‹ Les Jésuites à PoitiersChapitre 131 sur 236 · Cf. Rolland, Compte-rendu, etc · texte numérisé non relu

Cf. Rolland, Compte-rendu, etc

collège, «afin qu’il eût à le recevoir commeil le devait, et qu'il eût à lui rendre compte pourquoi à son arrivée les régents étaient sortis de leurs classes ». Le bedeau rapporta «que le Fr. portier lui avait dit que le P. préfet était en affaires dans l’intérieur de la maison et qu’il ne pouvait obéir au commandement de M. le Recteur ».

Quelques écoliers étant entrés dans la salle, le recteur leur demanda pourquoi ils étaient sortis de classe. Ils répondirent qu'ils étaient entrés en classe à l'heure ordinaire, mais que leur régent ayant appris son arrivée «s'en était enfui dans l'intérieur du collège ». Cette réponse détermina le recteur à envoyer le secrétaire général avec un bedeau chercher derechef le P. préfet. Le portier le voyant venir, ferma la porte, et répondit par le trou de la serrure « que le P. préfet était occupé à des affaires importantes, et un autre frère qu'il était : sorti». Le recteur, informé de cette double réponse, procéda à la visite des classes dans lesquelles plusieurs écoliers rentrèrent. Dans toutes il fut reçu avec respect, à l'exception de celle de cinquième (d’autres disent de quatrième), « où les enfants firent de grandes huées ». Interrogés pourquoi ils en agissaient ainsi, ils répondirent que leur régent le leur avait ordonné. Pendant le temps que dura cette visite, aucun Jésuite ne parut dans la cour du collège : ils étaient aux fenêtres de leur maison et regardaient ce qui se passait.

Le recteur et les députés ayant rendu compte à l'Université assemblée le 9 juillet de ce qui s'était passé au collège des Jésuites le 6 du même mois, celle-ci ordonna « que le secrétaire général donnerait lecture des plaintes portées par des écoliers de philosophie contre leur professeur: que le 11 courant le recteur referait la visite du collège des Jésuites ; . que pour que les Jésuites ne pussent pas l'ignorer et pour que les régens se trouvassent dans leurs classes, son décret . leur serait signifié ainsi qu'au P. Goutoulas, préfet, par le secrétaire général et deux bedeaux ».

Le même jour, le secrétaire général accompagné de deux bedeaux étant allé au collège des Jésuites pour signifier le décret de l’Université, le P. Antoine Forest, syndic, comparut. Il dit « qu'au nom de tout le college il protestoit de nullité et

d’attentat du susdit decret ei de tous autres cy devant faits, et que, sauf l'honneur qu’il vouloit toujours rendre à l'Université, il prenoit, comme ilavoit ci-devant pris, à partie en son propre el privé nom, reverend M. Michel Amassard, à present continué pour la seconde fois, attendu ses excès et ses violences dont il troubloit le college depuis deux mois; que jusqu'à ce qu’il ait plu à Messieurs du Conseil regler les differends il ne Île reconnoitroit point, et que si lundy prochain les regens demeuroient en classe de trois à quatre heures, ce seroit pour continuer le service que le college rend au public et non pour reconnoitre M. Amassard pour recteur ».

Sur cette réponse, le recteur ordonna que le décret du 9 sérait de nouveau signifié aux Jésuites. Le secrétaire général, toujours accompagné de deux bedeaux, se présenta une seconde fois au collège de Sainte-Marthe. Le P. Goutoulas ne comparut point, quoique le secrétaire l'eût demandé. Le P. Forest, syndic, vint et répondit qu'il persistait dans ses dires. Alors le secrétaire général lui intima le décret de l'Université avec ordre de le faire savoir au P. préfet et aux régents.

Malgré cette résistance, le recteur crut avec raison devoir obéir au décret de sa Compagnie. Le 11 juillet, il se transporta au collège pour en faire la visite. Il était accompagné d'un docteur de chaque Faculté.

