Archives Départementales, D
La Faculté de droit et de médecine, et le recteur lui-même, acquiescèrentàla demande desJésuites. L'acte d’agrégalion qui fut rédigé séance tenante, est en latin’, Mais la Faculté de théologie, fidèle à son serment, et suivant les traces de celle de Paris, refusa de recevoir les Pères de la Compagnie et protesta contre leur intrusion dans le corps académique. La Faculté des arts se joignit à la Faculté de théologie ; mais trois ans plus tard, elle fut obligée de céder aux coups d’autorité que les Jésuites ne cessaient de faire frapper sur ceux qui avaient assez de courage pour s'opposer à leur ambition. Un des Jésuites nommé par son recteur préfet du collège de Sainte- Marthe, fut alors présenté à la Faculté des arts, qui le reçut en qualité de docteur. A la Faculté de théologie les choses né se passèrent pas aussi facilement : les docteurs de cette Faculté refusèrent, quand même, d'agréger le théologien que les Jésuites présentèrent, jusqu’à ce qu’il eût soutenu les examens et les thèses, ainsi que les autres docteurs. Ce refus détermina les Jésuites à recourir à l'autorité royale, qui, plus tard, mais en 1642 seulement, leur donna gain de cause.
Le brevet royal du 12 septembre 1615, en mettant le collège de Poitiers sous la protection de Sa Majesté, confirma les prérogatives accordées aux Jésuites par l’acte d'agrégation. Mais les Jésuites ne tardèrent pas à oublier leurs engagements solennels. Dix-huit ans plus tard, une contestation très vive s’éleva entre eux et l’Université de Poitiers. L'occasion de ce démélé? fut une visite que voulut faire dans leur collège M. Amassard, recteur de l’Université *. Il s’y transporta, à deux reprises, dans Îes premiers jours de mai 1633; mais il y fut chaque fois fort mal reçu : les Jésuites l’accablèrent d’injures, le maltraitèrent à coups de fouet, lui déchirèrent sa robe rectorale. Dominus Rector exposuit se. collegium Patrum
1. Voir la copie de cet acte aux Archives Départementales, D. 4.
2. Cf. Compte-rendu par le président Rolland (1764). Nous avons complété ce récit à l’aide de documents authentiques trouvés aux Archives Départementales, D. 24 et 196.
3. Par décret du 142 juin 4649, l’Université de Poitiers avait statué que « conformément à l’ordonnance de Blois, son recteur ferait la visite des collèges une fois par chaque trimestre, et que cette visite serait annoncée par un mandement affiché à la porte de chaque collège ».
Societatis Jesu auctoritate rectoria invadentem convicis ac etiam verberibus ab eisdem Patribus receplum fuisse, violatamque purpuream, etc. Tel est du moins le compte que le recteur rendit, le 11 mai 1633, à l'Université de Poitiers.
Sur ce récit, pour toutpacifier (porte le décret), il fut indiqué une assemblée au lendemain où furent mandés ceux dont le recteur se plaignäit.
Mais déjà la veille une information tout à fait contraire avait été faite par le lieutenant criminel à la requête du procureur de Sa Majesté « pour raison des violences et voies de fait
commises en la maison et collège des Pères Jésuites ». Pour donner plus de poids à leurs plaintes, les Jésuites avaient amené avec eux des élèves, qui déposèrent en leur faveur !.
Le 12, les Jésuites comparurent devant l'Université pour y être entendus. A la suite de leur déposition, le tribunal universitaire fit un décret portant quele recteur n'avait qu’usé de son droit en faisant la visite du collège de Sainte-Marthe ; que pour mieux établir encore ce droit, il se transporterait Fr au collège, précédé des bedeaux et d’un docteur de chaque Faculté; que le P. Goutoulas, préfet de ce collège, au nom de tous les Jésuites, le recevrait à la porte et sn ‘il l'accompagnerait dans la première classe.
Le même décret ordonne que le recteur, après s'être assis, fera lire dans chaque classe les articles 70 et 75 de l'ordonnance de Blois, qui établissent le droit des Universités ; qu'’ensuite il pourra interroger le professeur sur ce qui regarde la manière d'enseigner ; que, la visite faite, les écoliers salueront le recteur et lui offriront des vers, selon l’usage ; enfin, que le recteur pourra donner congé aux écoliers s’il le juge à propos.
Le P. Goutoulas, présent à cette assemblée en sa qualité de docteur, acquiesça au décret de l’Université et promit, tantau nom du collège de Sainte-Marthe qu’en celui des Jésuites, de se conformer à ce que l’Université avait statué. Il promit, en outre, sur la demande durecteur, que les Pères se désisteraient de l'instance portée par devant le lieutenant criminel, et, non
content de le promettre, il signa même le décret contenant ce désistement ‘.
