons d'implorer Dieu qu'il hâte la délivrance de notre Père. Au jour béni du i() juin, fête du Sacré-Cœur de Jésus, nous ferons tous. la sainte Communion, demandant à notre Seigneur d'abréger pour Votre Sainteté les jours de l'épreuve et de nous rendre bientôt témoins de son triomphe; heureux s'il est donné à plusieurs d'entre nous d'y contribuer, même au prix de leur vie, comme l'ont fait nos aines de Castelfidardo et de Mentana.

«Nous osons, très Saint Père, solliciter de votre bonté paternelle pour chacun de nous une spéciale bénédiction qui fera la joie et sera la force de notre jeunesse. »

Un second acte, manifestation de la piété des congréganistes, eut lieu le 29 juin dans la chapelle de la Congrégation magnihquement ornée. Renouvelant à Saint-Clément la cérémonie que l'Evéque de Metz avait accomplie lui-même en vouant son diocèse au Sacré- Cœur, les élèves de Saint-Clément, car presque tous alors faisaient partie de la Congrégation, prononcèrent au milieu de l'émotion générale un acte d'amende honorable qu'avaient rédigé quatre élèves du cours de sciences.

Les salutaires impressions produites par de tels actes

demeurèrent vivantes dans les cœurs, pendant que Tannée scolaire achevait son cours. La piété est utile à tout et procure même les biens du temps ; on en eut une preuve nouvelle dans les succès qui couronnèrent les travaux des élèves.

Une correspondance de Metz, envo3'ée à ï Espérance, journal qui paraissait à Nancy, les résume ainsi :

« L'année qui vient de s'écouler au milieu de tant de vicissitudes a été, comme les précédentes, une année, de succès pour Saint-Clément. Sur cinq candidats présentés aux examens de l'école polytechnique, quatre ont été déclarés admissibles, trois ont été définitivement admis, l'un d'eux avec le numéro (). Deux élèves préparés pour l'école centrale ont été reçus. Les vingt élèves admissibles à l'école militaire qui n'avaient pu subir, en 1870, les examens oraux à cause de la guerre, vont entrer prochainement à Saint-Cyr. De plus, 62 élèves ont été reçus bacheliers ès-lettres durant l'année scolaire et 33 bacheliers ès-sciences. De pareils succès dispensent de tout commentaire. »

Le 21 juillet 1871, le R. P. Couplet quitta Saint- Clément pour aller diriger le nouveau collège que la Compagnie de Jésus établissait à Boulogne. C'est le Père Stumpf qui fut désigné pour le remplacer.

On avait vu partir de Metz, avec une grande tristesse, le fondateur de Saint-Clément. Sa santé, altérée par d'excessives fatigues, avait forcé ses supérieurs à l'envoyer chercher au loin un climat plus doux. Il avait passé l'année iX(î() en Algérie. Là tout en prenant une large part aux travaux apostoliques de Mgr Lavigerie

qui l'estimait et l'aimait, il avait continué à exercer sur ses anciens élèves une action qui se manifestait par une correspondance incessante. Sa direction paternelle soutenait les uns, encourageait les autres, venait à l'aide de tous par ses conseils et par les témoignages juultipliés de son affection.

La guerre éclate, trois cents enfants de Saint-Clément se trouvaient sous les armes, devant l'ennemi, soit comme officiers, soit comme volontaires. N'a\ant pu prendre part aux dangers et aux fatigues de sa communauté, le P. Stumpf obtint d'être envoyé en Allemagne comme aumônier de nos soldats prisonniers. Il pénétra dans les camps, dans les forteresses où ils étaient détenus, dans les hôpitaux où ces malheureux, épuisés de fatigues, de douleurs et de mauvais traitements, sans nouvelles de leurs familles, sans secours religieux, mouraient par milliers, succombant au désespoir de leur défaite et de leur abandon. Bravant la contagion des maladies et trop souvent le mauvais vouloir des autorités prussiennes, il restait comme un trait d'union entre la France mutilée et vaincue et ses défenseurs malheureux. Il prodiguait à tous des secours spirituels et corporels, se faisant mendiant pour scjulager les misères poignantes dont il était le consolateur. Sa conduite l'avait entouré d'une telle auréole de courage et de dévouement qu'on jugea que, lui seul, serait capable de remplir la douloureuse mission de défendre le collège Saint-Clément contre les envahisseurs.

