Séances de l’Athénée. Poitiers, an XII
Racan, singulier docteur, contresignait après Malherbe les merveilles de la Somme, tout comme eût fait La Fontaine. Enfin, cepauvre Père Garasse, tout bafoué, eut une belle mort, une mort à la Rotrou. Relégué à Poitiers, dans une peste, il demanda à ses supérieurs la faveur de soigner les malades. Il s’enferma avec eux dans l'hôpital qui leur était destiné, et mourut frappé lui-même, sur le lit d'honneur, en répétant ces paroles de l’Ecriture : « Anticipent nos misericordiæ tuæ,Domine, quia pauperes facti sumus nimis ».
Le terrible fléau une fois conjuré, les Jésuites rouvrirent leur collège : ce qui eut lieu au commencement de mars 1633. Les élèves reprirent lentement le chemin de l'école, et les Pères eux-mêmes, profondément attristés par ce double deuil (la mort des P. P. Garasse et Desmier), eurent moins à cœur les travaux de réparations et d’embellissement.
Le procureur lui-même,le brave P.Antoine Forest,qui depuis 1624 rédigeait les comptes du collège, se sentant sans doute fléchir sous le poids de la douleur, et peut-être aussi des ans, n’apporta plus à cette rédaction ni la même activité ni la même précision. Il fut remplacé au commencement de l’année
Le nouveau recteur, le P. Gilbert Rousseau, plus heureux ou plus ménagé, resta un an encore au collège. Sous sa faible administration, les dépenses et les dettes, loin de diminuer, augmentèrent au contraire avec une effroyable rapidité (plus de 25.000 livres de dettes). Il partit enfin, laissant les finances de l'établissement dans le plus triste état.
A la fin de l’année 1633, le P. Pierre de la Brangelie fut nommé recteur du collège de Poitiers-Commeses prédécesseurs, il reçut de fortes sommes provenant soit des aumônes soit du revenu ; mais Comme eux aussi, il dépensa beaucoup, soit pour l’entretien de la maison, soit pour les réparations. Quand il quitta le collège, en 1638, il laissa pour 26.156! 41° de dettes.
Le P. de la Brangelie était un homme très entreprenant, plus entreprenant même qu'habile, si l'on en juge par le déficit
énorme que nous venons de constater.En 1637, il eut la pensée, très méritoire d’ailleurs et très originale, de bâtir un moulin à papier dans la petite île de Pons, dépendant du prieuré de Ligugé. Il commença donc par construire un pont pour relier l’île au chemin vicinal, et faciliter ainsi le transport des matériaux nécessaires à la construction de l’œuvre projetée. Il se servit pour cela des anciennes assises encore visibles d’un vieux pont, et se mit à bâtir son moulin. Mais il avait compté sans l'opposition du sieur de Mozières, Pierre de Brilhac, lieutenant général et criminel du Poitou, dont les sympathies pour les Jésuites s'étaient autrefois manifestées publiquement, lors de l'enquête de commodo et incommodo qui fut faite relativement à l'annexion du prieuré de Ligugé au collège de Poitiers. De Brilhac fut, en effet, l’un des signataires de la déposition qui engagea enfin le grand Conseil à enregistrer les lettres patentes et la bulle pontificale le 13 mai 16181. Comment et par quoi furent si subitement modifiées les bonnes dispositions de cet éminent magistrat à l'égard des Jésuites ? On l’ignore. Toujours est-il qu'il opposa la plus sérieuse résistance à l’entreprise du recteur de la Brangelie. Pour cela, il n'hésita pas à faire fermer, de nuit, par une muraille, l'entrée du pont aux ouvriers des Jésuites, lui-même debout près d'elle, leursignifiant une défense expresse de continuer leurs travaux de construction. De fait, le moulin resta inachevé, comme l’attestent les murs encore subsistants ° .
Le P. Jacques Cothereau qui succéda, vers la fin de l’année 1638, au P. de la Brangelie, était au collège depuis déjà quelques années”*. Il avait fait sa profession des quatre vœux ‘ le 24 février 1631, dans l’église même du collège, par devant le recteur Lestonac. Il dirigea l'établissementjusqu'aux derniers mois de l'année 1641.
Sous son rectorat, le nombre des religieux semble s'être sensiblement accru, à en juger du moins par l'augmentation