Archives Départementales, D
« Trois sepmaines après, ledit Cottiby a retourné dans son herreur » !.
Vingt-trois ans plus tard,un autre Cottiby (Samuel), ministre de Poitiers, que ses coreligionnaires avaient surnommé Chrysostôme ou Bouche d’or, fit son abjuration solennelle entre les mains de l’évêque de Poitiers, à la porte de la cathédrale, en présence de plus de dix mille personnes, le 25 mars 4660. Les Conversations qu'il avait eues, dit-on, avec le P. Adam, jésuite de la maison de Poitiers, lui avaient ouvert les yeux. Cottiby fut présenté au Roi, aux Reines et à M. le Cardinal, lors de leur passage à Poitiers le 4 juillet de la même année, « Lous lesquels luy firent beaucoup d'honneur et de caresses et le congratulerent de son heureuse conversion » ?.
Cottiby s'étant cru obligé d’instruire ceux qu'il quittait, des raisons de son changement, Daillé, autre ministre, fit à ce sujet sa Lettre à M. de la Talonnière (Le Coq) sur les changements du sieur Cottiby, imprimée en 1660, in-8. On peut regarder cette lettre comme un petit traité contre la pratique de la confession auriculaire et du jeûne du caréme.
Le P. Adam lui répondit par un livre resté fameux Response à la lettre de Monsieur Daillé, ministre de Charenton, contre l'honneur de M. Cottiby, etc. (Poitiers, Jean Fleuriau, 1660). Ce livre est dédié au célèbre Ministre de Louis XIV, le
Cardinal Mazarin, que l’auteur proclame tout à la fois « le plus grand Politique qui fut jamais et le plus ardent defenseur de la Foy ».
Le P.Adam y réfute les célèbres calomnies du ministre protestant contre le pape, le roi, les évêques, et contre toute
l'Eglise, qu'il accusait d’athéisme, de libertinage et de corruption des mœurs.
Dans un préambule des plus élogieux pour M. Daillé, à qui il reconnait d’ailleurs toutes les qualités d'un ministre catholique, qu'il vénère même à cause de son grand âge, le savant jésuite expose habilement et en fort bon style le plan de sa longue réfutation, espérant bien, lui dit-il, « que cet ordre me pourra mettre à couvert de la delicatesse de vostre esprit, et
1. Archives historiques du Poilou, t. XV. Journal d’Antoine Denesde.
que vous ne direz pas que ma piece porte par-tout les marques de la confusion ».
Cottiby répondit à son tour. Sa réponse et celle du P. Adam occasionnèrent l'ouvrage anonyme suivant: Réplique aux deux livres de MM. Adam et Cottiby. (Genève, in-4, 4662 ; 2e édition 1669).
Le P. Adam était de la Saintonge. C'est de ce Jésuite, d’ailleurs assez habile homme, qu’on a dit en parlant de ses écrits, qu’ « Adam n’était pas le premier des hommes ».
Quant au personnel enseignant proprement dit, il se composait de professeurs pour les classes supérieures, et de régents et maîtres pour les classes de grammaire. Un préfet, ainsi qu'on se le rappelle, assistait le recteur pour la surveillance des études et des exercices.
L'enseignement des Jésuites se donnait à Poitiers, comme dans tous les autres collèges de la Société, d’après le livre des Constitutions !, œuvre de Loyola, commentée par Lainez, son successeur, et d’après la fameuse Ordonnance de Claude Aquaviva, leur général, ordonnance connue sous le nom de Ratio studiorum ?, et qui fut promulguée à Rome en 1599 : véritable programme scolaire, qui offrait aux professeurs de la Compagnie, dans quelque pays du monde qu'ils enseignassent, une même direction et des méthodes identiques. C’est à ce code, fruit de longs jours de prières et d’une expérience consommée, que l’enseignement des Jésuites doit son admirable uniformité et les succès qu'il a longtemps obtenus *.