Peu de jours après l'arrivée du nouveau Recteur, eut

266 LES .lÉSUITKS A METZ i

heu la distribution des prix. La grande salle étant en- '. core au pouvoir des troupes allemandes, on dut se réunir

dans le dortoir situé au-dessus de l'église. La solennité j

fut simple et modeste, ne rellétant aucune des splen- ; deurs du passé, en complète harmonie avec le deuil présent.

Le Père Stumpf, répondant à des inquiétudes trop ' Justifiées, déclaia que les Pères avaient le droit et la volonté de rester à Saint-Clément, continuant d'oftrir ' à la jeunesse du pa}s une instruction française et une ■ éducation chrétienne. La ville entière accueillit cette ^ annonce avec des transports de joie dont nous rctrou- j vous l'écho dans un article envo\é par un Messin à un î journal de Nanc\' : «Je vous communique la nouvelle du \ jour qui réjouit tout notre pauvre Metz : nous conser- , vous les Révérends Pères Jésuites et l'école Saint-Clément. Nous avions craint un instant la tianslation de \ cet établissement à Nancy; nos appréhensions ont dis- i paru. Les Pères partageront notre sort, aussi longtemps ' que la Providence le leur permettra : Metz leur en j gaideia une éternelle reconnaissance. Que Dieu nous 1 laisse longtemps l'école Saint-Clément ! Les familles : chrétiennes ne cessent de le lui demander!» j

La nouvelle année scolaire s'ouvrit le 4 octobre icSyi -j

sous (.le rassurants auspices. Le casernement des troupes j

de passage venait d'elle supprimé ; Saini-CJémeiit put ,

accueillir dans ses bâtiments réparés et rendus à leur ^

destination pi'imiiive, les nombreux élèves qui rêve- ^

naient habiter ses murs. La renirée dépassa toutes les 5

prévisions et sembla justifier la confiance des Pères dans le maintien du collège.

Le début était plein de promesses, la suite les réalisa. Malgré les difficultés et les menaces de la situation , l'année fut heureuse; l'école en a peu compté de plus féconde pour les élèves et de plus consolante pour les maîtres.

« Notre collège, écrivait un Père au mois de mars 1872, jouit pour le moment d'une prospérité relative ; il compte 410 élèves (dont 220 pensionnaires) qui tous font notre joie par leur bon esprit, leur travail et leur piété. Jamais nous ne les avons vus meilleurs, plus unis entre eux, plus dociles et plus aifectueux avec nous, plus ouverts, plus courageux et plus chrétiens. Le souvenir de nos désastres, q.ue rappelle sans cesse a leur mémoire le lieu même où ils sont, exerce sur leurs jeunes cœurs la plus salutaire infiuence. Dieu veuille qu'ils ne l'oublient jamais et deviennent des hommes tels qu'en réclament la F'rance et l'Eglise !

« L'enseignement de la langue allemande occupe une plus large part dans le programme. Sauf ce point, tout se passe comme autrefois. Les fêtes religieuses ont le même éclat ; les séances théâtrales, les académies littéraires sont aussi brillantes et attirent la même foule ou même une plus grande. Il faut voir l'empressement de toute la société messine à s'\' rendre !

<( Saint-Clément, ai-je maintes fois entendu répéter, est la grande consolation de Metz : c'est comme un coin de la ville demeurée terre française. Quand nous vovons vos élèves, nous nous laissons aller un instant à de

chères illusions : l'annexion nous parait un rêve et nous croyons être toujours au sein de notre patrie bienaimée.

