Archives Départementales, D. 195 21 Id., D
(ces trois docteurs étaient le préfet des études du collège de Sainte-Marthe, le principal du Puygarreau, nommé, comme nous l’avons observé, par les Jésuites et pris parmi eux, et le principal du collège de Saint-Pierre ; ainsi on peut regarder que sur les trois voix ils en avaient deux d’acquises) se retirèrent de l’assemblée et prétendirent que ni la Faculté de théologie, ni l'Université, n'étaient compétentes pour statuer sur une thèse de philosophie, qui n'était, suivant eux, Justiciable que de la Faculté des arts.
Cependant, le même jour du décret de l'Université, le P. Babinet, avant de faire soutenir la thèse, donna des explications qu'il fit remettre, signées de lui, au secrétaire général de l'Université; mais ces explications parurent tellement insuffisantes que la Faculté se crut obligée, dans son assemblée du 23 du même mois, de confirmer son décret du 16. Pour lors les Jésuites trouvèrent le moyen de semer le trouble dans l'Université. Celle-cis’assembla extraordinairement le 27, et adoptant la prétention des docteurs de la Faculté des arts, elle soutint que les décrets de la Faculté de théologie lui étaient injurieux, et que la censure de la thèse du P. Babinet ne pouvait regarder que la Faculté des arts. Le doyen de la Faculté de théologie ayant fait entrer deux notaires, protesta contre toutes les délibérations qui pourraient être faites, vu que les Jésuites, docteurs en théologie et ès arts, étaient présents à l'assemblée; il invoqua de plus le décret du 23 juin 1665, qui ordonne expressément que les thèses de philosophie qui renfermeraient quelques positions de la compétence des autres Facultés, leur seraient déférées. Enfin il soutint que l'Université ne pouvait délibérer sur une censure portée par la Faculté de théologie, attendu que tout jugement doctrinal en matière de religion lui appartenait seul.
Malgré l'opposition du doyen et ses raisons, l'Université cassa les deux décrets des 16 et 23 juillet ; alors le doyen " lde théologie, auquel se réunirent sept! de ses confrères
4. Les docteurs membres de la Faculté de théologie pouvaient être en nombre infini. Il y eut, du temps des Jésuites, jusqu’à 20 et même 25 docteurs : cest ce qui explique comment cette Faculté, unie pendant un certain temps à celle de médecine et pour ainsi dire sans influence, était devenue, presque toujours, maîtresse des délibérations de l’Université. A l'origine ce nombre était au contraire très limité à cause de la difficulté des épreuves, d'ailleurs longues et dispendieuses.
et un docteur de médecine, interjetèrent appel en la Cour du décret de l’Université. L'appel y fut reçu par arrêt du 26 août, qui fut signifié au recteur de l'Université le 147 septembre suivant. Dans cet intervalle, la Faculté de théologie de Poitiers avait informé celle de Paris de sa censure, et lui avait demandé son avis sur la proposition du P. Babinet. Cette école célèbre examina la censure de la Faculté de Poitiers, la confirma par ses décrets des 24 et 27 septembre 1717, et écrivit le 1°" décembre à ladite Faculté une lettre que celle-ci fit imprimer et qui couvrant de honte les partisans de la mauvaise doctrine, mit fin à cette affaire !.
Instruits par cet événement, les Jésuites résolurent d’enipêcher à l'avenir la Faculté de théologie de statuer sur les propositions avancées par leurs professeurs ; ils firent même leurs efforts pour en empêcher la dénonciation, mais ils n'y réussirent pas toujours, car le 48 août de la même année, un docteur de théologie, le sieur Albert, avait dénoncé à sa Faculté plusieurs propositions dictées par les PP. Salton et du Faux, professeurs de théologie au collège royal de Sainte-Marthe. Ces propositions contenaient les plus grandes erreurs Sur le sacrement de pénitence; elles établissaient l’infaillibilité personnelle du pape ; elles dégradaient les conciles de Constance et de Bâle et mettaient en place le cinquième concile de Latran; elles étaient diamétralement opposées aux libertés de l'Eglise gallicane et aux quatre propositions du Clergé de 1682; enfin elles posaient en principe que l'ignorance invincible, même de la loi naturelle, excusait de péché ?, et établissaient cette affirmation que l'Eglise de Jésus-Christ n’est composée que des seuls prédestinés.
Telles sont les erreurs qui furent dénoncées à la Faculté de théologie de Poitiers le 48 août 1717; les propositions qui les contenaient furent, par ordre de cette Faculté, imprimées et. remises aux examinateurs.