‹ Les Jésuites à PoitiersChapitre 158 sur 236 · Archives Départementales, D · texte numérisé non relu

Archives Départementales, D

ne manquèrent point grâce à l'union obtenue de tous les prieurés dont nous avons parlé, grâce aussi à la générosité de nombreux donateurs, grâce surtout à la protection royale, qui ne lui fit jamais défaut.

Tous ces biens appartenaient en propre à chaque collège, et nul contrat ne pouvait être passé par les Supérieurs de la Compagnie que pour l'utilité et l'avantage de la maison, in ejusdem utilitatem et bonum!. Si les revenus annuels d'un collège, destinés, par l'intention du fondateur el par le disposilif de l'Institut, à l'entretien et à la nourriture des Jésuites qui y habitent, excèdent ces dépenses, l'excédent, ordonnent les mêmes Conslilutions, doit être tout entier consacré non pas à augmenter les bâtiments, mais à éteindre ses dettes ou à accroitre ses revenus?. Il n’en fut pas toujours ainsi au collège de Poitiers. A plus forte raison, ces revenus ne pouvaient être distraits pour subvenir par exemple à un autre collège, ou une autre maison insuffisamment dotée. Quand les Pères d'un collège faisaient passer de l'argent à leurs confrères voisins, c'élait à titre de prêt à intérêt, tout comme à des étrangers. Ce droit reconnu de non-solidarité chez les Jésuites faisait que lorsqu'une maison était trop pauvre, on ne s'enquérait nullement si les autres établissements du royaume ou de la province avaient une fortune surabondante; on vérifiait uniquement le chiffre des revenus et des charges de la maison, et on décrélait, quand il ÿ avait lieu, et on opérait l'union de quelque bénéfice à cet établissement. La devise : « Chacun pour soi et Dieu pour lous », n'a jamais trouvé de meilleure application.

Tous ces collèges élaient, dans le principe, des séminaires destinés exclusivement aux novices; mais bientôt,s'apercevant combien l'instruction pouvait contribuer à l'agrandissement de la Compagnie, les Jésuites avaient admis des externes. Ils n'exigeaient aucune rétribution, Plus lard, ils instituèrent les pensionnats pour les boursiers d'abord, puis pour les enfants des familles riches, à condition toutefois de se conformer à la discipline de la maison.

3” Les Pensionnats ou Séminaires, où l'on recevait les éco-

1. Constitutions, partie. IX, ch. IV; Exam. génér., C. I, no k; Bull& Gregorii, 1582, + 2. Gonstibulions, pro admin, tit. pro rect., n° 6,

liers en pension. Ces établissements étaient de deux sortes, avec où sans classes. Dans ce dernier cas, les élèves fréquenlaient les classes du collège voisin. Les Jésuites de Poitiers ne reçurent jamais d'autres écoliers que des externes dans le collège de Sainte-Marthe. Cependant, à partir de 1687, ayant comme nous l'avons dit, mis la main sur le collège du Puygarreau, ils en firent un pensionnat avec classes.

4° Les Noviciats, ou maisons d'épreuve, où les aspirants à la Compagnie étaient admis, ainsi que nous l'avons déjà vu, aux exercices de la vie Spirituelle pendant deux ans au moins. Les noviciats, comme les collèges et toutes les autres maisons, devaient avoir des fonds suffisants pour leur entretien. Le Premier noviciat fut fondé à Lisbonne.

5° Les Résidences, qui n'étaient que des maisons professes en petit, ou, si l'on veut, des collèges en germe. Telle fut, de 1604 à 1608, la résidence de Poitiers qui dura jusqu'à l’organisalion du collège, et dont le P. de Moussy fut le supérieur.

6° Les Missions, qui étaient des résidences placées dans les pays infidèles ou hérétiques.

L'Ordre entier était divisé en Assistances. Chacune d'elles embrassait plusieurs provinces, absolument indépendantes les unes des autres. Poitiers était de la province d'Aquitaine, qui fut fondée en 1564, et dont le siège était à Bordeaux :.

