‹ Les Jésuites à PoitiersChapitre 200 sur 236 · Pasquier, Catéchisme des Jésuites · texte numérisé non relu

Pasquier, Catéchisme des Jésuites

3. Archives Départementales, D. 2. Mémoire pour la Faculté des Arts, etc.

usaient d’une grande latitude, conformément à l’article suivant des Constitutlions de Loyola :

‘ « Si quelques-uns de ceux qui se présentent ne voulaient ni promettre d'observer les règles, ni donner leur nom, on ne devrait pas pour cela leur interdire l’entrée des classes, pourvu qu'ils se conduisent avec sagesse, et qu'ils ne causent ni trouble ni scandale. On pourra le leur faire entendre, en ajoutant cependant qu’on ne leur donnera pas les soins particuliers qu’on prend de ceux dont les noms sont inscrits sur

| les registres de l’Université ou de la classe, et qui s'engagent à en suivre les lois ». ne Pour mieux gouverner tout ce peuple abandonné à luimême, le préfet des études dressait un catalogue des pensions particulières où les étudiants éloignés de leurs parents pouvaient choisir un domicile. A des jours indéterminés, il visitait ces maisons, afin de s'assurer par lui-même si le bon ordre y régnait. Les maîtres de pension étaient responsables de la conduite de leurs locataires ; au besoin, ils étaient rayés du catalogue. Cette sécurité donnée aux familles en était une aussi pour les Jésuites.

Malgré toutes les précautions prises, les élèves du collège logés chez des particuliers n'étaient guère surveillés. Il y en avait qui, la nuit, couraient la ville, recherchant toutes les distractions, et même se laissant aller quelquefois à des déportements. La salle de Comédie surtout s’emplissait de ces jeunes tapageurs ’. C'était dansles mœurs du temps passé, non seulement à Poitiers, mais à peu près partout, et, pour ne citer que deux villes, à Bordeaux, à Paris. Dans l'Histoire du Collège de Guyenne (E. Gaullieur), dans celle de Sainte-Barbe (J. Quicherat), on trouve plus d’un récit où il est question des efforts que faisaient les écoliers pour obtenir la permission d'entrer à : la Comédie, et des batailles auxquelles ils s’y livraient ?.

1. Les comédiens, dont les recettes étaient modestes, ef qui avaient peine à couvrir leur frais, se plaignaient souvent que leur auditoire ne fût composé que d’écoliers qui ne payaient pas, ou, plus vraisemblablement, jouissaient d'une notable réduction sur le prix des places. (Archives Communales. Registre des délibérations, n° 102. p. 445).

2. Le Corps de Ville de Poitiers, de son côté, faisait signifier aux comédiens par le lieutenant de police de ne laisser entrer à la Comédie « aulcuns escolliers avecq leurs espées et autres armes pour empescher les querelles et desordres que l’on y faièt d'ordinaire ». ({bid. là.)

Le collège même n'était pas à l'abri de leurs déprédations. Tantôt ils faisaient des bris. dans la maison, tantôt ils se répandaient jusque dans l’enclos, et, oublieux du commandement « le bien d'autrui tu ne prendras »,ils ne ménageaient guère les clôtures et les fruits des RR. Pères. Ceux-ci se faisaient alors payer le dommage et tout était dit.

D'autres, dont la bourse était sans doute mieux garnie, se contentaient des friandises étalées par des marchands et des marchandes qui venaient s'asseoir soit sous le porche de la porte d’entrée ou sur les premières marches de l'escalier . des Congrégations, soit dans la cour des classes, jusque devant le pavillon Henri IV. Le règlement de l'Université de 1762 mit fin à ces abus qui offraient aux écoliers mille occasions de dépenses qu'ils n'auraient point faites sans cela : ce qui les déterminait souvent aussi à sortir de classe *.

Cette cour des classes était envahie par les écoliers bien avant l'heure fixée pour l'entrée. D'ailleurs la grande porte du collège, ou plutôt son étroit vantail demeurait constamment ouvert, excepté pendant la nuit et pendant la messe des élèves, qui se disait tous les matins. On la fermait aussi au moment des récréations, lorsque, par le beau temps, les pensionnaires du Puygarreau venaient prendre leurs ébats dans la grande cour de Sainte-Marthe. Sans cela, chacun pouvait à toute heure entrer dans cette cour et même s'y promener, . excepté au moment des classes.

C’est dans la salle dite aujourd’hui de récréation, située tout au fond de la cour et appelée jadis la Préfecture, que se tenait, avons-nous dit, un peu avant l'entrée des élèves, et pendant la durée des classes, le préfet des études. C'était un petit salon meublé fort convenablement d'un bureau de bois de chêne, de dix-huit chaises, huit fauteuils et un prie-Dieu. Aux murs étaient appendus, selon le goût des Pères, un Christ sur bois, deux tableaux à cadre doré représentant l'un Mgr le Dauphinet l'autre Madame la Dauphine; un troisième tableau représentait la Descente de Croix’. De là le P. préfet observait ce petit peuple souvent batailleur et indiscipliné et

1, Règlements, art. XXVIIL.

a. Archives Départementales, D. 24.

veillait à ce qu’il ne fit point trop de bruit. Pendant la demiheure que les écoliers des humanités étaient dans leurs classes respectives avant leurs régents, il exigeait qu'ils s'occupassent à étudier ; il était également attentif à ce que ceux des hautes classes, sans motif suffisant, n'allassent point demander d’autres écoliers dans les salles voisines !.

Nulautre surveillant pour maintenir l’ordre dans cette foule d'élèves dont le nombre, nous le répétons, était rendu fort considérable par la gratuité de l'instruction ; encore ce dernier n'intervenait-il que lorsqu'il entendait de lui-même quelque bruit extraordinaire, ou que des plaignants venaient invoquer son autorité. Contrairement à ce qui se pratique dans nos lycées, la portion d’écoliers qui demeurait en dehors de la grande porte n’était donc soumise à aucune surveillance, et ce n'était cependant pas celle qui en avait le moins besoin ; aussi beaucoup de gens évitaient-ils, autant que possible, la rue du Collège, surtout dans les temps de neige. Il n'était pas rare, en effet, qu'un paisible passant se trouvât atteint de projectiles,

qui ne lui arrivaient pas toujours par suite d’une maladresse ou d’une méprise.

De fréquentes querelles éclataient aussi entre écoliers de collèges différents. On se rappelle le trouble apporté dans les études, vers les premières années du xvirr‘ siècle, par les nombreux dissentiments qui survinrent entre les élèves du collège de Sainte-Marthe et de celui de Saint-Pierre, pourtant bien éloignés l’un de l’autre, et qui nécessitèrent l'intervention de Mgr le comte de Pontchartrain ?.

Mais les plus graves désordres étaient ceux qui se commeltaient aux actes de l'Université 5. Ces désordres n'étaient que trop fréquents. Le plus célèbre est le tumulte fait à une thèse de philosophie, soutenue au collège de Sainte-Marthe en 1736, en présence du public, du Corps de Ville, du Présidial, de M. Le Nain, intendant de Poitiers, et de toute l'Université.

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