Archives Départementales, D
IT
Ces faits sont concluants. Pour avoir raison de toutes les condamnations portées contre eux, soit par la Faculté de théologie de Poitiers, soit par d'autres Universités du royaume, soit par la Sorbonne même, condamnations. qui les traduisaient aux yeux de l'univers comme de faux docteurs qui autorisaient jusqu’à l’idolâtrie, les Jésuites avaient réussi à faire consacrer par la bulle Unigenilus ! leurs dogmes pélagiens sur la grâce, leurs relächements dans la morale et toutes leurs nouveautés. Ce triomphe, ils le devaient d'abord à la protection de Louis XIV. Plus Louis XIV avait de respect pour la religion, plus il devenait en vieillissant dépendant d'un confesseur qui paraissait ne vouloir qu'assurer le salut du prince. Ainsi avec les meilleures intentions du monde, avec un fond de crainte de Dieu, de zèle pour l'Eglise, d'amour pour la justice, d’attachement même à la doctrine de son clergé et aux maximes du royaume, il favorisait, sans s’en apercevoir, l'erreur et le mensonge. Ensuite, aux bonnes dispositions du pape Clément XI quiavait été leur élève et qui avait failli entrer dans la Société.
La bulle Unigenitus ne réjouit que les Jésuites et le petit nombre de leurs partisans. Quelques-uns même rougirent de leur propre production, eb craignaient d’avoir trop gagné. D'autres, comme M. de la Poype de Vertrieu ?, évêque de Poitiers, mais plus jésuite que les Jésuites mêmes, ne la pouvant croire véritable, crièrent à son apparition « que c'étoit
1. La bulle Unigenitus ou la Constitution contre le Nouveau Testament du P. Quesnel, prêtre janséniste de l’Oratoire, parut le 8 septembre 1713.
2, Chanoine et comte de Lyon, la Poype de Vertrieu fut nommé évêque de Poitiers le 45 avril 4702. I s’y distingua par son éminente piété et ses bonnes œuvres de toute espèce. Il est l’auteur d’un ouvrage célèbre, imprimé à Poitiers, chez Fleuriau, 17148: Compendiosæ Instituliones Theologicæ, etc., fait avec les cahiers qu’il avait lui-même étudiés au séminaire de Saint-Sulpice. « Ce prélat, écrit Dreux du Radier, est le premier évèque de France qui ait rendu la théologie publique en l’honorant de son nom ». Pourquoi faut-il qu'après avoir examiné son œuvre, il lait fait revoir par quelques théologiens tels que les PP. de la Tour ct Salton, jésuites ct professeurs de théologie au collège de Poitiers ? — Il mourut le 2 février 1732.
là un tour des Jansénistes pour rendre le pape ridicule et suspect dans sa foi » { !
Par la bulle Unigenitus, en effet, la saine doctrine était attaquée, ou, pour mieux dire, condamnée dans plusieurs de ses points les plus essentiels. Aussi la foi des fidèles était en péril, et il s'agissait (de là l'importance et la gravité de toutes ces questions) de les mettre en garde contre l'erreur, et de les. prémunir contre la séduction. Ce n’étaient donc pas seulement, comme l'avaient cru tout d'abord le commun des fidèles et un grand nombre d’ecclésiastiques, opinions d'Ecole qu'il fallait laisser à discuter entre théologiens, ou disputes de docteurs qui de temps en LEMpE s'élaient élevées dans l'Eglise sans conséquence, et se on verrait bientôt s'assoupir. L'affaire était plus sérieuse qu’on ne se l'était imaginé.
Ajoutez à cela les excès sans nombre auxquels se ne les adhérents à la bulle, les vexations de toute espèce exercées contre les « Appellans », comme on appelait alors ceux du parti hostile ?: exils, bannissements, emprisonnements multiples, procédures criantes : on comprendra alors sans peine la sévérité des Facultés de théologie qui, comme celle de Poitiers, avaient à cœur de se faire les défenseurs de la vérité 5.
La Faculté de théologie de Poitiers était d’ailleurs encouragée dans sa sévérité par les Dominicains, plus connussous le nom de Jacobins, qui passaient pour être infectés du plus pur jansénisme. Les plus échauffés de tous, vers 1727, étaient