Arrivé à la porte du collège, il la trouva fermée et le P. Antoine Forest au dehors. Le recteur lui ayant ordonné de faire venir le P. Goutoulas, préfet, et d'ouvrir la porte, il répondit qu'il était syndic du collège, qu'en cette qualité et comme ayant charge de tous les Pères qui y résidaient, il rappelait qu’il avait pris à partie M. Michel Amassard, et qu'il n’ouvrirait point la porte. Le recteur commanda alors au secrétaire général de donner leclure des articles 70 et 75 de l'ordonnance de Blois, puis il somma le P: Forest d'ouvrir la porte du collège parce qu'il n'agissait point comme particulier mais au nom de toute l’Université. Le P. Forest refusa d'obéir à la sommation et répondit que, quoique les portes fussent fermées, les régents étaient dans les classes et qu'ils s'acquitteraient de leur devoir. Le recteur, ainsi que les députés de l'Université, furent obligés de se retirer, après avoir dressé acte de tout ce qui s'était passé.

Cela n’empêcha pas les Jésuites de fatre aussitôt dresser procès-verbal par deux notaires royaux contre la continuation des violences, quoiqu'il n’y en eût pas eu, et voies de fait commises par Amassard, recteur de l'Université, et autres à l'encontre du demandeur,

De son côté, l'Université s’assembla au collège du Puy- : garreau, où, après avoir entendu le rapport du recteur et des docteurs députés, elle rendit un décret portant que le P. Goutoulas, préfet, et à ce titre docteur ès arts, à cause de sa rébellion, de son mépris pour l’ordonnance de Blois et les décrets de l'Université, ainsi que ses successeurs, seraient privés de tous les privilèges et n’auraient aucune entrée dans les assemblées de l'Université, sauf le bon plaisir du roi, de son Conseil privé et du Parlement: salvo tamen beneplacito Invictissimi et Christianissimi Regis nostri, ejusque Sacri Intimi Consilii et Supremæ Gallicorum Tribunalium Curiæ Parisiensis. Ce décret fut signifié dès le lendemain, 12 juillet, au P. Goutoulas par le secrétaire de l'Université.

Le 13, le recteur annonça à l'Université qu'il avait reçu la veille (c’est-à-dire le jour même de la signification ci-dessus) un commandement écrit de M. de Villemontée, intendant du Poitou et commissaire départi parle roi, portant défense de mettre à exécution ledécretrendu contre le préfet du collège de Sainte- Marthe, et ordre à lui de venir rendre compte de sa conduite.

L'Université arrêta que lecommissaire départi qui avait écrit cette lettre à la sollicitation des Jésuites, serait invité par les députés qu’elle nommerait, à ne point s'opposer à l'exécution des décrets, et elle appela de la défense de M. l’intendant au Parlement.

Les Jésuites intimés au Parlement évoquèrent l'affaire au Conseil privé. L'Université demanda son renvoi au Parlement, parce que dès le 27 juillet le Parlement était saisi de l'affaire, parce qu'elle ne pouvait pas plaider en deux différents tribunaux, et que l'affaire regardait tout le corps académique, et non le recteur en particulier qui n'avait rien fait contre les Jésuites que par ordre del'Université. :

Quelque désir qu’eût l'Université que cette affaire fût renvoyée au Parlement, elle n'y fut point renvoyée : elle fut jugée l’année suivante par le Conseil privé.

Le roi, par son arrêt du 41 avril 4634, «cassa et annula les decrets rendus par le recteur et suppots de l'Université, ordonna que le college des Jesuites demeureroit agregé à l'Université, que la charge de recteur ne seroit à l'avenir tenue que par l'un des docteurs catholiques regens es droit; que ledit Amassard et Chenault seroient assignés à comparoir en personne audit Conseil pour estre ouïs et interrogés sur les faits resultant des informations contre eux ; que jusque-là ledit Amassard ne feroit aucunes lectures publiques et n’enseigneroit point dans l’Université ».