On entendait par Province un certain nombre de maisons, collèges, pensionnats ou résidences soumis à un Supérieur. Chaque province correspondait, ou à peu près, aux Académies de nos jours, dont le chef est le Recteur. Le supérieur de la province s'appelait le Provincial. Son Pouvoir durait habituellement trois ans. Chaque année, le P. Provincial faisait ce qu'on appelle la visite dans tous les établissements de sa juridiction. Chaque anrée aussi, il faisait la distribution des emplois ; il disposait des personnes, à l'exception des préposés des maisons-professes et des recteurs des collèges, dont la nomi-

1. Of. Hamy, Des Domiciles de la Compagnie de Jésus. En1749, la province d'Aquitaine comprenait : 4 maison professe, 41 collèges, 4 noviciat, 5 séminaires, 8 résidences, 437 religieux, dont 240 étaient prêtres. Poitiers, à lui seul, entrait en ligne pour : 4 collège (Sainte-Marthe), 1 séminaire (le collège Irlandais), et 4 séminaire-pensionnat (le Puygarreau).

nalion était réservée au chef suprême de la Compagnie.

A la tête dé l'Ordre était le Général (Præpositus generalis), qui était élu pour la vie dans une assemblée générale, espèce de conclave, composée des provinciaux et de deux délégués de chaque province. Le Général ävait sa résidence à Rome. C'est là que, tous les trois ans, se rendait le délégué ou procureur des Congrégations provinciales, chargé de rendre compte au Général de l'état des provinces : la réunion de ses délégués s'appelait la Congrégation des procureurs. Une de ses principales fonctions était de décider sur la nécessité d'assembler une congrégation générale dans laquelle résidait le pouvoir législatif suprême. C'est tine assemblée générale, constituée ainsi que nous venons de le dire, qui nommait le Général.

IT

A l'égard des collèges, qui nous occupent ici spécialement, ils avaient chacun leur supérieut particulier sous le litre de Recteur ou de Vice-Recteur. Choisi parmi les maîtres les plus habiles par lé Provincial, et nommé, sur la proposition de ce dérnier, par le Général de l'Ordre, le Recteur tire de ce chef unñé autorité sans conteste et illimitée sur tous sés subordonnés. Il à la responsabilité entière de la maison, dont il surveille la marche dans toutes ses patties. C'est lui qui représente la Société ét l'engage par sa signature, ne reconnaissant d'autre contrôle qué celui du Provincial. Toutefois, à l'instar des rois constitutionnels, le P. Recteur règne, mais ne gouverne pas ; vague Providence, il reste dans la coulisse. La durée des fonctions rectarales est, en général, de trois ans : c’est le triennat rectoral, comme on l'appelait. Quelques récteurs cependant administrèrent le collège de Poitiers tantôt plus, tantôt moins que le terme prescrit.

Immédiatement au-dessous du Recteur, mais supérieur à tous les autres religieux, était le Préfet des études ou Censeur, dont le nom s’est conservé dans l’organisation de l'Université moderne. De lui partaient tous les ordres relatifs à l’instruction et à l'éducation des élèves. Il avait la direction spéciale de l'enseignement ; il visitait les classes, les études, donnait

les sujets de composition, nommait des commissaires pour les corriger, présidait aux examens ; il surveillait les récréations, les promenades ; il maintenait la discipline. A Poiliers, son cabinet, ou la Préfecture, où il se tenait en permanence pour présider aux mouvements, se trouvait, à droite en entrant, au rez-de-chaussée du bâtiment des classes ouvrant sur la cour.

Les fonctions de Préfet étaient tellement absorbantes, qu'il y eut à un moment donné deux préfets des études au collège de Saint-Marthe, l’un pour Île grand collège, l'autre pour le moyen et le petit collège. Au-dessous du Préfet, était généralement un sous-préfet, plus particulièrement chargé du maintien de la discipline. Ce dernier était aidé dans sa tâche par les professeurs ou régents d'abord, et ensuite par les surveillants, que l’on recrutait parmi les moins intelligents et les moins instruils des Jésuites.

Le troisième administrateur du collège était le Procureur ou Syndic, dont les fonctions rappellent celles de nos économes, qui portaient même ce nom à l'époque du premier Empire: emploi peu relevé dans la Société des Jésuites, et dans lequel ils reléguaient ordinairement les sujets qui n’annonçaient aucune capacité pour les sciences ou pour le gouvernement, C'était en somme une place obscure, et généralement assez mal remplie d’ailleurs, à en juger du moins par les comptes du collège de Poitiers qui, on pourra le constater bientôt, sont loin d’être des modèles de ce genre.

