INTRODUCTION : XXIX
Poitiers encore moins de réputation que son collègue Ammonius Anastasius.
Un de ses disciples, et non des meilleurs, fut, dit-on, le poète Ausone lui-même, léger, ami de tous les plaisirs, railleur amer, critique mordant, trouvant le côté plaisant des choses les plus sérieuses ; sceptique (sa croyance était de n’en point avoir), coudoyant également à l’école le chrétien et le païen, les respectant l’un et l’autre et se moquant de tous deux. Surtout il ne pouvait pardonner à son professeur ni son origine étrangère (bête fauve venue du désert de Lybie), ni la couleur rousse de ses cheveux et de sa barbe qu'il affectait de porter longs, à la manière des anciens rhéteurs. Aussi s'acharnait-il après lui à coup d'épigrammes dans le genre de celle-ci :
Rufus vocatus rhetor olim ad nuptias, Celebri (fit ut) convivio, Grammaticæ ut artis se peritum ostenderet, Hæc vota dixit nuptiis :
Et masculini, et feminini gignite, Generisque neutri filios ! .
Au vr' siècle, l’école de Poitiers eut pour professeur le poète Fortunat, qui passe pour avoir été l’homme le plus savant de son temps. Lui-même d’ailleurs nous parle de l’état florissant où se trouvaient alors les lettres à Poitiers: il cite avec éloge plusieurs Poitevins qui s’adonnaient, dit-il, avec succès à l'étude de l’éloquence, de la poésie et de l'histoire. Pour former de tels hommes, il fallait de fortes études, une instruction active, un enseignement littéraire, des classes enfin : toutes choses qu’on rencontrait à l'école épiscopale où le docte prélat continua avec tant d'éclat les traditions de saint Hilaire, illustrant ainsi la capitale du Poitou par sa grande piété et ses ouvrages.