4. Les Constitulions, écrites en latin, ont été traduites en français, en 1843, par Génin. Elles sont divisées en dix parties : la quatrième, qui est la plus longue, est consacrée à l’organisation des études.
2. Ralio atque institutio studiorum Societatis Jesu, superiorum permissu. Tournon, 14603. — Il en existe d’autres éditions. La première fut donnée à Rome, en 1586. Cet ouvrage fut supprimé par l’Inquisition. Il était d’ailleurs vu de mauvais œil par les Jésuites eux-mêmes, qui-ne voulaient pas être gênés dans leurs opinions. Cf. Michaud, Biographie universelle.
3. « Pour ce qui regarde l'instruction de la jeunesse, il n’y a qu’un mot à dire : consultez les classes des Jésuites; car il ne se peut rien faire de mieux ». — Bacon, De dignilate et augmentis scientiarum. Un autre philosophe, qui avait été nourri par eux aux lettres dès son enfance, Descartes,
A ces deux livres il est juste d'ajouter le traité du P. Jouvency « sur la manière d'apprendre et d'enseigner » 1, vrai manuel du jeune professeur, qui peut être considéré comme le couronnement du Ratio studiorum, mais qui ne fut publié qu’au xvur siècle.
On sait que dans les premières années, les cours d'enseignement ne furent organisés chez les RR. Pères de Poitiers que d’une façon incomplète. 11 n'y eut d’abord que trois classes (1607). Un peu plus tard (1610), on y ajouta la philosophie, et enfin la théologie (1642).
Dès lors, les cours ordinaires du collège de Sainte-Marthe (et du Puygarreau à partir de 1688) furent divisés en trois parties, trois cycles : la grammaire, les arts (humanités et rhétorique) et la philosophie? .
Ces cours étaient de sept années, dont trois étaient réservées à la grammaire, une aux humanités, une autre à la rhétorique, la classe par excellence, et enfin les deux dernières à la philosophie #.
Les troisclasses de grammaire(de grammaire latine s'entend),
estimait leur collège de La Flèche « une des plus célèbres écoles de l’Europe, où il pensait qu’il devait y avoir de savants hommes, s’il y en avait en aucun endroit de laterre ». — « Sur ce point de Pinstruction de la jeunesse, disait le P. Richomme, nous avons en notre faveur le témoignage de toutes les villes de l’Europe où nous avons des collèges, qui se trouvent bien de nos écoles, nous fient leur jeunesse, et approuvent nos exercices, et les louent, plus que nous demandons ; et les villes qui n’ont point de collèges et connaissent notre facon d'enseigner, ne cessent d’en demander ». Cf. Le P. Prat, Maldonat, etc. — Il yaune grande part d’exagération dans tous ces témoignages, ainsi qu'on pourra s’en rendre compte dans la suite de cet ouvrage.
1. Magistris Scholarum Inferiorum Societatis Jesu, de Ratione discendi et docendi, ex decreto Congregationis Generalis XIV. Auctore Josepho Juventio S. J. Editio secunda emendatior. Florentiæ, M. D, CC. VIII. — Une troisième édition fut faite à Rome en 1710.
2. La théologie étant considérée comme un enseignement supérieur, nous n'entrons pas ici dans le détail de son organisation. Elle comprenait deux classes : celle de théologie scolastique et celle de théologie morale. Dans l’une, on traitait du système des doctrines chrétiennes, telles que la grâce, le mérite, les sacrements, etc ; dans l’autre, de la liturgie, du droit canon, des cas de conscience, tels que les bénéfices, la simonie, la probabilité, et tout ce qui se rapporte à la casuistique. Le cours entier était fait d’après la Somme de saint Thomas.