Le Procureur était chargé des intérêts matériels de l’établissement et des finances. Il surveillait les achats et les ventes ; il dirigeait le personnel des domestiques, trailait avec les fournisseurs. Il encaissait les revenus, tenait les livres de comptes et payait les dépenses. Dans les baux de ferme, dans les contrals d'acquisition ou de vente, dans. les procès même, c'est lui qui, avec le Recteur, comparaissait et représentait le collège. Tous les ans, à des époques indéterminées, mais généralement soit le 1‘ juin, soit le 1° juillet, et de concert avec le Recteur, il présentait ses livres au Provincial, l’Inspecteur général d'alors, qui les revêtait, sans {trop les scruter souvent, de son approbation. Souvent même, il fallait que ce dignitaire fût doué ou d'une grande dose d'indulgence, ou d'une clair-

voyance et d'une perspicacité peu communes, soit pour excuser tant d'omissions et d'erreurs dans les calculs, soit même pour se faire une opinion fondée sur la vérité.

La durée des fonctions du Syndic n'avait rien de fixe : les uns n’ont fait que passer dans leur charge, les autres au contraire l'ont exercée pendant de longues années.

Ces registres, ou livres de comptes, dont il vient d’être parlé, secs et en apparence inanimés, nous initient non seulement à la comptabilité des Procureurs, mais encore à la vie intérieure des Jésuites au collège de Sainte-Marthe. On y voit, invariablement consignés en sept ou huit chapitres, les recettes et les dépenses ordinaires et extraordinaires, les revenus et les charges des maisons de Poitiers et des domaines et: fermes de la campagne, les dettes passives à intérêt et sans intérêt, les dettes actives ou créances, et enfin les provisions en magasin, étoffes, toile, cuir, bois et fagots, vin, blé, huile, sucre, lard et beurre, cierges et chandelles, avec leur valeur en argent. Rien n’y estoublié,pas plusles épingles que le sel et le vinaigre. On peut comparer le prix des denrées et des diverses choses de l’époque au chiffre d’aujourd'huit.

Par exemple, en 1670, on acheta 70 pipes de vin à 95 livres la pipe *. En 4671, la pipe ne coûlait plus que 10 livres! En 174%, 40 livres. On en eut à 30 livres l'année suivante. En 17417, on paya la barrique 45 livres : on ne dit pas si c'était du vin vieux. On buvait le vin de Loudun, de Ligugé (un des meilleurs crus du Poitou), de Comblé. On le leur apportait même au collège.

En 1670, la charretée de foin se payait 14 livres. En 1671, le blé valut 3 livres le setier. En 1744, le setier de froment monta jusqu'à 6! 10°.

A. Archives Départementales, D. 29 ct 32.

2, La contenance de la pipe était de « douze vingt-sept (247) pots ». en du 18 janvier 1567 pour Poitiers; du 25 janvier 1578 pour le

ottou.

En 167%, chaque réortée ! de bûches revenait à 10 livres. Les fagots se payaient, année courante, à raison de 1 sol pièce.

En 1748, une vieille montre fut payée au collège 61 livres.

On achela, en 1744, pour 159 livres de volaille, que l'on paya en gros : il y avait, cette année-là, 48 jésuites au collège et 3 à la campagne. Il convient d'ajouter qu'ils recevaient force chapons sous forme de rentes.

La même année, on paya au boucher 3.807! 41° pour viande, lard et suif. Les provisions de carême coûtèrent L201 55:

En 1753, un bréviaire fut acheté au prix exorbitant de 40 livres.

On cuisait le pain dans le collège. Le blé, moulu au moulin de Ligugé, était apporté au boulanger, qui recevait 40 livres par an.

Tous les métiers, ceux du moins nécessaires à l'entretien des Jésuites et du matériel, étaient installés au collège.

On y trouvait d’abord la couturerie, où se confectionnaient les soutanes des religieux. La provision des draps était toujours faite à l'avance, et deux garçons {ailleurs y travaillaient constamment, moyennant 72 livres par an. Les dépenses pour la «couturerie » s’élevèrent, en 1744, à la somme de 1.368! 1254.

