CHAPITRE VI
I. Nouvelle lutte avec l'Université à l’occasion de la soutenance de certaines autres thèses. Destitution du recteur Mayaud. Désordres des écoliers. Intervention de Mgr de Pontchartrain. — Le P. Babinet dénoncé à la Faculté de théologie pour sa thèse sur le péché philosophique. Dissentiments entre les deux Facultés de théologie et des arts et l'Université. La Faculté de théologie de Paris approuve la censure de celle ‘de Poitiers. — Nouvelle dénonciation contre les erreurs enseignées par les PP. Salton et du Faux. Intrigues des Jésuites. Conciliation dictée par Mgr le Régent. Les Jésuites, non satisfaits, poursuivent l'affaire devant le Parlement. Requête de la Faculté de théologie. Intervention de la Faculté de théologie de Paris et de l'Université de Poitiers. Harangue du doyen Chaudière au cardinal de Noailles. «
Il. La bulle Unigenitus : Louis XIV et Clément XI. L’évêque de Poitiers, de la Poype de Vertrieu. Vexations contre les « Appellans ». Les Dominicains jansénistes. Jésuites et Jansénistes. En quoi consiste le Jansépisme ? Relation comique de la Faculté de théologie d’Anière. — Accommodement proposé par le cardinal de Noailles. Oppositions de plusieurs Universités et Facultés du royaume.
IIT. Immense crédit des Jésuites. Tentative hardie contre le collège de Sainte- Marthe. Cession du collège de Saint-Pierre à l'Hôtel de Ville. Le principal Gaudriau. — Projet de réunion du collège des Deux-Frères aux PP. Jacobins. Nomination du principal Sullivant. Délibérations de l’Université. — Vive opposition de la Faculté des arts. Mémoire adressé à l'Université. Jésuites et Jacobins. — Conclusions du Mémoire de la Faculté des arts. Nomination du principal Pierre Péchault. Rivalité entre Sullivant et Péchault. Arrêt du Conseil d'Etat. Nomination définitive du principal Babinet. ?
Mais c’est surtout à l'égard de l'Université, dont ils ne cessèrent de méconnaître la juridiction, que les Jésuites se montraient récalcitrants. Tantôt, contrairement à l'ordre établi, ils faisaient soutenir clandestinement et dans l’intérieur de leur maison des actes de maître ès-arts; tantôt ils faisaient imprimer des thèses de philosophie et en assignaient le jour de la soutenance sans avoir pris l’avis du chef de l'Université. Ils en arrivèrent même à faire destituer (21 mai 1709) le recteur Mayaud, sous prétexte que, dans un dis-
cours prononcé dans l'église des Jacobins, il avait attaqué les Jésuites !.
L'Université se défendait en rendant décrets sur décrets, qu’elle faisait afficher sur la porte de tous les collèges ; elle cassait et annulait les actes soutenus; elle interdisait les écoliers rebelles et défendait au secrétaire de la Faculté de leur délivrer des lettres de maître ès arts. Mais toutes ces mesures de rigueur ne servirent qu'à provoquer des désordres. De là le relâchement général qui, de 1709 à 17192, se produisit dans l’ordre et la discipline. Pendant ces quatre années, les révoltes et les scandales furent poussés à cet excès que le ministre, Mgr de Pontchartrain, dut intervenir. Rendant, comme c'était l'habitude, l'Université ou plusieurs de ses membres en particulier responsables de tous les accidents regrettables, il écrivit alors, de la part du roi, à M. Doujat, intendant du Poitou, une lettre qu'il le chargea de lire aux sieurs Mayaud et Lagrève, en présence du recteur de l’Université et des doyens des quatre Facultés, et qui contenait « que sans la très humble supplication des Jesuites, Sa Majesté leur auroit fait sentir les effets de son indignation, pour avoir esté les moteurs secrets du renouvellement de ces desordres, après les soins qu’avoit pris M. l’intendant pour les appaiser » ?.
Dans ces conditions, la lutte entre l’Université et les Jésuites ne pouvait que s'envenimer. Les hostilités recommencèrent en 1717 à l'occasion de deux dénonciations faites à la Faculté de théologie de propositions tirées soit des thèses de philosophie, soit des cahiers de théologie des Pères Jésuites.
La première dénonciation fut faite le 16 juillet ; elle concernait la position d’une thèse relative au péché philosophique, doctrine qui avait été censurée par les papes, les évêques et l'Assemblée du clergé de France en 1700. La Faculté de théologie de Poitiers la censura de nouveau le jour même où elle lui fut dénoncée. Le lendemain, l'Université assemblée ordonna que le P. Babinet, auteur de la thèse, donneruit des explications. Ce décret ne fut pas unanime ; les trois docteurs ès arts