« Les récréations dramatiques du Jour de l'an et du carnaval ont été données en grande partie par d'anciens élèves, venus de Nanc\', de Paris même. Elles ont rappelé la magnificence et le cliarme de celles qui eurent lieu en des temps plus heureux. Leur succès a été complet.

« Monseigneur l'Evèque se montre plus que jamais le père de Saint-Clément. 11 daigne souvent honorer nos fêtes de sa présence. Il s'est fait un bonheur de venir présidei- les séances académiques de la philosophie et du cours de sciences élémentaires.

« Voilà le présent : l'avenir n'est point encore éclairci. Puissions-nous continuer à verser un peu de baume sur les plaies de ce pauvre pays et y perpétuer le bien opéré par la Compagnie, depuis vingt ans! »

Les mois d'été, comme ceux de l'hiver, eurent leurs consolations et leurs fêtes. Pendant le mois de mai, les élèves semblèrent rivaliser à qui témoignerait plus d'amour à la sainte Vierge. La division des sciences l'emporta sur les autres pai" une dévotion plus virile et de plus touchantes manifestatit)ns. Au sortir de l'une des réunions de la Ojngrégation, le K. Père Recteur dirait; «Jamais Marie n'a reçu à Saint-Cdément plus d'iionneur que de la part de ces jeunes hommes. »

Les séances littéraires continuèrent d'attirei' au collège ce qui restait de la population messine. l)evant elle, l'académie des humanistes lit revivre, en des ta-

bleaux pleins d'intérêt, la grande et chrétienne figure de Christophe Colomb ; celle des rhétoricicns mit en drame, le glorieux martyre de saint Herménégilde, premier prince catholique de l'Espagne.

« Que la Saint-Jean d'été est un beau jour pour Saint- Clément, écrivait dans le J^œii iialioual du 24 juin 1872, le regretté M. Vaillant ; c'est la fête patronale du R. P. Recteur, ce supérieur obéi comme s'il était craint,

révéré comme s'il n'était pas plus aimé encore si

c'est possible ! Aussi ses chers élèves lui préparent-ils toujours une surprise, toujours bien accueillie, toujours charmante pour ceux qui \' prennent part. D'abord il y a représentation dramatique, donnée avec une grande pompe à la salle de récréations, enceinte coquette, admirablement appropriée à sa destination. Dimanche soir, c'était la sombre histoire de Jean sans terre et les touchantes infortunes du jeune Arthur, son neveu, qui se sont déroulées devant un auditoire nombreux

d'élèves et de parents Comme toujours, les jeunes

interprètes ont fait merveille, c'était un assaut de bonne diction, d'élan, de sensibilité, de cris partis du cœur. Un jeune élève de seconde, Louis Bohin, sut, dans le rôle touchant d'Arthur de Bretagne, faire couler les

larmes d'un immense auditoire Mais je résiste à la

tentation d'un compte-rendu en règle, il y aurait trop de bonnes intentions à noter, trop de verve juvénile à louer, trop de noms à citer Et les ouvertures enlevées par la musique du collège et les choeurs chantés avec entrain, cela va sans dire, mais aussi avec beaucoup de justesse et d'ensemble, ce qui est plus dilficile.

Le tout terminé par le don d'un gigantesque bouquet otfert au héros de la fètc et par des couplets à lui adressés et empreints du sentiment filial qui anime toute l'école pour son père.... Et quels joyeux bravos ! quelle expansion de tendresse et de gratitude pour ce dévouement qui s'affirme depuis vingt ans et qui, si fala rolitcrint, grandira durant vingt ans encore ! Mais ce n'est pas tout et il y a un autre bouquet, c'est le discours de remerciements, d'effusion, de tendresse communicative du Père à ses enfants et, par extension, à toute l'assistance émue et charmée. Que de fine bonhomie, que de vues élevées, que de sensibilité discrète et que d'esprit !

« Ah ! de l'esprit beaucoup et du plus séduisant et du mieux inspiré. Heureux le maître qui a de tels élèves, mais plus heureux encore les élèves qui s'instruisent et deviennent hommes sous une telle direction.