La lingerie était tenue par les Frères coadjuteurs. Coût en 1744 : 6921 85.

Le blanchisseur touchait 236 livres par an. On lui fournissait en outre le savon, qui coûtait 100 livres la « manon ». Jusqu'en 1662, le blanchisseur du collège fut logé dans Ja maison de la Petite-Groix, appartenant aux Jésuites, moyennant un loyer de 90 livres, qui était compris dans le prix des gages. ÿ

La cordonnerie était aussi très importante : 99! 662%. On avait de temps en temps, pour häter le travail, un garçon cordonnier, auquel on allouait une petite somme.

1, On appelait réorlées des fagots mêlés de gros bois et liés avec des branches flexibles (réortes). Chacune devait avoir 7 pieds et 9 pouces de tour. * Cf. Boissonnade, Essai sur l’organisation du travail en Poitou, t. I, p. 257 et 261, (Mém, de la Soc. des Antiq. de l'Ouest, t. XXI, an. 1898).

L’apothicairerie, établie au collège, servait aussi pour l'extérieur et était une ressource, parfois très abondante, aux Jésuites:409 livres en 1744. C'était comme une phurmacie publique. Les apothicaires de Poiliers, qui formaient, avant la Révolution, une corporation puissante dans la Faculté de médecine, en étaient même jaloux. C’est ainsi que, le 29 août 1739, M. Mauduyt, doyen, informe la Faculté que la corporation des apothicaires a surpris des drogues et médicaments vendus par le Frère apothicaire des Jésuites de cette ville à des habitants. En conséquence, les apothicaires de Poitiers présentèrent une requête au juge de police afin d'obtenir la condamnation des Jésuites et ils, prièrent la Faculté de s'associer à leur action contre ces RR. Pères. La Faculté ajourna sa décision ?. k |

Au chapitre des gages des serviteurs, outre les gratifications données au personnel de la maison, nous relevons encore 24 livres au vitrier, 50 livres au serrurier, et au gardien de l’église, en plus de ses praliques et du potage tous les jours, un grand pain de quinze en quinze jours.

L'organiste de l’église touchait 30 livres de gages annuels.

Le maréchal avait un compte ouvert, car il y avait cheval et voiture au collège, sans compter le gros bétail de trait ou : de labour de Ligugé ou d'ailleurs. En 1641, on vendit une cavale 77! 15 ; une autre, en 1677, pour le prix de 80 livres.

Il y avait donc au collège une écurie (le palefrenier toucha 38! 6°en 1744) et un grenier à foin, toujours abondamment pourvu. Il y avait même une volière et une basse-cour, où soigneusement était engraissée la volaille,

Une autre partie de la maison était l’objet de tous les soins des Jésuites :c'étail le jardin, sur le versant de la colline, d'où l’on avait alors la vue merveilleuse, tout ensemble riante et grandiose, des bords du Clain, des coteaux et des bois de Saint- Benoît. Là croissaient les légumes et les plantes nécessaires. Là müûrissaient aux chauds rayons du soleil les fruits savoureux elles grappes vermeilles.

4. Cf. Jablonski, Histoire de l’ancienne Faculté de médecine; — Archives Départementales, D. 7.

Ils payaient3 livres de rente annuelle à leur voisin l'abbé de la Celle pour une petite partie contestée de ce vaste jardin!

Ils donnaient 36 livres par an au jardinier, chargé d’entretenir leur parterre, dont il faisaient leur promenade habituelle. Les chambres du rez-de-chaussée, à l'est, ouvraient de plain pied sur ce parterre, où les seuls pires venaient également prendre leurs récréations et leurs ébats.

Un autre objet de dépenses encore était la correspondance: Les Jésuites envoyaient et recevaient quantité de letires et de paquels. Le 13 février 1666, ils faisaient marché avec . Mes Giraud, maitresse de la poste à Poitiers, « pour toutes les lettres et pacquets qui leur viendront par la poste», moyennant la somme de 100 livres par an. En 1656, on paya 60 livres pour le port seul des lettres, et aux Procureurs de la province et de Paris environ 100 livres. En 1760, la correspondance fut surtout {rès suivie avec Bordeaux, Paris et Rome : on paya celle année-là 603 livres. CRE

Ajoutez à cela les frais de voyages ou viatiques, qui se montaient quelquefois à plus de 300 livres.

