‹ Les Jésuites à MetzChapitre 4 sur 107 · CHAP. I. — LA REFORME A METZ · texte numérisé non relu

CHAP. I. — LA REFORME A METZ

huguenot lorrain de la famille Du C^hatelet et avait pour favori Claude de Vienne, baron de CHervant, désigné comme chef du parti par les princes allemands. Les emplois les plus importants de la ville furent confiés à des sectaires : un protestant allemand, François d'Inguenheim fut pourvu de la charge de maître-échevin. Le Président ro\aI, Antoine de Senneton, placé à la tète de l'administration judiciaire de la province était ouvertement favorable a la religion nouvelle; sa femme et ses deux filles en faisaient publiquement profession.' N'ayant rien à craindre de l'autorité devenue leur complice, les réformés s'enhardirent; ils ouvrirent des écoles à Metz, comme dans les villages environnants et établirent au centre de la ville un collège protestant. En même temps des libraires et des imprimeurs, venus presque tous de Genève, multiplièrent et firent circuler des livres déversant la haine et le mépris sur tout ce qui touchait à la vraie religion. Justement eflVayés de l'audace des hérétiques," les catholiques recoururent au Cardinal de Lorraine et a l'Évèque de Metz, François de Beaucaire. Par leur entremise, ils portèrent au pied du trône leuis humbles supplications. Le prince de Condé et l'amiral de Coligny empêchèrent l'efiet de ces démarches en affirmant à Charles IX qu'elles

• Brantôme, Vie des liof>iiiics illustres et. des £(rands capitaines. Paris, i838, in-12. Liv. 1. Ch. 34. — Mkukissil, Histoire de l'hérésie. — Michel, Histoire et Biographie du Parlement de Metj. Bibliothèque Je Metz, manuscrits, carton 34. Correspondance du Président royal de Senneton. — Thirion, Histoire du protestantisme à Met:;. Nancy, 1884, in-8û.

n'avaient d'autre but que de créer à Metz un parti à la maison de Lorraine déjà trop puissante. Ce refus encouragea les protestants d'Allemagne qui formèrent le dessein de s'emparer de Metz et d'}' établir une République semblable à celle de Genève. Le Maréchal de Vieilleville fut informé du complot par un espion qu'il entretenait à Luxembourg; il apprit par la même voie que son lieutenant, Jacques de Montheron, sieur d'Ausance y donnait les mains.* Cette fois, le vieux Maréchal, craignant, à juste titre, le reproche de haute trahison, accourut, déconcerta les conjurés par sa venue, fit massacrer les ennemis déjà introduits secrètement dans la ville par un moine du couvent des Cordeliers et se portant au devant des princes allemands réunis près de Thionville, leur infligea une sanglante défaite dans laquelle ils eurent onze-cent-cinquante hommes tués et quatre-cent-cinquante prisonniers. Le sieur d'Ausance fut destitué et Vieilleville mit à sa place, son neveu Jean de Thévalle, comte de Créance.

La raison d'état vint alors à l'appui des remontrances et des supplications des catholiques. (Charles IX, venu à Metz, pour y consolider son pouvoir, fit publier dans toutes les rues de la ville, le 7 avril i^lu), un édit défendant: «qu'il n'\^ ayt, es dicts ville et païs, aultre exercice de relligion que de la catholicque, sans qu'il soyt loisible à aulcuns habitans des dicts ville et païs compris en la dicte protection, faire aultre exercice n}' entretenir escholes à l'instruction de leurs enfans. » '

' MiouRissic, Hisldii-c de l'hcrcsic, paL;e 33 1.

CHAH. I. — LA RKFOkMli A METZ

En quittant Metz, le 12 Avril, le Roi recommanda encore à Thévalle de tenir la main à l'exécution de ses ordres. Ce dernier le lui promit, mais, convaincu que l'amour de la religion s'inspire plus par la persuasion que par la force, il prit la liberté' de demander au Roi, d'envo^'er un prédicateur de talent qui, soutenant la religion par la sainteté de ses mœurs et de sa doctrine, put réfuter les erreurs des ministres et confirmer les catholiques dans la religion de leurs pères.

Le Cardinal de Lorraine avait appris à connaître les Jésuites au Concile de Trente, et était en relations avec le Père Edmond Auger, célèbre par son éloquence, son savoir et son zèle ; il fit promettre a ce Père de venir prêcher à Metz. Retenu par des engagements antérieurs, Auger ne put remplir sa promesse qu'en iDyi. Il prêcha le carême à la Cathédrale avec un éclatant succès et sa parole ramena de nombreux hérétiques. '

Irrités de ces conversions, les réformés envo}-èrent au Roi des députés ; grâce au crédit de l'amiral de Colignv, ils obtinrent un décret, en date du 25 avril iByi, donné à Charenton, autorisant le libre exercice du culte calviniste à Courcelles-Chaussy, distant de Metz seulement de quatre lieues.

Les Messins protestèrent et Thévalle prit sur lui de suspendre l'exécution de l'arrêt du Roi jusqu'à plus amples instructions. Bien lui en prit ; Charles IX se trouvant le 10 Mai à Ennette,. soustrait à l'influence de

' Voir Pièces justificatives, n" 2.

l'amiral de Coligny, révoqua l'autorisation qui lui avait été arrachée par surprise.

Coligny s'empressa de revenir à la cour; ' à force de réclamations, il obtint l'érection d'un temple à Montoy, à deux lieues de Metz. La joie des Protestants fut de courte durée; la Saint-Barthélémy suivant de près, anéantit leurs espérances. Thévalle refusa dans cette circonstance encore, de se faire l'instrument de la politique royale, il suspendit l'exécution des ordres reçus et sa sage modération épargna toute effusion de sang.

Le Maréchal de Vieilleville, mort avant ces événements, 2 avait été remplacé par Albert de Gondy, comte de Retz, maréchal de France. Le nouveau gouverneur se fit accomgagner par un prédicateur renommé, le Père Maldonat. Pendant un mois, devant le Palais,

' « Les envoyés protestants bien accueillis par Vieilleville et scachants bien se gouverner selon le vent, eurent gain de cause, grâce à Coligny à qui rien n'était refusé.» — Thicodore dk Beze, Histoire des Eglises réformées. Anvers, i 58o, livre XVI.

'■^ Vieilleville était un soldat. Son rôle politique fort exalté par les partisans de la Réforme, consistait à agir suivant les inspirations des hommes qui l'entouraient. Son gendre était protestant; son principal favori, Clervant, était l'agent des princes allemands, enfin l'amiral de Coligny avait sur lui une influence considéiable. C'est ainsi que s'expliquent les inconséquences de conduite, la variabilité de sentiments dont Vieilleville a fait preuve, suivant qu'il agissait comme patriote et ct)mme soldat, ou qu'il se trouvait sous l'influence des Anglais et des Allemands, de Colignv, Clervant, d'Auzance et SennetcMi. — Voir Brantôme, de Thon, Aletirisse. (^arloi.v : Mémoires de Vieilleville, Paul Ferry, Observations séculaires, manuscrits loû à loS de la Bibl. de Metz.

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