‹ Les Jésuites à PoitiersChapitre 103 sur 236 · Baron G. de Flotte, Souvenirs · texte numérisé non relu

Baron G. de Flotte, Souvenirs

prend le cintre de la porte et le fronton circulaire qui la termine, la rose et deux croisées latérales.

30 L'architravé, la corniche, le fronton brisé sur l'entrecolonnement et le pignon dans toute sa simplicité avec deux fenêtres qui n’éclairent que les combles.

En étudiant chacune des parties qui composent cette façade, on remarque :

Par suite de l'abaissement du niveau de la rue, on a mis à nu les soubassements de l'édifice. La restauration a été faite en rachetant la cote par un nouveau socle de 0"80° à 1»10° el par trois marches d’escalier donnant accès à la porte de l’église.

Le sol de la rue était de niveau, tandis qu’actuellement il est en pente de 0"05° par mètre vers l’est.

Les pilastres en avant-corps, qui se placent généralement aux angles pourrenforcer l'épaisseur dela muraille, ont été disposés de chaque côté de la porte d'entrée. Avec le fronton supérieur, ils coupent la façade et en harmonisent les proportions.

Ces pilastres forment bossages, c’est-à-dire panneaux unis en relief, sans motifs d'ornementation spéciaux.

Les pilastres d'angles ont été rempiacés par des contreforts (sur les façades latérales). Le contrefort de gauche est traversé par une gargouille rejetant les eaux pluviales en façade.

La porte d'entrée est plein-cintre avec joints rayonnants. L'appareil est défectueux, attendu que les claveaux sont inégaux.

La décoration n'a pas été terminée : on trouve partout des pierres d’atlente dont l’épannelage seul a été fait: ainsi, à l'agrafe ou motif saillant formant clef de voûte de la porte

d'entrée ; — à l’architrave des petits pilastres d'encadrement de la porte ; — au lourd tympan du fronton circulaire de la même porte ; — aux métopes de l’entablement ; — au lourd

tympan aussi du fronton brisé supérieur.

Comment expliquer ces masses de pierre considérables des tympans et des métopes qui, d’une part, jouent un rôle important, puisqu'elles remplacent les consoles, corbeaux ou denticules qui soutiendraient le porte-à-faux des corniches, — et qui, d'autre part,sont d’un effet si lourd et si désagréable à l'œil?

Elait-ce la peine d’ajourer ce pignon et de déplacer les

pilastres pour lui donner de la légèreté, si on laissait subsister toutes ces masses de pierre épannelées ?

Jusqu'au xvi° siècle, chaque pierre était posée, ravalée el même sculptée, aussi on ne trouverait pas d'édifice d'époque antérieure qui fût resté épannelé seulement comme cette façade de l’église.

Depuis le xvr° siècle, le même fait est arrivé souvent, et on trouve fréquemment dans les monuments des parties qui n'ont Jamais été ravalées.

Est-ce que les saillies considérables de la clef du fronton circulaire et du tympan du fronton entre-coupé n’indiquent pas aussi qu'un motif saillant devait s'accrocher au milieu de ce corps de moulures ?

On ne peut concilier tout cela qu'en admettant que des sculptures en bas relief ou plutôt des moulures et autres motifs de décoration formant saillie sur le nu du mur devaient faire tomber la plus grande partie de ces masses, tout en leur laissant leur rôle de support des parties saillantes.

Les acrotères et l'amortissement qui affectail une forme pyramidale plus ou moins accentuée terminaient le pignon par un motif architectural.

Les acrotères et le fleuron du pignon, objets très fragiles et fort exposés aux intempéries, ont été détruits par le temps ; ils n'ont pas été restaurés.

Les rampants du pignon n’ont pas de crochets, ils sont formés d'une seule moulure circulaire qui couvre la moitié de l'épaisseur du mur.

La rose elle-même devait être garnie de verrières qui sont tombées sous l’irréparable outrage des ans, car on y distingue encore une partie d’un anagramme en verres de plusieurs couleurs de la devise adoptée par les Jésuites.

La porte d’entrée est à deux vantaux en chêne sculpté, avec une imposte fixe. L'ensemble n'offre rien de particulier. Les pentures sont très ordinaires. |

Les bulles ou têtes de clous desdites pentures ne sont pas d'un effet très décoratif. Elles sont formées d’une rosace au centre de laquelle surmonte une pyramide.

Cette porte a toujours été ouverte au public, alors que celle

de la cour d'honneur était réservée au personnel et aux élèves. du collège.

Une haute boiserie, en chêne sculpté, portant le chiffre des Jésuites et formant tympan, défend le sanctuaire contre le bruit extérieur. Un autre écusson, toujours au monogramme [HS, orne le tympan intérieur, qui fut réparé en 1845. C'est dans cette petite enceinte extérieure que se tenait le gardien de l'église, vieux mendiant, auquel les Jésuites donnaient, outre ses pratiques et du potage tous les matins, un grand pain de quinze en quinze jours 1.

Dans la construction, du côté de l’ouest, avait été englobée une seconde porte, à laquelle il vient d'être fait allusion, et dont nous avons déjà parlé ?, ornée de moulures primatiques de la fin du xv° siècle, dont la situation à l'occident fait supposer, réellement, à cette place une petite église, qui se prolongeait au levant, et qui n'était autre que l’église ou chapelle de l'aumônerie de Sainte-Marthe. Cette porte à été murée à la suite de travaux entrepris récemment à l'intérieur, mais on en à pratiqué une nouvelle vers le milieu de l'édifice.

