‹ Les Jésuites à PoitiersChapitre 157 sur 236 · Revue des Sciences ecclésiastiques, n° de septembre · texte numérisé non relu

Revue des Sciences ecclésiastiques, n° de septembre

vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance perpétuelle, qui sont faits seulement dans la Société. Ils ne rendent pas celui qui s'engage ainsi nécessairement membre de la Compagnie, mais ils l’obligent à y entrer et à prononcer les vœux solennels, lorsque et si la Compagnie juge à propos de les accepter.

Les vœux solennels, ou les quatre vœux, sont faits par les seuls profès, c'est-à-dire l'élite, les parfaits de l’Institut, etdontla classe se nomme par excellence la Société professe {Societas professa). Ces vœux étaient prononcés solennellement devant le Provincial à l'époque de la visite qu'il faisait chaque année dans les maisons, collèges et résidences. Il existe aux Archives du Département de la Vienne (D. 22) un cahier des vœux ainsi faits de 1624 à 1744, dans «le temple » du collège de Poitiers. Mais la plus grande solennité de ces vœux est dans l'intention de celui quiles fait: tel est l’esprit des Constitutions.

La formule est différente de celle des vœux simples. Les profès y déclarent, entre autres choses, qu'ils n’aspireront jamais à aucune dignilé soit dans l'Ordre, soit en dehors. Ils promettent, en outre, une obéissance spéciale au Pape, particulièrement en ce qui concerne les missions en pays étranger, et s'obligent d'aller partout, sans rien demander, où le Souverain Pontife peut les envoyer pour le service de l'Eglise et pour tout ce qui intéresse le bien de la religion, ad res quæ bonum Religionis spectant.

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Par ses coadjuteurs et ses profès, la Compagnie exerçait son ministère dans six espèces de Maisons, ainsi désignées :

1° Les Maisons professes, destinées à la direction des âmes, à la confession, à la prédication, aux catéchismes, à l'assistance des mourants et à la visite des hôpitaux. Ces maisons, assez nombreuses, étaient établies partout où la Société pouvait s’introduire. Il y avait une maison professe dans tous les grands centres. Dans le rayon qui nous occupe, il y en avait une à Bordeaux. C’est de là que partaient les Pères envoyés dans les villes de la région, telles que Poitiers, pour la prédication ou d’autres emplois, selon les besoins dela Compagnie.

2° Les Collèges, ou écoles publiques, où l’enseignement élait plus ou moins complet, selon la fondation. Il pouvait embrasser depuis la grammaire et les humanités jusqu'à la philosophie et même la théologie inclusivement. De là trois catégories de collèges possédant le nombre de régents nécessaires à leur prospérité : c'étaient, dans l’ordre ascendant, les collèges de 1° classe, qui possédaient vingt régents et quarante religieux ; ceux de 2° classe, qui en avaient trente et cinquante ; ceux de 3° classe, appelés aussi quelquefois Univer- sités, possédant jusqu'à soixante-dix et même cent régents.

Le collège de Poitiers, d'abord de la plus minime classe, avec trois régents seulement, fut vite promu à la 2 classe par l'adjonction des cours de philosophie; il passa même, plus tard, à un étal intermédiaire entre la 2° et à la 3° classe, quand les cours de théologie furent fondés. Mais le nombre des régents et même des religieux fut toujours inférieur, de beaucoup, au chiffre déterminé par les Constitutions. En 1720, il n'y avait que treize régents pour plus de 800 élèves!.

En d'autres termes et d'une façon encore plus précise, on peut dire que par ses revenus qui étaient immenses et par le grand nombre de ses écoliers, le collège de Poitiers méritait d'être classé parmi les grands collèges de la Compagnie. Par le nombre de ses classes, c'était un moyen collège, n'ayant pas, comme les grands, des cours d'arabe, de sanscrit et d’autres langues orientales en faveur de ceux qui se destinaient aux missions étrangères. D'ailleurs les grands collèges étaient fort peu nombreux : il n’y en avait qu'un dans chaque province de la Compagnie; celui de la province d'Aquitaine était à Bordeaux.

Conformément aux Constilutions,tout collège, avec son église, devait posséder des biens-fonds en proportion du personnel des professeurs nécessaires et de tous les frais pour l'instruction, pour le service religieux, pour la bibliothèque et pour les cabinets de physique, quand il y en avait. Les grands collèges devaient jouir d'un revenu de 20.000livres ; les moyens, d’un revenu de 16.000 livres ; pour les petits, le revenu était fixé à 10.000 livres. Au collège de Poitiers, les ressources

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