Le décret du 12 fut exécuté le 13. Dès le matin, le recteur avait fait afficher son mandement par lequel il ordonnait aux Jésuites, sous peine d’interdit, de veiller à ce que dans l'après-midi les régents ne sorlissent point de leurs classes avant qu'il eût fait sa visite.
Ce jour-là, sur les troisheures, le recteur Amassard, précédé des bedeaux, accompagné d'un docteur de chaque Facullé, alla au collège de Sainte-Marthe ; il trouva à la porte, comme il était convenu, le P. Goutoutas, qui le reçut avec respect au nom des Jésuites et qui l’'accompagna dans l’intérieur de la maison. Tous les autres Jésuites promirent de nouveau de se désister du procès intenté contre les écoliers de droit, contre les bedeaux et autres qui avaient accompagné le recteur lors de sa première visite : promesse que le P. Gouloulas, préfet, avait solennellement faite en signant le décret du 42 mai.
De là, le rècteur alla dans la première classe et s'y étant assis, il ordonna au secrétaire général de donner lecture du décret du 12 mai et des deux articles de l’ordonnance de Blois. 1l interrogea le professeur sur sa dernière leçon ; content de ses réponses, il le confirma. Znterrogavil professorem de lectione ullimo explicata, sibique: salisfactum confirmant ; et la visite finie, il donna congé pour le lendemain aux écoliers.
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Ce n'était pas sans peine, on le devine bien, que les Jésuites s'étaient soumis à cette visite. Aussi étant instruits que le même recteur continué pour le trimestre de juillet (23 juin 1633), voulait, conformément à un nouvel arrêt de l'Université, faire une nouvelle visite dans leur collège, ils y formèrent opposition. ë
C'est ainsi que les Jésuites qui, lors de leur agrégation à l'Université, avaient promis de se conformer aux lois, droits
1. Si dans le décret du 42 mai l'Université ne statua point sur les injures faites à son recteur, c’est qu’elle eut pour unique objet d'établir son droit de visite que les Jésuites commençaient de lui contester ; et le P. Goutoulas fut forcé de reconnaître, au nom des Jésuites, qu’il était fondé:
et usages de la même Université ; qui n’y avaient été agrégés qu'à cette condition ; qui s'étaient soumis au décret du 12 mai 1633, qui avait été souscrit par le P. Goutoulas, leur préfet, et en vertu duquel la visite de leur collège avait élé réalisée, donnèrent des preuves du peu de cas qu'ils faisaient de leurs engagements les plus solennels et du désir qu'ils avaient de se soustraire à la juridiction d’une Université à laquelle ils avaient les obligations les plus essentielles. .
Le P. syndic demanda acte à Mes Magnan et Johanne, notaires à Poitiers, de la protestation qu'ilfaisait contre tout ce qui avait élé arrêté et exécuté depuis le 40 mai. Il déclara qu’il prenait à partie M. Amassard, recteur, et fit signifier cet acte à ce dernier le 4 juillet 1633. I1 parvint même à engager le procureur du roi de faire défense à l'Université de procéder à cette visite. Le même jour, signification fut rendue par le lieutenant criminel de Poitiers, sur la requête du procureur du collège, de rien attenter et entreprendre par voie de fait ni autrement jusqu’à ce qu'il en fût ordonné par Sa Majesté ou par le Parlement.
Le recteur convoqua l’Université qui s'assembla le ÿ juillet ; elle arrêta que, «sans avoir égard aux protestations du P.syndic des Jésuites, aux défenses faites par le procureur du roi, l’Université ne reconnaissant pour juges que le roi, son Conseil privé, Nos Seigneurs du Parlement, M. le Recteur, conformément à l'ordonnance de Blois, à son décret du 42 mai précédent lu ei exécuté dans le collège des Jésuites et signé par le P. Goutoulas, préfet du collège, au nom des Jésuites, M. le Recteur irait le lendemain, précédé des bedeaux, sur les trois heures, faire la visite des collèges de Sainte-Marthe, du Puygarreau et des Deux-Frères » !, Elle nomma un docteur de chaque Faculté pour accompagner le recteur.
En effet, le 6 juillet, le recteur, précédé des bedeaux, accompagné des docteurs députés et du secrétaire général, alla au collège de Sainte-Marthe. Dès qu’il fut entré dans la cour, tous les écoliers sortirent des classes et les régents s’enfuirent dans l’intérieur du collège. Le recteur étant entré dans la première classe, envoya chercher le P. Goutoulas, préfet du