‹ Les Jésuites à PoitiersChapitre 20 sur 236 · XXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXIV INTRODUCTION

pouvoir mieux reconnaître leur attachement et leur zèle pour son service qu’en fondant à Poitiers une Université, réclamée à la fois par le Corps de Ville et par le clergé. Tout y existait déjà en partie, et tout était prêt pour celte grande institution. Grâce aux dispositions des souverains du Poitou et de ses habitants, grâce aussi au dévouement des évèques et des nombreux savants, l'instruction, nous l'avons vu, n'avait pas cessé d'y être en honneur. Outre l'école sous la direction de l’évèque de Poitiers, une autre école était entretenue par le Chapitre royal de Saint-Hilaire-le-Grand, une autre encore par l'abbé de Montierneuf. D’autres écoles enfin existaient soit à Poitiers même, dans le palais des comtes, soit aux environs, dans les monastères de Ligugé, de Saint-Jouin, de Nouaillé, etc. Des pédagogies, des maîtrises particulières donnaient, de leur côté, le prémier enseignement. Celui de la théologie, du droit, des arts, avait eu ou avait encore des professeurs qui attiraient de nombreux étudiants.

Comme on le voit, ni les maîtres ne manquaient aux écoles, ni les élèves aux maîtres. Ce qui manquait à Poitiers, c'était un établissement littéraire permanent et solide, où l’on enseignât officiellement les belles-lettres à tous les citoyens. La création d’une Université, en comblant cette lacune, ne faisait que consacrer et unifier nombre de fondations partielles sans méthode et sans lien.

D'ailleurs Poitiers réunissait tous les avantages que l’on pouvait désirer pour un établissement de ce genre. « Sa position centrale au milieu de la Touraine, du Berri, du Limousin, de l’Aunis, de la Saintonge, de l’Angoumois, de l’Anjou ; un pays abondant en blé, vin, bois, légumes, bestiaux ; tout concourt à y attirer un grand nombre d’écoliers, et à leur procurer toutes les facilités pour la nourriture, le logement et les autres commodités de la vie.

INTRODUCTION XXXV L'éloignement de Poitiers d’une rivière navigable le rend encore plus propre à devenir le siège d'une grande école. Ses habitants ne pouvant se livrer au commerce, ont moins cet esprit mercantile qui ramène tout à un intérêt pécuniaire ; esprit si contraire à l'amour des lettres et des arts. Poitiers, par sa position, ne présentant aucune de ces spéculations lucratives que tant d’autres villes offrent à la cupidité de leurs concitoyens, rend les Poitevins plus sociables, plus aimans, plus propres aux méditations qu'exige l'étude des hautes sciences ». Ainsi s’exprimait, il y à cent ans, le citoyen de Ferrières — que cet acte méritoire seul devrait mettre en honneur, -- quand il exposait longuement les titres comparatifs de Poitiers et de Tours qui se disputaient le Lycée de l'Ouest créé par la première République ?,

En outre de ces considérations, la création d’une Université à Poitiers était donc, en même temps qu'un témoignage glorieux de la fidélité des habitants de cette ville à leur souverain, de la part de Charles VIL, une dette de reconnaissance ;" mais elle était encore, cet surtout, il faut bien le dire, une nécessité politique. C'était aux plus mauvais Jours de l'invasion et de l'occupation étrangère. En donnant ainsi asile aux penseurs, aux artistes et aux savants de son royaume, dans une cité calme, studieuse, bien défendue, et placée au centre des seules provinces qui lui fussent restées fidèles, le roi Opposait une nouvelle Université à l'Université de Paris, dont la majorité

des membres avait accepté sa déchéance et acclamé Henri VI d'Angleterre.

C’est animé de toutes ces intentions que Charles VIT, se

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