De la cour carrée — cour d'honneur — on monte à la tribune, dont la voûte et les balustres ornés ne furent achevés qu'en 1674, par un étroit escalier en pierre, construit en colimaçon dans une espèce de tourelle qui semble avoir été ajoutée ultérieurement. Primitivement, l'escalier montait en spirale dans une tour ronde, dont on voit encore les traces d'une restauration qui dut être faite ilyaune centaine d'années. La petite porte au bas de l'escalier, qui donne accès dans l’église, était, à l'origine, comme l'indiquent les moulures du xv° siècle qui l'encadrent, extérieure. On y arrivait, plus tard, après avoir franchi une première porte non fermée qui donne sur la cour.

Comme à l'entrée principale de la rue du Lycée, le sol a été considérablement surbaissé. On descendait dans l’église au lieu d'y monter de ce côté par plusieurs marches, ou d'y entrer presque de plain-pied par la porte qui existe aujourd'hui du côté de la cour d'honneur. À l'intérieur, on voit encore deux marches devant la porte murée de l'église.

4. Archives départementales, D. 99, 2. Voir ci-dessus, page 56.

L'intérieur de l’église, dont les dimensions ne sont pas d’un très grand développement, impressionne néanmoins par un aspect de grandeur dû aux larges proportions de la nef. On est surtout frappé de la richesse et de l'élégance qui sont le trait caractéristique du style des Jésuites. Cette église est sombre, mystérieuse, comme toutes leurs églises, on dirait un boudoir plutôt qu'un temple! . L’autel, dont l'axe, selon la règle jésuitique, est dirigé vers le midi, étincelle dans le fond, chargé d’or et de pierreries; des glaces, habilement placées en différents endroits, de façon que le célébrant peut, même sans qu'on s'en doute, tout voir derrière lui, donnent à cet autel un aspect tout à fait mondain: ce qui était d’ailleurs dans le goût du xvire siècle.

Tous les styles, ou à peu près, se trouvent réunis dans la composition de cette œuvre à la fois si élégante et si gracieuse. Les deux grandes fenêtres, de chaque côté près de l'autel, s’aiguisent en ogives : c'est le style gothique. Les quatre autres sont du style roman. Les chapiteaux des pilastres sont d’ordre corinthien Ce qui attire principalement les regards, c'est le magnifique autel, avec ses colonnettes faites de marbre et de pierres précieuses, et son dôme byzantin. Autel riche, s'il en fût, un peu surchargé même, mignard, pourrait-on dire, et rappelant plutôt l’afféterie italienne que la délicatesse française. Il porte la date de 1698. ,

C'est ce qui fait que tout d’abord la vieille église dés Jésuites ne plaît point aux hommes de l’art; mais il n’en est pas moins vrai que l’ensemble offre un coup d'œil satisfaisant et même agréable.

Derrière l’autel se dresse le retable grandiose et qui s'élève jusqu'à la voûte, à laquelle viennent se heurter les têtes d’un groupe mal éclairé de Notre-Dame-de-Pitié, en ronde bosse, reposant maladroitement sur une tablelte horizontale. «Marie, assise et voilée, tient sur ses genoux le corps inanimé de son

4. Encore doit-on tenir compte de la clarté qu'y répandent aujourd’hui les verres blancs qu’on a été forcé de substituer, çà et là, aux vitres peintes du début.

fils, qu'un ange, debout et la jambe nue, soutient par le bras droit ; aux pieds, est agenauillée Madeleine dans l'attitude de l’adoration » !. ;

Au milieu du rétable, divisé en trois parties à peu près égales dans le sens de la hauteur, est appliqué un grand et remarquable tableau de maître, œuvre du peintre belge Louis Finson, de Bruges, élève de Rubens, et représentant la Circoncision?. Il porte la date de 1615°. Les personnages, types flamands aux grosses figures, y sont bien peints avec le rôle qu'ilsaccomplissent. C’est un chef-d'œuvre de l'Ecole flamande, dont il a le coloris, avec plus même de correction que n’en ont ses élèves ; peut-être pourrait-on lui reprocher seulement quelques défauts de costume. Il fut donné au Collège par l’illustre abbesse de Sainte-Croix, Flandrine de Nassau. Il est regrettable que ce magnifique tableau soit masqué aux trois quarts par le tabernacle : il ne l'était pas dans le système primitif de décoration de l’église.

Dès le principe, le retable devait être rehaussé d'or et avivé de couleurs, mais probablement d'une manière un peu différente de ce qu'il est depuis la restauration générale qu'il subit en 1845. Acluellement, la décoration n'existe qu'à la partie supérieure, qui est seule visible.

Il est encadré, à droite et à gauche, par deux colonnes composites, terminées par une lucarne simulée, que remplit une inscription gravée sur marbre noir.

On lit à droite (la droite de l'autel) : et à gauche : IN NOMINE QUAM ADMI JESU. OMNE RABILE. EST GENU. FLEC NOMEN. TUUM TATUR. ETC IN UNIVERSA AD PHILIPP. II TERRA

PSALMO. VIII De chaque côté, deux niches superposées et sculptées en coquille, donnent asile aux quatre évangélistes saint Luc, saint Marc, saint Mathieu et saint Jean, qui ont chacun leur

1. Paysages et Monuments du Poitou. (Barbier de Mon i Re ( tault). Paris, 1886-

2. De Chergé se trompe quand il écrit dans son Guide du Voyageur à Poitiers: « 1 pour . la présentation de Jésus-Christ au temple ».

. L'auteur la signé ainsi en lettres noires à la partie inféri É = VICUS PINSONUS. Belga Brugensis. fecit año. 4. 6. 1. b RE EE

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