‹ Les Jésuites à PoitiersChapitre 213 sur 236 · Dreux du Radier, op. cit · texte numérisé non relu

Dreux du Radier, op. cit

in-4. Il est écrit d'un style facile, mais négligé et parfois diffus, Cependant les nombreuses qualités qui s'y rencontrent suffisent à expliquer la réputation de son auteur, réputation sanctionnée d'ailleurs par les suffrages de la postérité.

L'ouvrage de La Quintinie contient aussi une idylle de Charles Perrault à la gloire de l’auteur. Le portrait de ce dernier, gravé par Vermeulen, orne le frontispice du premier volume, Au bas du portrait, on lit ces vers lalins de Santeul, qui caractérisent l’illustre jardinier:

Hanc decorate, Deæ quotquot regnatis in hortis, Floribus e vestris supraque infraque tabellam, Hic dedit arboribus florere !, et edulibus herbis, Et se mirata est tanto Pomona colono.

André Denesde naquit à Poiliers le 2 février 1688. Tout jeune encore, il fut mis en pension chez le curé de Nouaillé, qui lui apprit à lire et à écrire. M. Mauduyt, son oncle et parrain, qui était docteur régent en médecine, le prit alors chez lui « à cent francs de pension, un escu par mois au precepteur Jousselin, el un juste d'or (juste-au-corps garni de passements fails avec des fils d'or) à la servante ». Il y fit toutes 808 classes jusqu'à la philosophie, qu'il alla étudier au collège des Jésuites sous le P. Moreau. Au bout des deux années de ce cours, il soutint d'une facon brillante l'acte particulier de maître ès arls, qui coûta au père 150 livres au moins, Ensuite il ft semblant d'aller au droit et en théologie, mais il ne fit ni l’un ni l'autre. Un an après avoir achevé sa philosophie, en 4677, il partit aux environs de la Toussaint pour aller étudier en médecine à Paris, et de là prendre le bonnet de docteur à Montpellier, d'où il revint en 4679 pour se faire agréger, à l'âge de 21 ans, à l'Université et au corps de médecine de Poitiers. « Je veux croire, pour ma satisfaction, écrit le père Denesde, qu'on ne m'a pas flatté, quand on m'a dit qu'il avoit faict merveilles et salisfaict tout le monde ».

Le 23 juin 1680, le docteur Denesde fut nommé recteur de l'Université . |

« El au mois de mars 16892, il [fut] choisi par M. l'abbé

i. « Le double sens qu’emporte le florere cest délicatement employé ; il est beau, il est vrai ». Dreux du Radier, op. cit.

Dargenson, par le consentement de toutes les dames de la Misericorde, pour estre le medecin des pauvres de cette ville, qu'il visite tous los jours, par leur ordre, aveeq une exactitude qui merite asseurement la reconnaissance que led. 8° abbé, comme directeur de cetle congregation, luy a promis... pl,

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A la seconde et dernière période du collège des Jésuites de Poitiers se rattachent les noms de quelques autres élèves qui ont jeté quelque éelat dans le monde.

Voici d’abord Jean-César Aousseau de la Parisière, né à Poitiers le 3 mai 1687, d'une famille noble et ancienne dans cette ville. Il fit toutes ses études au collège de Sainte-Marthe. Le P. de Brilhac, son professeur et son parent, lui ayant trouvé d'heureuses dispositions, se chargea de son avancement dans l'Eglise dont il prit de bonne heure le parti. Il le présenta au P. Le Tellier, confesseur du roi, qui lui fit prononcer le panégyrique de saint Ignace de Loyola.

Il eut encore l'honneur de prêcher devant le roi, le jour de la Pentecôte, 1706, et le fit avec succès.

En 1710, il fut nommé évêque de Nimes. Ilne cessa pas pour cela de travailler à former de plus en plus son style et son éloquence : ses ouvrages en sont les preuves, De la Parisière mourut en 1738 dans l'abbaye de Saint-Gilles (Gard), dont il avait été pourvu.

Auguslin ÂVadal, né en 1664 à Poitiers, où était venu s'établir sa famille qui habitait auparavant Bordeaux, fit brillamment ses études au collège des Jésuites.