Enfin il y avait les procès. À cet objet les Jésuites consacraient chaque année des sommes considérables ; ceux de l’année 1681 leur coûtèrent 1.615 livres.

Plusieurs de ces procès étaient occasionnés par les rentes ou pensions que le collège servait à divers particuliers. Souvent aussi les Jésuites plaidèrent avec leurs voisins qui n'étaient pas toujours très dociles. Eux-mêmes étaient-ils, en toule circonstance, des voisins bien commodes? Déjà, en 1608, ils étaient, nous l'avons vu, en procès avec le seigneur de Puygarreau. En 1645, ils perçurent une amende de 4.000 livres ordonnée en leur faveur par le maître des requêtes. Mais c'est surtout à l’occasion de leurs bénéfices à la campagne qu'ils eurent maille à partir avec leur prochain.

Pour les défendre en justice, les Jésuites avaient un avocat ou solliciteur. Le premier à qui ils confièrent leurs intérêts au début de leur installation, fut Me Girault, qui touchait 60 livres

d'honoraires par an. M. Girault étant mort le 26 mai 1629, il fut remplacé par Me Porcheron. En 1724, et longtemps encore après, l'avocat des Jésuites était Me Babinet, et leur huissier Me Chantaize.

Il estcurieux d’éludier ce côté de la vie des RR.Pères à Poitiers, où on ne pouvait souffrir leur soif insatiable de dominalion et de biens temporels. Il existe aux Archives Départementales (D. 27) un Livre des Instances et Procès du College, de 1724 à 1729. On en compte, durant ce court intervalle de cinq ou six années, une cinquantaine au moins, tous relatifs aux métairies de Ligugé, Pamproux, Loudun, La Carte et Comblé, pour droits de dîmes, arrérages, cens, charnage, pacage, elc., etc.

D'où provenait l'attaque? Autant demander qui, des deux plaideurs — les Jésuites ou leurs voisins, — avaitle plus souvent gain de cause. Aussi peu soucieux de ce qu'il en coûtait à plaider que de ce qu'il en restait après la sentence, soit à leurs adversaires, soit à eux-mêmes, les Jésuites plaidaient par pur amour de la contestation et de la chicane. Le Fr. Tillé, à qui était confiée, à l'époque dont nous parlons, la surveillance et la direction du prieuré de Ligugé, n'avait-il pas promis d'épurer, par tous les moyens possibles, les arrérages qui étaient dus jusqu'à l’année 1798 ?

&« Qui a terre, a guerre », dit-on communément. Citons quelques faits qui montrent que les Jésuites propriélaires n'avaient pas plus de sympathies en Poitou que les Jésuiles fondateurs de collèges.

Le 29 mai 1724, le P. syndic du collège, poursuite et diligence de Marie Mousnier, veuve Martin, fermière de Fontadam, fit assigner le sieur Bourcy et demoiselle Jeanne Vallée, son épouse, pour se voir condamner de payer vingt-neuf années d'arrérages de la rente noble, féodale et foncière d'un boisseau de froment, mesure de Civray, et deux deniers de cens, due annuellement à la seigneurie de Fontadam sur six boisselées de terre situées au terroir de Jarruyes.Bourcy dénia de posséder aucune terre dans ce terroir. Sur cette dénégation, il fut ordonné que le P. syndic justifierait sa demande, ce qui fut. fail par une enquête composée de quatre lémoins, après

laquelle Bourcy se soumit et s’obligea de payer les arrérages et les dépens : ce qu'il fit en l'année 4707.

Vers la même époque fut soutenu un long procès contre MM. Brice de Pamproux. Il était question de savoir si la métairie de Mortefon, appartenant aux sieurs Brice, était exempte de dime ou non. MM. Brice disaient pour leur défense que leur métairie avait été aliénée du prieuré de Pamproux et qu'il était hors de doute que les dimes l'avaient été avec le fonds. L’on répondait qu'ils n’avaient qu’à rapporter le titre d’aliénation, que ses clauses videraient la contestation.

