Archives Départementales, D
2. Cette église célèbre — la seconde de Poitiers — fut érigée, vers le x° siècle, en collégiale. Son Chapitre fut aussitôt comblé de dons et de faveurs par les papes et les rois: ce qui sans doute le détermina À adopter pour armoiries celles du Saint-Siège unies à celles du roi de France. Ce dernier, du reste, portait le titre d’abbé de Saint-Hilaire, et le trésorier avait le droit de porter la mitre. C’est ce qui explique le choix du pape Eugène IV quand il nomma pour chancelier perpétuel de l’Université le premier dignitaire du Chapitre de Saint-Hilaire. C’est par lui ou ses délégués que, conformément à la bulle du 28. mai 1441, devaient être conférés les grades obtenus devant PUniversité. Il donnait la bénédiction apostolique aux licenciés, le bonnet aux * docteurs, dont il recevait le serment qu'ils lui prêtaient à genoux, et il scellait les lettres et les provisions qu'on obtenait dans les différentes Facultés. (Bibliothèque de la ville de Poitiers, Manuscrit A. XXVIII. 3344).
Le Chapitre de Saint-Pierre, jaloux d’une prérogative à laquelle il prétendait, protesta, mais inutilement, contre cette clause : toutefois, il obtint que les réceptions solennelles des candidats au doctorat se feraient dans la cathédrale, et cet usage se maintint jusqu’au 16 juin 1690. A partir de cette époque, les réceptions se firent généralement dans l’église des Jacobins, où était le siège de l'Université. (Arch. Dép., D. 196)
chaire où chacun disait une sentence religieuse ou morale : le dernier récitait l’action de grâces. Ensuite tous ensemble étaient reconduits solennellement, et toujours au son de la cloche, au collège pour y faire de nouvelles actions de grâces accoutumées. .
Le lendemain de cette seconde journée, ils pouvaient faire une leçon en classe.
Ainsi se terminait l'initiation des maîtres ès arts, qui recevaient, comme leurs condisciples du baccalauréat, des lettres imprimées sur parchemin et munies de la signature du
doyen, des docteurs, du secrétaire, ainsi que du sceau de la Faculté :.
Aujourd'hui nous procédons plus simplement: ce n’est peutêtre pas un mal. Surtout nous comprenons et nous enseignons la philosophie d’une tout autre manière. Le syllogisme n'est plus notre unique méthode. Nos recherches et nos investigations se sont portées dans les domaines les plus divers, et toutes les sciences sont devenues les auxiliaires et les tribu-
4. Archives Départementales, D.2 et 196. Nouveau décret du 4 août 1646. — Voir aux Pièces Justificalives, n° 11, un modèle de ces lettres.
Les droits à payer pour les deux lettres de bachelier et de maître ès arts étaient de 6! 85 pour les docteurs, et 20 sols pour le secrétaire. Il était d’usage aussi de donner des confitures et « une paire de gants de 40 sols » au recteur, au chancelier, aux docteurs, aux officiers de l’Université « et celuy qui sonnera la cloche lors de l’arrivée et retour desdits gradués », pour leur présence à la cérémonie. I1 y avait en outre à payer les tambours, les bedeaux, les sacristains, l’organiste de Saint-Hilaire, etc. — Archives Départementales, D, 196. Transaction du 8 août 1646 et autres diverses ordonnances.
Toutes ces dépenses, quoique très onéreuses, n'empêchaient pas la grande majorité de soutenir leurs thèses publiques. Cela tenait à l’importance du grade de maître ès arts. En effet, contrairement à ce qui se pratique de nos jours, les candidats à la prêtrise ne pouvaient espérer d'entrer avec quelque distinction dans l'état dont ils avaient fait choix qu'après avoir fait leur quinquennium, c’est-à-dire deux ans de philosophie dans un collège, et trois ans de théologie. Le certificat de quinquennium était délivré par le doyen de la Faculté des arts. Les gradués étaient choisis de préférence pour occuper les cures de la ville ; on leur réservait les canonicats et autres bénéfices. Il y avait même des bénéfices sans charge d’âmes, pour lesquels les grades dans l’une des quatre Facultés étaient valables. Pendant un mois dechaquetrimestre, toutes les vacances opérées par décès tournaient an profit des gradués, auxquels lé collateur, quel qu'il fût, excepté le roi, était obligé d’accorder la nomination. Les quatre mois affectés aux gradués se divisaient en mois de rigueur et mois de faveur. Dans les premiers, la supériorité ou l’ancienneté des grades prévalaient nécessairement; dans les autres, le choix restait libre entre tous les gradués.
taires de la philosophie. Pourtant il ne faut pas trop médire d’un système qui à formé les grands esprits du xvu° et du vx siècle, et peut-être faut-il regretter qu'on n'ait pas conservé dans notre enseignement contemporain ces discussions et ces polémiques qui, malgré l’abus parfois des belles phrases !, habituaient l'esprit à la précision, la mémoire à la fidélité, et donnaient un si grand élan aux facultés oratoires.
Les vacances commençaient aussitôt après. L'ouverture (ordinairement le lendemain de la fête de Saint-Louis, le 26 août ?, et quelquefois du 1* au 8 septembre seulement) en était célébrée avec une grande pompe. La plus grande solennité de cette fin de l'année scolaire était alors, comme aujourd'hui, la distribution des prix : elle se faisait en deux fois, à trois ou quatre jours d'intervalle, dans la même salle qui avait servi aux actes publics ?.
La distribution publique des prix est d'ailleurs de l'invention des Jésuites : elle est due à Laïnez, l’un des compagnons de Loyola, et remonte à l’année 1564. Les Jésuites, en effet, qui s’attachaient surtout à rendre l'instruction aimable, recherchaient. aussi les moyens propres à exciter l'émulation. La première de ces solennités, si douces au cœur des mères, si magiques dans la vie des enfants et même — quoiqu'il soit de mode de les ridiculiser aujourd'hui — dans les souvenirs de l’âge mûr, eut lieu au Collège romain, sous la présidence du cardinal Farnèse, qui en fit tous les frais. Bientôt cette cérémonie futadoptée par toutes les maisons de la Compagnie ; elle le fut plus tard dans tous les collèges indistinctement comme une récompense et un stimulant 4.
4. À ce point qu’on à pu dire de la philosophie des Jésuites ce qu’un ancien disait, mais avec moins de raison, de celle des Grecs : EMAvov prhocopix, Aoyüv 1V6p0s.
2, Règlements, art. XXII.