3. Archives Départementales, D. 30. Il est souvent parlé dans les papiers des Jésuites d’un « 3° an de philosophie » ; mais il faut entendre par là l’étude de la théologie.
ou « basses classes », étaient celles de Sixième : (Zertia ou infima Grammaticæ), de Cinquième (Secunda.ou media Grammaticæ), et de Quatrième (Prima ou suprema Grammaticæ). Elles étaient consacrées à l'étude des exercices (rudimenta) de la grammaire latine. +
En Sirième, on s'occupait uniquement de ces rudiments pendant tout le premier semestre. Dans le second, on passait déjà (on allait vite alors) à l'explication de quelques Lettres familières de Cicéron, le premier auteur mis entre les mains des commençants ; on les faisait suivre des Bucoliques de Virgile et même de quelques pièces d'Ovide, telles que Île Noyer, ou autre, et des Fables de Phèdre *.
On commençait à enseigner en outre, dans la classe de Sixième, le catéchisme, les principes de la religion et l’histoire sainte. Une parlie de la classe du soir, le samedi, était réservée à cet exercice. Le catéchisme en usage était celui de Canisius, réglé, autant que possible, sur celui du diocèse, et que les Jésuites faisaient imprimer au commencement ou à la fin de leurs livres classiques. A l'étude de la religion et des textes sacrés ils substituaient trop souvent celle des livres de dévotion composés par les Pères du collège. Quant à l’histoire sainte, si fertile en miracles et en curieuses légendes, il faut croire qu'on ne l'enseignait pas à l'exemple du P. Berruyer, le célèbre professeur du collège des Jésuites de Rouen, auteur de l'Histoire du peuple de Dieu. La première partie de cet ouvrage, qui fit beaucoup de bruit dans le monde, comprend l'Ancien Testament. Il parut en 11285. Dans ce livre, écrit
1, Dans beaucoup de collèges de Jésuites, les études commençaient à la classe de Cinquième.
2. Nous n'avons pu trouver aucun programme imprimé du collège des Jésuites de Poitiers. Nous avons dressé cette liste et celles qui vont suivre à l'aide de documents épars dans les Archives départementales de la Vieune et des quelques livres classiques qui furent imprimés à Poitiers. Voici, au surplus, ce que portait le programme d’un autre collège de Jésuites voisin, qui fut affiché pour annoncer la réouverture des classes en avril 4690, à Pau : Classe de Sixième : M. T. Cicéron, Lettres familières, liv. X VI ; Ovide, Le Noyer; Clénart (mots barytons de). Cf. notre Histoire du Lycée de Pau, p. 69.
3. Le P. Isaac-Joseph Berruyer, Histoire du peuple de Dieu, depuis son origine jusqu'à la naissance du Messie, tirée des seuls livres saints, ou le texte sacré des livres de l'Ancien Testament, réduit à un corps d'histoire. (Paris, 4728, 7 Vol. in-4). La 9e partie va depuis la naissance du Messie jusqu’à la fin de la Synagogue, et comprend le Nouveau Testament. (La Haye, 1755, & vol. in-4). On a joint au premier de ces volumes le Bref de N. S. P. le Pape Benoît XIV, portant condamnation et prohibition de cet ouvrage. Il fut de nouveau condamné par Clément XIII et censuré par la Sorbonne.
avec élégance, mais avec plus d'affectation que de chaleur, le texte sacré, a dit Voltaire, est revêtu de toutes les couleurs d’« un roman de ruelle dans le goût de Clélie » ; les patriarches sont trasvestis en Céladons, leurs femmes en Astrées, et leurs aventures offrent souvent des peintures indécentes !. Encore ane fois, nous ne savons si le livre du P. Berruyer était en usage au collège de Poitiers ; mais ce qui est certain, c’est que, plus tard, quand les officiers royaux et municipaux de cette ville voulurent s'occuper de la manière d'enseigner la jeunesse dans les collèges, ils dirent qu'ils s’en référaient, pour cet objet, aux plans que la Cour avait demandés à l'Université par son arrêt du 3 septembre 1762. Ils insistèrent seulement (ce point est capital) sur l'étude de l'Ancien et du Nouveau Testament, qui, dirent-ils, avait été totalement négligée ou mal enseignée par les Jésuites ?.