11 devint précepteur des enfants de Monsieur, frère unique de Louis XIV, puis abbé de Doudeau en Boulonais (Picardie). Il revint à Poitiers, où il mourut en 1740. -

Auteur de plusieurs petites pièces pieuses ou galantes, Nadal fut tout à la fois poèle, musicien et auteur dramatique. Une première tragédie, $Saül, représentée le 25 février 4705, eut un succès qui valut à l'auteur d’être admis à l'Académie

1. Archives historiques du Poitou, t. XV. Journal d'Antoine Denesde.

des inscriptions en 1706. D'autres pièces, toutes médiocres d'invention et de style, parurent successivement de 1709 à 4732.11 publia en outre des Observalions critiques sur la tragédie d’'Hérode et de Marianne de M. de V.... (1725), et une Lettre sur la tragédie de Zaïre (sans date). Voltaire, attaqué par Nadal, a placé son nom dans l'épigramme contre le Parnasse français de Titon du Tillet:

Dépêchez-vous, Monsieur Titon, Enrichissez votre Hélicon ;

Placez-y sur un piédestal Saint-Didier, Danchet et Nadal ;

Qu'on voie, armés d’un même archet, Saint-Didier, Nadal et Danchet ;

Et couverts du même laurier, Danchet, Nadal et Saint-Didier.

Nadal fut encore, avec Piganiol de la Force, le fondateur du ÂVouveau Mercure, recueil périodique comprenant des pièces en prose et en vers, des morceaux critiques et des anecdotes (Trévoux, 1708-11, 8 vol. in-12).

Les ouvrages de Nadal furent réunis par l’auteur sous le titre d'ŒÆuvres mélées (Paris, 1738, 3 vol. in-12).

Antoine Aivet de la Grange, le futur historien de la France et du Poitou, vit le jour en 1683 dans la partie de la ville de Confolens qui dépendait du diocèse de Poitiers. Il achevait sa philosophie au collège de Sainte-Marthe des Jésuites lorsqu'il faillit périr victime d’un accident de chasse. Cela arriva vers la fin de l’année 1701 : Antoine Rivet avait alors 18 ans. Au retour de celte triste expédilion cynégétique, passant devant l'abbaye de Saint-Cyprien, il entra dans l'église, et là, dans toute l’ardeur d'une pieuse et juvénile reconnaissance, il jura de consacrer sa vie entière à la religion et à la science. Il tint parole. Trois ans plus tard, le 25 mai 1704, il entrait chez les Bénédictins et résida successivement aux abbayes de Marmoutiers, près de Tours, et de Saint-Florent de Saumur, où il puisa « dans l'étude approfondie de l'Ecriture et des Pères, dans la discussion des preuves de la religion, dans l'examen de ses beautés et de son

économie, le goût et l'habitude de cette judicieuse critique qui devait distinguer ses ouvrages ».

En 1716, il revint dans cette abbaye de Saint-Cpyrien, témoin de sa vocation, et où il était envoyé pour recueillir les matériaux d’une histoire des évêques de Poitiers. Ses nombreuses recherches lui firent aussi concevoir l’idée de rédiger une Bibliothèque du Poitou. De ces deux ouvrages, il n'eut le temps de tracer que le plan du second, exécuté depuis, avec succès, par Dreux du Radier.

Dès 1717, Rivet se vit contraint de renoncer à ce double projet. Ses supérieurs, mécontents de ses relations avec les jansénistes du temps et de ses opinions contre la bulle Unigenitus, lui ordonnèrent de se rendre à Paris pour y travailler à une histoire des hommes illustres de l’ordre de Saint-Benoît.

De nouvelles querelles, nées de la doctrine de Jansénius, le firent reléguer, en 1719, par une dernière disgrâce, dans le monastère de Saint-Vincent du Mans, où il passa les trente dernières années de sa vie. C’est là que, aidé par quelques-uns de ses confrères, il commença à rassembler les documents pour la composition d’un autre travail dont l'objet avait beaucoup * plus d’étendue et une utilité plus générale: c'était l'Histoire littéraire de la France. 1] fit paraître jusqu'à huit volumes de cette œuvre colossale. Le neuvième, qui lui appartient aussi, ne fut publié qu'en 1750, un an après sa mort, survenue le 1 février 1749 *.

Dans les dernières années du xvir° siècle, le collège ou pensionnat du Puygarreau eut pour élève le jeune Jérôme- Louis de Foudras de Courcenai, qui devint plus tard évêque de Poitiers. L'archiprêtre Jean Arnault, curé de Saint-André de Niort et archidiarce de l’église de Poitiers, ex-vicaire général de Mgr de Foudras, qui prononça le 26 août 1749, en l’église cathédrale de cette dernière ville, l'oraison funèbre * de son ancien maître, parle dans son discours des études du prélat à Vienne, à Poitiers, au collège du Puygarreau, en Sorbonne, etc,

1. Les Bénédictins, continuateurs de l'œuvre de dom Rivet, ont fait paraitre les tomes X, XI et XII. Depuis 1814, une commission de l’Institut poursuit cette belle publication.

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