«Hier, lundi, autres réjouissances promenade

dans les bois, déjeuner sur l'herbe, inauguration du

nouvel établissement de bains mais départ et retour

sans tambours ni trompettes Enfin, il n'y a pas de

bonne fête sans lendemain ! »

Cependant les difficultés ne manquèrent pas. Le fait suivant qui est rapporté par le Père Didierjean montre quel genre de conflits on avait constamment à redouter.

«Les élèves de la première division, au nombre de quatie-vingt-dix, revenant de promenade, marchaient sur la route de Montigny, non loin de la gare de Metz. A ce moment, une compagnie du (f pionniers prussiens

manœuvrait sur le glacis de la porte serpcnoise, à l'entrée de la ville. On sait qu'un français peut diflkilement regarder sans rire les mouvements lourds et gauches des conscrits allemands faisant l'exercice. Toutefois, sans avoir souci d'un tel spectacle auxquels ils étaient accoutumés, les élèves cheminaient devisant paisiblement entre eux. A un moment, l'un d'eux, parait-il, ne put résister au plaisir de contrefaire la raideur du soldat prussien. Grand crime aux yeux du sous-officier qui commandait la manœuvre. Aussitôt celui-ci lance au pas de course son détachement, lui fait franchir le fossé et le jette, poussant des hourras, sur les élèves tout surpris de ce qui arrive. Il est aisé de se figurer le tumulte qui s'ensuivit, les cris indignés des jeunes gens contre une si brutale aggression. Ils ripostèrent vigoureusement aux coups reçus ; mais et c'était là le but des assaillants, leurs rangs furent bientôt rompus et dispersés. Fier du succès de sa manœuvre, le sous-ofhcier imagine de la recommencer; seulement pour se précautionner contre le courage d'enfants désarmés, il commande aux hommes de mettre les baïonnettes aux fusils. C'était d'une cruauté lâche : on pouvait craindre des malheurs. A la vue du danger, les Pères Surveillants font hâter le pas aux élèves. De la sorte, même en obliquant, les Prussiens ne peuvent atteindre que les derniers rangs de la division où se trouvaient les plus grands et les plus robustes élèves. L'un d'eux, Joseph de Noinville, ancien zouave pontifical, qui s'était battu à Patay, se vit directement menacé d'une baïonnette. A l'aide d'un vigoureux coup de

poing appliqué sur la figure d'un pionnier, il repoussa l'attaque , non sans avoir la manche de son habit transpercée. Il n'3^ eut pas d'accident plus grave et la lutte finit. Les Prussiens rentrèrent triomphants sur le glacis, pendant que les élèves, froissés d'une si grossière violence, regagnaient Saint-Clément. Plainte fut portée au Général von Bentheim, Gouverneur de la ville, qui prit l'affaire au sérieux. Le sous-officier et le soldat qui avait failli blesser Joseph de Noinville furent cités devant le conseil de guerre ainsi que le Père surveillant et l'ancien zouave pontifical. Quelques jours plus tard, le gouverneur annonçait dans une lettre qu'il avait iniiiaé un blâme au sous-officier, mais recommandait la prudence. Cet incident eut du moins pour effet de diminuer les insultes que les soldats allemands prodiguaient en toute rencontre aux Pères et aux élèves. » En 1872, les processions de la Fête-Dieu se firent avec plus de pompe encore que l'année précédente. L'Evéque avait vu accourir pour lui faire cortège, tous les hommes qui, par le rang, la position ou les lumières sont comme les racines et l'autorité morale d'une grande cité. Mêlés à l'élément populaire, ils lui donnaient l'exemple d'une piété qui brave le respect humain et se manifeste pour être une leçon en même temps qu'un hommage. « Le vénérable prélat^ était radieux au milieu de ces cœurs fidèles, en si parfaite communauté avec

' L' Alsace-Lorraine sous la dofuijuilion alleiiiaudc, par G. d'Ei. STEIN Paris, Ohlinei-;, 1877, in- 12.

