‹ Les Jésuites à PoitiersChapitre 107 sur 236 · Crétineau-Joly, op. cl · texte numérisé non relu

Crétineau-Joly, op. cl

plus que suffisante « pour un homme », quoi qu'en dise le P. Coton.

Ce vaillant défenseur des Jésuites, qui avait contribué pour une si grande part à leur établissement à Poitiers, mourut en 1626, emportant dans la tombe le très vif regret de voir son Ordre à ce moment méconnu par le Parlement, la Sorbonne, le cardinal de Richelieu et le roi lui-même, qui, quelques mois auparavant, l'avait mal accueilli. À l'agonie le 18 mars, le P. Coton s'écria en entendant la lecture de l'arrêt qui condamnait un ouvrage du Jésuite Santarelli : « Faut-il que je meure comme criminel de lèse-Majesté et perturbateur du repos public, après avoir pendant trente ans servi deux rois de France avec tant de fidélité » ! Il expira le lendemain. Bientôt, il est vrai, il y eut réaction. Le 27 mars 1627, le roi scella sa réconciliation avec les Pères : il vint, accompagné de son ministre, poser la première pierre de l’église de la Maison- Professe, rue Saint-Antoine, à Paris.

Quant au P. Louis Lescazes, il quitta Poitiers, après deux ans de rectorat, à la fin de l’année 1626 ; il fut envoyé au collège de Fontevrault, en Anjou. Il devint le confesseur et le directeur de Louise de Bourbon-Lavedan, abbesse du monastère de Fontevrault, parente et amie de Flandrine de Nassau, abbesse de Sainte-Croix de Poitiers. Quand Louise de Bourbon mourut, en 4637, l’oraison funèbre fut prononcée par ce Père jésuite, qui tout le temps qu'il avait dirigé la défunte, avait « si utilement et si agreablement servy tout l'Ordre que sa memoire ne se peut perdre dans Font-Evraud que quand on perdra dans le monde la memoire du mesme Font-Evraud »'.

De 1627 à 1631 le collège fut administré successivement par les recteurs Jean Martinon (1627-1628) et Hiérosme Lestonac (4629-1631) : ni l’un ni l’autre n'y apportèrent de notables modifications.

C'est cependant sous le rectorat de ce dernier (1629) qu une donation importante fut faite au collège par M. Pierre Cothereau, sieur de la Davie, bourgeois de Poitiers, et dame Jeanne Marchand, sa femme, des maisons et mélairies nobles du grand et petit Fouilloux, paroisse de Saint-Maurice de

4. Le P. Hon. Nicquet, S. J., Histoire de l'Ordre de Fontevrault, 1641.

Gençay. Cette donation fut décidée « à cause de la singuliere affection que les deux epoux portoient aux Jesuites, et parce qu’ils avoient un fils dans la Compagnie », que nous retrouverons recteur du collège de Poitiers dix ans plus tard. Mais comme il y avait des procès pendants pour raison de ces métairies, les donateurs s’engagèrent à les terminer à leurs frais. Ils se réservèrent seulement la jouissance de leurs biens jusqu’à la liquidation, promettant de payer annuellement au collège jusqu'à cette époque la somme de 300 livres !.

En 1631, le collège des Jésuites fut attristé par la mort de deux de leurs Pères, dans des circonstances bien pénibles à rappeler. Depuis ie mois d'avril 4628, la peste sévissait à Poitiers. On nomma aussitôt ce qu'on appelait le Conseil des pestiférés. Le 8 juin, il autorisa les Capucins, établis dans la . ville, à se rendre à l’hôpital pour y prodiguer leurs soins aux malades. Les Jésuites, qui s'étaient également présentés, furent remerciés ? . l

Le 928 avril 1631, comme le mal continuait ses ravages, le Conseil, constatant que les réunions d'individus ont pour effet de propager la maladie et que les mendiants et les malades se portent en foule au Palais, décréta de prier MM. du Présidial de ne plus tenir d'audiences publiques, et de demander aussi aux docteurs de l'Université et au recteur des Jésuites de vouloir bien fermer leurs écoles et collège.

Le même jour, en l'assemblée du mois et cent, il fut ordonné que l'hôpital des pestiférés serait ouvert et que, pour l'entretien de cet hôpital, on ferait une collecte sur tous les habitants. Les deniers en provenant devaient être versés entre les mains de deux notables marchands, nommés par leur corps, pour en faire l'administration.

Le 16 mai suivant, l'hôpital fut ouvert, et les Augustins, les

1. Archives Départementales, D. 25. En 1644, ces deux métairies furent données en échange à demoiselle Chantegain pour la métairie de Laubertière, paroisse de Benassais, et une maison dans la rue des Hautes- Treilles.

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