Ils opposaient en second lieu la prescription. On leur objecta que le clocher de Pamproux était un titre contre lequel la prescription n'avait point de lieu. Il y eut quelques autres moyens de défense fournis de part et d'autre, après lesquels intervint sentence à la Cour conservatoire de Poitiers, qui condamna les sieurs Brice au payement des dîmes du jour de la demande et aux dépens. La sentence leur fut signifiée avec commandement. Enfin, le 10 mars 1798, les sieurs Brice promirent d'acquiescer à la sentence. En conséquence, les arrérages furent réglés à la somme de 131! 9° 44: laquelle somme jointe à celle de 344! 7° 84 pour frais et dépens, s’éleva à celle de475° 17°, qu'ils s'engagèrent verbalement de payer. — Le firent-ils jamais ?

Les Jésuites avaient depuis plus de dix ans un procès avec M. de Beuvron. Il s’agissait d'obliger ce seigneur à faire fermer une rupture qui s'était produite sur la rivière de la Dive au-dessus de son moulin, et par laquelle une partie de l’eau de cette rivière se perdait: ce qui mettait le moulin de Palluau, appartenant aux Jésuites, à sec la majeure partie de l'été.

Le seigneur de Beuvron se présenta à cette assignation et soutint que l'endroit où l’eau se perdait n'était point dans son fonds, mais bien dans celui du seigneur de Retourné. Ce dernier fut appelé et mis en cause par le seigneur de Beuvron. La question du procès se réduisait à savoir si celui qui a un moulin au-dessus de celui d’un autre particulier, est obligé de donner à celui qui est au-dessous du sien, non seulement l'eau qui passe par son moulin, mais même celle qui devrait y passer et qui se perd dans son fonds, ou dans le fonds d’autrui.

Le seigneur de Beuvron convint qu'il était d'usage sur la

rivière de Dive où les moulins des parties étaient situés, que le propriétaire d'un moulin est obligé de donner non seulement l'eau qui passe par son moulin, mais même toute celle qui doit y passer, au moulin qui est par dessous. Or le moulin de Palluau étant au-dessous de celui de Beuvron, il était sans difficulté que le seigneur de Beuvron devait fournir toute l'eau qu'il devait avoir, ainsi qu'il en était convenu: c'est sur ce principe que le seigneur de Beuvron mit en cause le seigneur de Retourné, pour qu'il eût à faire fermer l'endroit par où l’eau se perdait, comme étant dans son fonds, et d’ailleurs comme devant la faire conduire au moulin de Beuvron. - Le seigneur de Retourné sans admettre le principe établi sur la conduite de l'eau d'un moulin à l’autre par rapport àla rivière de Dive, soutint que c'était au seigneur de Beuvron à réparer la chaussée par laquelle l'eau se perdait, et il le justifia par une ou plusieurs enquêtes composées de plus de quarante témoins qui déposèrent que l’on avait ouvert ce bord de rivière pour réparer le moulin de Beuvron jusque dans ses fondements, et que la permission n'avait été donnée par les seigneurs de Retourné qu’à la charge par le seigneur de Beuvron d'entretenir à l'avenir la chaussée qu'il avait fait faire, après le rétablissement de son moulin, pour retenir l’eau dans son lit ordinaire, et qu'en conséquence le prédécesseur de M, de ‘Beuvron avait fait réparer la même chaussée toutes les fois qu'elle en avait eu besoin.

Il faut remarquer que le P. syndic, qui avait conclu seulement contre le seigneur de Beuvron par son exploit, conclut aussi en tout événement contre le seigneur de Retourné quand il eut été misen cause par le seigneur de Beuvron, Le seigneur de Beuvron, de son côté, concluait contre le P. syndic du collège et soulenait la nullité des visites qu’il avait fait faire par autorité du juge conservateur.