lui d'aspiration et de zèle chrétiens. Il comprenait que cette foule était bien à lui, parcequ'elle était à Dieu et sa bénédiction était celle d'un père qui voit pressés autour de lui et remplis de tendresse ses enfants bien aimés. »

Ah ! qu'en ce moment, élèves et anciens élèves de Saint-Clément, confondaient dans un même amour ces deux grandes tigures qu'il leur a été donné de vénérer: le sublime Prélat, le doux et pieux Religieux. Pour les bien apprécier tous deux, il fallait les entendre parler l'un de l'autre. Quelle sainte affection les unissait! C'est avec les larmes aux 3'eux que le Père Stumpf nous lisait, lorsqu'il le reçut, le mandement pour le carême de 1872 :

« Nous avons été séparés violemment par la rigueur des événements du pays qui nous a vus naître; nous avons revu ce qu'avaient vu nos ancêtres, ces mouvements des deux nations portées tour à tour l'une contre l'autre comme les vagues de la mer : un pauvre moine, annaliste de Metz, en racontant, il y a huit siècles ce qui s'était passé sous ses yeux, écrivait notre histoire : u Un roi franc voulant souiiiettre à sa domination tout le pays jusqu'au Rhin; son adversaire réunissant ses princes autour de lui et assemblant de toutes parts une armée innombrable, puis s'avançant jusqu'à Paris et ravageant tout sur son passage. «^ Hélas! Metz tran-

1 Rex Francorum... animum inlendit ut sua.' ditioni RJicnum usquc sibi subjugaret... Imperator... convocatis cuuctis principibus... innumerabilis multitudinis cogit cxercitum, usque Parisios porrexit, vastata regione...

(Alpertus, Metens. monach., de episcop. Metens.)

quille voyait alors le flot des armées rivales passer sous ses murs, et aujourd'hui la vague en se retirant l'a emportée.

« Nous sommes devenus la rançon de la France, notre séparation douloureuse a délivré nos frères et notre sacrifice a été le salut. C'est là notre sort ! Nous le portons avec une résignation qui en honore le malheur et en demandant à la religion les forces qui manquent à la nature. Mais c'est là notre sort. Et nous pourrions entendre dire quelque part, sans que tout notre sang se soulève, que ce que nous donnons à Dieu et à l'espérance d'une vie à venir, nous l'enlevons à cet impérissable sentiment que nous gardons au fond de nos âmes? Cette amertume manquerait à notre calice ?

« Non, non, affirmons-le hautement, nos très chers Frères, nous tous qui croyons et confessons notre foi ; affirmons-le, surtout en ces jours d'épreuve, à la gloire de cette même foi, non moins qu'à l'honneur de la vérité : la fidélité à Dieu n'enlève rien à ces généreux sentiments de la nature. Loin de là. Le patriotisme le plus vif a toujours été religieux. Dans ce noble pays qui était encore le nôtre hier, et dont l'histoire remplit nos souvenirs, tout ce qui s'est fait de grand en ce sens a été marqué de ce caractère. Les noms seuls le disent. En nos jours même, malgré l'affaiblissement des âmes, si, par impossible, il avait fallu, comme en d'autres temps, le sacrifice de quelques vies pour désarmer le vainqueur qui nous a réclamés comme le gage de sa conquête, nous nous serions levés en grand nombre et chacun de nous aurait dit, comme Eustache de Saint

Pierre, et en s'inspirant des mêmes sentiments que lui : « J'ai si grande espérance d'avoir pardon en Notre Seigneur, si je meurs pour ce peuple sauver, que veux être le premier. »

« Il ne nous a pas été donné de nous dévouer ainsi. On exigeait de nous un autre sacrifice : « Puissante ville de Metz, disait il y a deux cents ans Bossuet, du haut de notre chaire, et il nous semble maintenant entendre retentir cette parole, quand nous entrons dans notre cathédrale attristée; puissante ville de Metz, ô belle et noble cité ? il y a longtemps que tu as été enviée. Ta situation trop importante t'a presque toujours exposée en proieJ » Nous ne l'avons que trop appris. Et, chaque jour, la triste réalité nous le rappelle, sans amortir nos regrets.