Les docteurs en théologie, médecine et ès arts, ayant demandé au roi que le rectorat fût exercé successivement par un docteur de chaque Faculté, et non uniquement par un docteur de la Faculté de droit, Sa Majesté, par un nouvel arrêt du 19 mai 1634, ordonna que les recteurs de l'Université seraient à l'avenir pris du corps des docteurs régents des quatre Facultés.

Quant au jugement rendu contre Amassard, on est obligé de reconnaître que la sentence était dure et que les Jésuites triomphaient auprès du bon Louis XIII. Dans cette position, et le 17 juillet 1634, sous le rectorat de M. Levasseur, docteur en théologie, l'Université, pour tirer d'affaire son ex-recteur et son bedeau, passa, par l’avis du commissaire départi, qui avait pris depuis peu le rôle de conciliateur, une transaction avec les Jésuites au sujet de la visite de leur collège. Cette transaction porte que, sans parler du passé, et sans faire de la part des Jésuites aucunes réparations à l’Université, pour que de jeunes recteurs ne donnent point des congés trop fréquents aux écoliers, ce qui aurait été l’occasion de la dispute !, le recteur n'irait qu'une fois chaque trimestre au collège de Sainte-Marthe pour y donner congé, et qu’il avertirait aupara-

1. Prétexte peu plausible assurément, malgré les abus qui purent quelquefois se produire, car les congés étaient au contraire tout à fait dans le goût et les habitudes des Jésuites. Quand, après leur départ, et en exécution des arrêts des 2 mars et 3 septembre 1762, l'Université fitses nouveaux règlements relatifs au collège de Sainte-Marthe, elle décréta (art. 21) : que le Bureau d’administration, n’ayant en vue que l’avancement de la jeunesse, fixerait les'jours où les classes vaqueraient, et veillerait à ce que, à l'avenir, ils ne fussent pas trop multipliés. (Archives Départementales, D. 24). :

vant le préfet du collège afin qu'il y fût reçu plus honorablement par les écoliers. Au moyen de ces conventions, les Jésuites se désistèrent du procès qu'ils avaient intenté contre M. Amassard et contre Chenault, son bedeau.

Pour finir tout ce qui a rapport à cette dispute, nous ajouterons que Louis XIII, le 5 janvier 1635, sur la présentation d'une requête de l'Université, annula, par un nouveau jugement de son Conseil, les deux arrêts des 11 avril et 19 mai 1634 en ce qui concernait les poursuites dirigées contre Amassard et la nomination des recteurs. Ceux-ci, à l'avenir, seraient pris uniquement parmi les docteurs, qu'ils fussent ou non régents. On put donc revenir à l’ancien usage, bien préjudiciable cependant, qui consistait à choisir pour recteurs des jeunes gens faisant leurs études, munis simplement du titre de maitre ès arts, voire même de bachelier dans une des trois autres Facultés !.

Ce droit de visite dans le collège de Sainte-Marthe, si légitimement prescrit par l'ordonnance de Blois, ne cessa d’être contesté à l'Université par les Jésuites. En tout cas, cette visite fut réduite dans la suite à peu de chose: le recteur, au jour convenu, allait au collège; il entrait dans la première classe, il y recevait les compliments en vers que lui adressaient quelques écoliers, et il donnait congé : c'est à quoi une fois

.par trimestre se bornait la visite que faisait le recteur au collège de Sainte-Marthe :.

En 1665, le recteur revint sans prévenir, parait-il, au collège el donna selon l'usage congé aux écoliers Aussitôt il y eut une protestation du syndic des Jésuites, qui était alors le P. Robin, contre cette prétendue contravention à un arrêt du Conseil privé du roi, qui ordonne au recteur de l'Université d'avertir préalablement de sa visite le préfet des classes. L'affaire, qui rappelait celle de l’ancien recteur Amassard, traina en longueur : nous ne savons comment elle se termina.

En 1720, la lutte entre l’Université et les Jésuites recom-

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