Cependant, comme les Jésuites offraient de faire une nouvelle visite, le seigneur de Beuyron, qui en craignait l’événement, concluait à sa garantie contre le seigneur de Retourné. Enfin le seigneur de Retourné demandait d'être renvoyé avec dépens, tant de la demande en garantie contre lui formée par le seigneur de Beuvron, que des conclusions incidentes du

P. syndic du collège. H disait à l'égard du seigneur de Beuvron que mal à propos il l’avait mis en cause pour réparer la chaussée, vu que par l'enquêle qu'il avait signifiée il était prouvé que le seigneur de Beuvron était tenu de la réparer, comme ses auteurs (ancêtres) l'avaient toujours fait. Et, à l'égard des conclusions des PP. Jésuites, il soutenait, contre ce que le seigneur de Beuvron avait reconnu, qu'il n'était point d’usage sur la rivière de Dive, que le possesseur d'un moulin qui est au-dessus d'un autre, fût obligé de donner d’autre eau que celle qui passe au premier. Il réclamait encore contre les nullités des visites que le P. syndic du collège avait fait faire.

Enfin, sentence intervint le .. juillet 4729, qui condamna le seigneur de Retourné à réparer la chaussée de telle sorte que l'eau ne püt se perdre. 11 fut aussi condamné aux dépens tant envers le P. syndic qu'envers le seigneur de Beuvron.

« Il faut bien que nous levions cette sentence, dit le Père jésuite chargé de poursuivre ce procès, puisque notre moulin souffre beaucoup de la perte de l’eau. Mais il me parait que le juge conservateur a mal jugé en condamnant le seigneur de Retourné, puisque par l’enquete qu’il a signifiée au procès, contre laquelle le seigneur de Beuvron n’a rien opposé de considerable, il est prouvé que l'ouverture par où l’eau se perd a elé faite pour reparer le moulin de Beuvron, et que ses auteurs ont entretenu pendant longtemps la chaussée qui fut faite pour remettre l'eau dans son cours ordinaire.

» À l'égard du P. syndic du college, peu lui importe quel des seigneurs de Beuvron ou de Retourné soit condamné. Il n’a d'autre interet que d'avoir l’eau qui doit naturellement venir à son moulin. Le seigneur de Beuvron convient que l'usage est tel sur la Dive, que le moulin de dessus doit donner toute l’eau au moulin de dessous, il n’en faut pas d'avantage pour l'y obliger.

» Depuis la sentence levée etsignifiée avec commandement, le seigneur de Retourné en à interjeté appel. Nous l’avons anticipé, et j'ai envoyé tout le procès à Paris avec un memoire instructif par le messager du 7 juin 1730. M. de Marsay à fourni des griefs au commencement de 1731. J'ai envoyé un memoire à Paris pour y repondre. Cependant nous avons oh-

tenu un arret qui nous permet de faire les reparations, devis et marché prealablement faits. En conséquence, j'ai fait le marché avec le sieur Martin, maitre entrepreneur d'Oyron, lequel a fait l'ouvrage moyennant 350 livres. Il faut envoyer le devis et marché à Paris avec la quittance de la somme de 330 !, et poursuivre vivement le jugement du procès qui est distribué à la 3e des Enquetes ».

Il serait facile de multiplier les exemples. Les avances pour la poursuite de tous ces volumineux procès, véritable montagne de papiers et de parchemins, étaient faites par le collège et envoyées directement au Frère qui administrait les bénéfices. Celui-ci négligeait quelquefois de les inscrire sur son livre de comptes, tout en marquant dans sa recette les payements qu'il avait encaissés, comme s’il en avait fait luimême les avances : ce fut le cas du Fr. Boysset, de Ligugé. De là des erreurs sans nombre et cette anomalie dans les comptes du eollège, où l’on trouve beaucoup d’avances pour frais de justice, sans qu'il y paraisse aucun remboursement,

Au reste, ce ne sont pas là les seules erreurs contenues dans les comptes des Jésuites. Ces comptes, qui nous ont déjà fourni des renseignements fort utiles, sont également curieux à étudier. Il y en a, aux Archives Départementales de Poitiers (D.29 et32), trois séries complètes: la première, de 1607 à 1665 (registre in-12), sous la rubrique : Comptes de la Residence et du College de la Compagnie de Jesus ; la deuxième, de 1666 à 1687, sous ce litre : Comptes du College de la Compagnie de Jesus; et la troisième, de 1743 (après une lacune de 56 ans) à 1761: Comptes du College royal de la Compagnie de Jesus. Pour les Jésuites, à cette époque, la recette est le « receu », et la dépense « le despendu ».