« Mais c'en est fait. Que nous reste-t-il, que de nous tourner vers Dieu, non parce que nous sommes malheureux, mais parce que le malheur nous rappelle que notre devoir est d'aller à lui ? Quand notre patrie terrestre manque, en un instant, sous nos pieds, pouvonsnous ne pas nous souvenir de notre patrie céleste et de Celui qui nous y attend? »

Ni l'Evèque, ni le Père Stumpf ne se faisaient d'illusions. Tous deux avaient vu clairement dans les événements qui se déroulaient depuis dix ans, la lutte constante de l'enfer contre Dieu.

Au XIX^, comme au XVIIP ou au XVP siècle, que

' Bossuet, Panégyrique de saint Bernard.

ce soit la révolution, qiie ce soit l'hérésie, la marche de renncmi de Dieu a toujours été la même. La Compagnie de Jésus a toujours été frappée la première.

Dès que les chefs qui conduisaient les Allemands à l'asservissement de la F'rance eurent réussi dans leurs entreprises ; dès que par la constitution d'un empire germanique, ils eurent effectué l'affaiblissement des Etats catholiques qui pouvaient s'opposer à leurs desseins, ils marchèrent rapidement vers leur but.

Une loi impériale du 4 juillet 1872 prononça l'expulsion des Jésuites. Elle fut mise en vigueur en Alsace- Lorraine par un décret du 8 du même mois.

Cette nouvelle retentit à Metz comme un coup de foudre.

Le maire de Metz, ce noble et digne patriote, qui, lui aussi, mourut mart3/r de son devoir, Paul Bezanson convoque immédiatement le Conseil municipal et adresse, au nom de la ville entière, au Gouverneur d'Alsace-Lorraine, la délibération suivante votée par l'unanimité des membres du Conseil :

« Les dernières nouvelles des journaux, concernant l'extension probable à l'Alsace-Lorraine de la loi de proscription votée par le Reichstag contre les Jésuites d'Allemagne, ont jeté les plus vives inquiétudes dans la population messine et dans toutes les familles françaises qui, jusqu'ici en si grand nombre, ont confié l'éducation de leurs lils à l'école Saint-C^lément de Metz.

« L'administration municipale de Metz elle-même se préoccupe à juste titre d'une question qui tient si pro-

fondement an C(eur des habitants et touche aux plus graves intérêts de hi cité.

u L'école Saint-Clément, depuis vingt ans qu'elle existe, n'a cessé d'être pour la ville de Metz un foyer de civilisation, une source toujours croissante de richesses matérielles, un précieux secours offert aux familles pour l'éducation de la jeunesse.

u La célébrité que lui ont value ses succès lui attire chaque année en mo\'enne prés de cinq cents élèves, dont plus de trois cents pensionnaires venus non-seulement des départements voisins, mais encore des provinces les plus éloignées de la France.

«On peut évaluer à un million l'argent que chaque année l'école Saint-Clément met en circulation dans la ville de Metz, sans parler des sommes considérables dépensées, soit par les familles que cet établissement attire et fixe dans la ville, soit par les parents des élèves dans leurs visites et leurs séjours plusieurs fois renouvelés durant l'année scolaire.

« L'administration municipale a l'intime et douloureux pressentiment que le départ des Pères Jésuites de Metz et la fermeture de l'école Saint-Clément achèveront de ruiner le commerce, précipiteront l'émigration des familles les plus aisées et contribueront beaucoup à léduire sous peu cette ville, autrefois si florissante, à l'état de désert et de dénuement.

« C'est sous l'empire de cette préoccupation pénible que l'administration municipale prend la liberté de s'adresser à M. le Gouverneur général de l'Alsace-Lorraine, pour le prier de vouloir rassurer les populations

alarmées et par la re'ponse aux questions suivantes fixer les familles dans les déterminations qu'elles ont à prendre pour leurs personnes, leurs biens et l'avenir de leurs enfants.