En Cinquième, on abordait les Æpîtres de Cicéron, les Commentaires de César, Salluste, ainsi que l’Enéide de Virgile, à l'exception du IV* livre {quel scrupule !) ; Ovide, ad Liviam, et les Fables d'Esope. On revenait aussi sur les règles de la grammaire, et on apprenait la partie qui traite des huit parties du discours *.
Dans cet enseignement, la langue française avait à peine droit de cité. C’est en latin que se faisaient, sauf dans la première année de grammaire, les leçons du professeur, les réponses de l'élève, l'explication des textes et les devoirs écrits (thème ou version très courts). Les écoliers devaient se servir entre eux de l'idiome latin, même en dehors des classes, en récréation, en promenade, partout.
On parlait donc latin au collège de Poitiers, ainsi que dans tous les collèges des Jésuites (comme au temps de Montaigne),
1. On est choqué, par exemple, de la facilité avec laquelle Rachel cède Lia à Jacob pour une nuit, de la passion effrénée de la femme de Putiphar, de la coquetterie de Judith, des propositions brusques que lui fait Holopherne, etc. Ces tableaux sont mêlés de traits non moins inconvenants à d’autres égards. 11 y est dit qu'après une éternité toute entière, Dieu créa le monde ; qu’à Pair aisé dont il faisait les miracles, on voyait qu’ils coulaient de source; que le mal allait toujours croissant à la honte du Seigneur, etc., etc.
2. Cf. Recueil de plusieurs ouvrages du président Rolland. (Paris, 1783).
3. Programme du collège de Pau (1690) : Classe de Cinquième : M. T. Cicéron, Epêtres, liv. X ; Ovide, à Livie (Consolation) ; Esope, Fables ; Despautère (Syntaxe de,. à
mais quel latin! ÂVoli crachare super me. Semper lichat suos digitos. Ludamus ad savatam, ad equum fundatum. Comedi grossum boudinum. Sanquinat de naso, ete., ete. — « Tu escorches le latin, disait Pantagruel à l’écolier limousin, je te feray escorcher le renard, car je t’escorcheray tout vif » ?.
En Quatrième, l'étude de la syntaxe, de la construction figurée et de la quantité était immédiatement suivie de l'explication d'autres ouvrages, tels que le Songe de Scipion, le de Amicilia, le de Senectule, les Paradoxes, les Lettres ou Elégies d'Ovide. On continuait l'£néide avec quelques £'gloques ; on prenait ensuite les £'rcerpta de Catulle, de Tibulle, de Properce. Les Comédies de Plaute et de Térence étaient proscrites.
Dans cette classe, on commençait aussi à joindre à l'étude du latin les éléments de la langue grecque mise à la mode depuis le temps de Ramus. On ne tardait pas à expliquer S. Jean Chrysostôme, les Fables d'Esope, le Discours {oratio Parænefica) du diacre Agapet, et le Dialoque des Dieux de Lucien *.
En Zroisième, dite classe d'humanité (Schola humanitatis), et considérée comme le vestibule de la ARhélorique, on abordait les règles de l’art de bien dire; on lisait aux écoliers des ouvrages plus difficiles de Cicéron, ses Discours pro lege Manilia, pro Archia, pro Marcello, et quelques Tusculanes ; puis César, Salluste, Tite-Live. On abordait Horace, des Extraits, soigneusement expurgés, de quelques Comédies de Térence, quelques Satires de Juvénal. Pour le grec, S. Chrysostôme, S. Basile, S. Grégoire de Nazianze, Isocrate, Platon “. Et pour devoirs, une lettre de leur façon, à l’imitation de Cicéron, ou de Pline, ou encore des narrations et des vers latins.
La classe de Seconde n'existait pas au xvi° siècle ; elle nefit son apparition dans les collèges de l'Université et des Jésuites