Le recteur et le procureur du collège étaient tenus, avonsnous dit, de soumettre leurs comptes au Provincial de la Compagnie en Aquitaine, lorsqu'il faisait, chaque année, ce qu'on appelait la « visite ». Cette visite n'ayant pas lieu à date fixe,

les comptes étaient vérifiés tantôt quelques mois avant l’année révolue, tantôt quelques mois après. Ainsi, en 1750, la vérification avait été faite le 1% mars; celle de 1760 est datée du 1% mai, et celle de 1756 du 1% août; en 1761, le Provincial fit sa dernière visite le 1% septembre. L'intervalle d'une vérification à l'autre était même quelquefois de deux années: 1621 à 1623 et 1630 à 1632.

Le premier compte de la Résidence fut présenté le 26 mai 1607; il établit l'état de la recette et de la dépense depuis le 20 juillet 1605 qu'on prit possession du collège de Sainte-Marthe. Il ne peut être cité comme un modèle de bonne comptabilité.

Le voici tel qu'il fut soumis au R. P. Christophe Baltazar, Provincial, par le P. Jacques de Moussy, supérieur de la Résidence : (Il n'y avait pas encore de procureur).

A eslé trouvé qu'on a receu depuis le 20° juillet Â605 4.534 Despendu depuis le mesme temps . . . . . . ‘'. 3.823!

Dont appert qu'il a esté plus receu que despendu . 131! Laquelle sommes’est trouvée es mains dud.P. Moucy.

Provisions de la maison.

Blé froment dix sesliers. . re et Ce 10 siers TIC TT CLÉS OSEO TRE NE CEE EE OCR Rens RP D PE Ses 2 LE Vus SO

Outre ce que dessus y a entre les mains du P.Moucy, superieur, 1.500! don du Roy pour le bastiment du College. Plus 4.000! de la vente de la maison de Montanaris, de laquelle faut desduire toutes les reparalions failes à la maison et college de St-Marthe desquelles Mons’ Mignon fait la depense et (un mot illisible). — Baltazar. ;

Le compte de l’année suivante, arrêté le 18 août 1608, et qui fut présenté au Provincial, Claude Champbon, par le même Jacques de Moussy, agissant encore seul, ne nous donne non plus aucun détail ni sur le montant ni sur la nature des réparations faites pendant l'année écoulée. Les dépenses comme les recetles y figurent en bloc, même avec des erreurs

de détail, et le Provincial approuvait tout sans contrôle. Les Jésuites peuvent-ils d’ailleurs se contrôler entre eux ? Y a-t-il eu jamais débat, contention, rien qui donnât lieu de s’apercevoir qu'ils étaient plus d'Un ? L'intérêt de la maison ne prime-il pas chez eux l'intérêt personnel, à tel point qu'ils ne puissent même pas se soupçonner? — Et cependant les recettes avaient élé, cette année, assez fortes et les dépenses considérables, puisqu’ « il a esté trouvé qu’il (le Supérieur) a receu depuis le dernier arrest des comptes »,y compris les sommes qui alors lui demeurèrent entre les mains. 14.728! 195, 27

Dé plRdus LrSAT ER AT 10.974! 155 8° Et partant plus receu que despendu . 194 02 00 Laquelle somme le P, Moucy a consignée

entre les mains du P, Jean de la Renaudie,

son SuCCesseur.

Plus: la somme des, 4 , 6 6 0 + 8B71: » 1»

provenant de diverses mesnageries et aumosnes,

Tout Ce qu'il you Coffres Es ou 1.331120"

À cette encaisse vint s'ajouter, en 1609, le « receu depuis ce temps », qui monte à. 3.414102

CÉAQUL JAUNER dOUTS LEE

En marge, on lit: «/l y a (en coffre) 3.198! 145 21 ». Qu'avait-on fait de la différence ? — Mystère.

Le despendu depuis ledit temps est de. . 2.820! 13° » EL partant y a plus de receu que de depend." 65 ee os TR en 1.612! 195 82:

Le rédacteur de ce compte ajoute : « Outre ce que dessus il y a es mains du P. recteur 279 livres que quelques particuhiers ont donné pour amortissement des promesses faites pour la fondation de l’establissement de ce college ».

Page 1