« i*" l)ans le cas où la loi projetée contre les Jésuites d'Allemagne serait promulguée et de fait étendue à l'Alsace-Lorraine , l'école Saint-Clément pourrait-elle continuer d'exister à Metz, à titre de colonie française, sous la direction de professeurs exclusivement français? Ces professeurs s'engageraient sur l'honneur à ne rienlai re de contraire aux lois du pays ; au reste la conduite digne et lo\'ale de ces Messieurs pendant ces deux dernières années est une garantie sûre de l'avenir.

« 2" Dans le cas où le gouvernement allemand n'accorderait pas le maintien de l'école Saint-Clément, même à titre de colonie française, l'administration municipale et les directeurs de l'établissement pourront-ils compter d'être avertis officiellement de la suppression, au moins un an d'avance, cela pour éviter de jeter la perturbation dans les familles, pour empêcher toute interruption subite et fatalement préjudiciable dans les études de tant de centaines de jeunes gens, enfin pour laisser à l'établissement le temps strictement nécessaire de préparer dans une autre contrée une installation ayant les proportions de Saint-Clément.

« 3" Dans le cas de cette garantie d'une année au moins d'existence après l'avis officiel de la fermeture de réc(jle, les élèves appartenant à des familles d'origine française ou qui auront opté pour la nationalité Iran-

CHAP. III. DKKNIKRES ANNEES DE SAINT-CLEMENT 27g

çaise, jouiront-ils à l'école Saint-Clément des mêmes garanties de séjour que par le passé?

« L'existence d'une colonie française à Metz ne serait pas un fait exceptionnel : il y a un collège français à Constantinople. Elle serait la compensation naturelle des soins que pendant vingt ans les Pères n'ont cessé de prodiguer aux intérêts matériels et moraux d'une population allemande qui ne comptait pas moins de cinq mille personnes. »

Deux jours après, les Dames de Metz, si nobles et si fières dans leur deuil patriotique, acceptaient l'humble rôle de suppliantes. Malgré une répugnance bien naturelle, elles s'adressèrent au cceur d'une femme qui semblait pouvoir mieux comprendre leurs inquiétudes de mères et envoyèrent à Tlmpératrice d'Allemagne la supplique suivante, signée par quatre cents d'entre elles.

Madame, « Les mères de famille de la ville de Metz, soussignées, se sont justement émues à la pensée de voir leurs enfants privés, par le départ des Pères Jésuites, de l'éducation solide et morale qu'ils reçoivent au collège Saint-Clément. Elles osent supplier Votre Majesté de solliciter S. M. l'Empereur de laisser subsister à Metz ce bienfaisant établissement, qui y est entouré des plus légitimes sympathies. Qu'elle daigne lui demander, en leur nom, d'épargner à l'Alsace-Lorraine l'application de la loi votée contre la Compagnie de Jésus, ou, en tous cas, d'en retarder l'exécution, de manière à ne pas interrompre dans son cours l'année scolaire qui va prochainement recommencer.

28o LES JÉSUITES A METZ

ce llne période de transition pareille à celle que nous traversons amène, hélas ! de nombreux déchirements : que Sa Majesté laisse du moins à ceux qui veulent rester dans leur cité natale, de laquelle tant de leurs amis se seront éloignés, la consolation de pouvoir y procurer à leurs iîls une éducation dont la solidité est garantie à leurs \'eux par l'expérience et le dévouement de ceux qui la donnent. Que l'Empereur, nous l'en conjurons, n'éteigne pas bruscjuement ce to3'er de science, de lumières et de foi; qu'il daigne comprendre le prix que nous attachons, nous, mères chrétiennes, à voir nos enfants y former leurs cœurs et leurs intelligences ! Que sa décision ne force pas nos familles à subir ou la désolante nécessité d'une séparation nouvelle, ou celle d'une expatriation qui rendrait plus rapide et plus complète encore la dépopulation de notre ville.

u Madame, ce sont des mères de famille qui, au nom des intérêts qui leur sont les plus chers, sollicitent le cœur de Votre Majesté. ]"dle daignera écouter leurs voix, elle se souviendra, en même temps que Saint- Clément a été, vingt ans entiers, pour les Allemands pauvres résidant à Metz, le siège d'une (cuvre qui leur donnait des protecteurs, leur rendait la famille et comme l'image de la patrie. »

Ces suppliques montrent les étranges illusions que l'on se faisait alors à Metz sur le régime que le chancelier de l'Empire entendait infliger aux vaincus. La municipalité n'obtint jamais de réponse à sa délibération du I 3 juillet.

Quant à la pétition des Dames, il leur fut fait, cinq

CHAl>. 111. DERNIÈRES ANNÉES DE SAINT-CLÉMENT 28 I

mois plus tard, après l'expulsion des Jésuites, une réponse grossière et dérisoire.

Il est inutile de dire que pas un élève de Saint-(llénient ne se présenta pour entrer au Ivcée allemand. Ils ne tirent du reste que suivre l'exemple donné par les fonctionnaires de toutes les catégories. Pas un magistrat, pas un seul titulaire des administrations de l'Etat, malgré les offres les plus brillantes et les tentatives de séduction incessamment répéte'es, n'a accepté l'investiture de l'ennemi. Dans tout le département de la Lorraine, on ne compta que deux délections, toutes deux étrangères à l'ancien déparlement de la Moselle : un garde général des forets et un vieux juge de Vie.

Nous renonçons à dépeindre l'explosion de douleur indignéequi accueillit le fatal décret dans la villcentière. Ce fut pour Metz un nouveau deuil public. Les journaux de M. de Bismarck mêmes ne purent en cacher leur étonnement.

La Galette d'Elberfeld disait dans sa correspondance: u On se rendra diflicilement compte en Allemagne de l'émotion produite dans toute la ville de Metz par la loi contre les Jésuites. Ils ont là de nombreux amis très chauds, très puissants. Jusqu'à la fin on espérait les garder, et voilà que tout espoir est évanoui. Leur départ sera le signal de l'émigration d'un grand nombre de familles. Les Jésuites, en effet, jouèrent un si grand rôle dans les habitudes sociales du pays que leur absence fera un vide impossible à combler. Et vraiment on ne peut nier qu'il n'y ait chez eux des hommes très remarquables, dignes de tout respect, jouissant de la plus

haute considération et d'une aifection universelle. Mais c'est le cas de rappeler le proverbe : Dura lex, sed Icx. »

Dès L]ue l'expulsion des Jésuites fut annoncée, deux manifestations touchantes se produisirent.

La première fut celle du clergé.

A la fin de la retraite sacerdotale, les prêtres du diocèse avaient déjà hautement exprimé dans une chaleureuse adresse remise au Père prédicateur de la retraite, la part qu'ils prenaient aux épreuves et à la persécution que subissait la Compagnie de Jésus dans Metz. Les curés de la ville voulurent faire une démarche plus significative encore. Le journal allemand de la I^réfecture, ayant prétendu que le clergé séculier voyait le départ des Jésuites sans regrets, on lui répondit par la note suivante :

«Mardi dernier, les curés de la ville de Metz se sont rendus auprès du R. P. Recteur des Jésuites de Saint- Clément, pour lui exprimer leur dévouement respectueux, l'assurer en même temps de leur vive et profonde S3'mpathie, tant pour les Pères de Metz que pour tout l'ordre en général.

«Ils ont voulu aussi féliciter en sa personne la Compagnie de Jésus de s'être placée toujours depuis trois siècles et de se trouver encore aujourd'hui aux premiers rangs des défenseurs de la vérité catholique, pour recevoir les coups qui sont destinés à l'Eglise et à son auguste chef, »

Pour les curés de Metz :

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